vignette|Cycliste (vers 1898).
La Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding (VvVvV ou 5V), Association pour l'amélioration du vêtement féminin, est une association néerlandaise du mouvement de réforme vestimentaire active de 1899 à 1926. Elle fait suite à la Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid (Exposition nationale du travail des femmes) qui s'est tenue de juillet à à La Haye. L'association a pour objectif de promouvoir des vêtements offrant aux femmes une plus grande liberté de mouvement tout en préservant sa santé. Le corps doit être aéré et libre de ses mouvements plutôt que contraint. L'abolition du corset est un point clé de ce mouvement.
Contexte A la fin du siècle, la liberté de mouvement des jeunes femmes issues de milieux aisés est limitée. Leur démarche est entravée par les multiples couches de jupes lourdes et de chaussures à talons hauts, en vogue au tournant du siècle. Elles sont « étranglées » par un corset qui leur confère une silhouette en X. Une femme élégante ne peut généralement pas s'habiller sans aide. Dans un monde où les femmes participent de plus en plus à la vie publique, travaillent, pratiquent des sports, nombre d'entre elles estiment qu'une nouvelle façon de s'habiller est nécessaire, que la liberté de mouvement est indispensable à une vie plus libre.
Le mouvement de réforme vestimentaire, qui prend sa source dans les actions de protestations des bloomers aux États-Unis, est soutenu aux Pays-Bas, non seulement par les réformateurs sociaux, mais aussi par des médecins et des hygiénistes, surtout préoccupés par le danger que le port du corset pourrait occasionner au corps des femmes.
La robe de la réforme est conçue en réponse à ce phénomène, une robe légère, simple, portée sans corset. Les vêtements préconisés par la Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding doivent permettre aux femmes de .
Ce plaidoyer pour de meilleurs vêtements s'inscrit dans le mouvement de réforme naissant en Europe, qui accorde une plus grande importance à la nature et à l'être humain naturel. Selon les réformateurs, l'alimentation, les vêtements et l'ameublement doivent être plus en harmonie avec la nature. Une vie plus animée, plus lumineuse et plus aérée fait également partie de ces idées.
Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding vignette|Portrait de Marie Jeanette de Lange (1900), première présidente du VvVvV par Jan Toorop.
Création La Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding est fondée en 1899. Elle fait suite à la Nationale Tentoonstelling van Vrouwenarbeid (Exposition nationale du travail des femmes) qui s'est tenue de juillet à à La Haye et où des vêtements de réforme ont été présentés. L'exposition a donné un nouvel élan à l'évolution des mentalités sur le vêtement féminin aux Pays-Bas.
De telles associations existent déjà, en Allemagne le Verein zur Verbesserung der Frauenkleidung (Association pour l'amélioration du vêtement féminin) est créée en et au Royaume-Uni la Healthy and Artistic Dress Union existe depuis 1891. Dans certains pays européens, la plupart des idées de formes alternatives de vêtements féminins sont portées par des artistes tels que Henry van de Velde (Bruxelles), (Berlin) et Gustav Klimt (Vienne). Aux Pays-Bas, par contre, ce sont les femmes elles-mêmes qui conçoivent et fabriquent leurs propres vêtements de réforme, notamment au sein de la Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding.
L'inauguration officielle a lieu à la salle des fêtes de Willemstraat à La Haye devant une audience largement féminine. Parmi les hommes présents, le gynécologue Carl Heinrich Stratz explique les dangers des vêtements de l'époque pour la santé. Le corset lacé serré est l'objet de nombreuses attaques : il donnerait aux femmes une silhouette qui n'a rien à voir avec la forme naturelle du corps, entraînerait des maladies et un inconfort persistant. Une brochure de l'association affirme que les femmes ayant une taille serrée sont de . Les jupes lourdes, les chapeaux larges et les chaussures à talons hauts, également peu pratiques et nocifs pour la santé sont également mis en cause. L'association prône des vêtements plus confortables et fonctionnels, qui ne gênent pas les femmes, et encore moins les déforment. Les réformatrices pensent également qu'une plus grande liberté de mouvement contribue à l'amélioration du statut social des femmes. L'association repose donc également sur une motivation émancipatrice importante.
Sa première présidente est Marie Jeanette de Lange. Les réunions se tiennent souvent à son domicile de La Haye..
Membres et sections locales Le nombre de membres augmente rapidement. En , moins d'un an après sa fondation, l'association compte et près de 2000 en . Le nombre de membres fluctue autour de 2000 pendant des années, mais après 1910, il diminue régulièrement. L'une des premières membres est la créatrice de mode et illustratrice Berhardina Midderigh-Bokhorst.
La plupart des femmes impliquées dans le mouvement néerlandais de réforme vestimentaire sont issues de familles aisées et sont plutôt progressistes. Souvent, elles considèrent la réforme vestimentaire comme un élément d'un nouveau mode de vie. Cependant, la liberté de mouvement offerte par la réforme vestimentaire la rend également attrayante aussi pour les Néerlandaises vivant sous le climat tropical de la colonie néerlandaise des Indes orientales et pour les artistes de scène.
En , une section du VvVvV est créée à Rotterdam, puis une à Amsterdam en et, un an plus tard, une autre à Haarlem. L'artiste Jacoba Bosscha assure des responsabilités dans la branche de Haarlem et publie régulièrement des articles sur les conférences et autres activités organisées à Haarlem dans le magazine mensuel de l'association.
Publication mensuelle vignette|Projet de couverture dessinée par Reinier de Vries pour le mensuel de l'Association pour l'amélioration du vêtement féminin, 1901. La Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding publie, à partir de , son magazine mensuel, le Maandblad der Vereeniging voor Verbetering van Vrouwenkleeding, (Magazine mensuel de l'Association pour l'amélioration du vêtement féminin), qui traite des vêtements haut de gamme et publie un patron chaque mois, permettant aux femmes ou à leurs couturières de créer leurs propres modèles. Un comité central d'inspection évalue les modèles soumis, principalement des sous-vêtements, que les fabricants et les détaillants souhaitent produire. Marie Jeanette De Lange en est la rédactrice en chef à partir de 1901.
Le magazine publie régulièrement des photos de femmes, célèbres ou non, portant des tenues qu'elles ont créées elles-mêmes. Elles s'inspirent de costumes du Moyen Âge, de la Renaissance ou de l'Antiquité classique mais surtout elles montrent l'influence de l'Art nouveau des Pays-Bas.
En , un concours est lancé pour la création d'une couverture pour le magazine de l'association. Tous les artistes néerlandais, y compris les non-membres, sont invités à soumettre leur candidature. Le gagnant est , professeur de dessin à Amsterdam, Bernhardina Midderigh-Bokhorst remporte également un prix. En 1904, Reinier de Vries devient co-éditeur du magazine
Relations avec le mouvement des femmes Le VvVvV entretient des liens étroits avec le mouvement d'émancipation des femmes, tout en restant officiellement neutre. Parmi les membres de la V.v.V.v.V. figurent des figures de proue du mouvement d'émancipation des femmes, comme Aletta Jacobs, mais d'autres se tiennent à l'écart des vêtements réformateurs, craignant de ne plus être prises au sérieux si elles se mêlaient de mode. La politique est évitée autant que possible dans le mouvement, bien que la plupart des membres soient de gauche libérale ou sociaux-démocrates. Les femmes socialistes sont plus difficiles à recruter : elles considèrent l'amélioration vestimentaire comme une affaire de femmes bourgeoises disposant de temps et d'argent.
Dissidence En 1902, un conflit éclate au sein du conseil d'administration, principalement entre les membres de La Haye et celles d'Amsterdam qui ont des opinions divergentes sur les robes à traînes. À Amsterdam, les robes sans traîne, qui descendent jusqu'aux chevilles, sont déjà recherchées, tandis que certaines femmes de La Haye, notamment en raison des réceptions de la cour ou de leur attachement aux dictats de la mode de Paris, attachent encore une grande importance à leur traîne. Les opposantes trouvent aussi la traîne peu hygiénique.
Cette divergence se double d'un conflit de stratégie concernant le public cible : plutôt les femmes de la classe moyenne ou celles plus aisées qui peuvent influencer les créateurs. La présidence de Marie Jeanette de Lange est aussi mise en question en raison de ses prises de position en faveur des méthodes de guérison du docteur Johann Georg Mezger (nl) que beaucoup considèrent comme du charlatanisme et en raison de ses concessions stylistiques allant trop à l'encontre des idéaux réformistes. Les membres de La Haye quittent le conseil d'administration et Marie Jeanette de Lange démissionne de la présidence. vignette|Sous-vêtement de réforme pour femmes. Projet de l'École professionnelle pour l'amélioration du vêtement féminin et enfantin : .
Création d'une école professionnelle pour les femmes Les efforts de l'Association aboutissent à la création de sa propre école en 1909 : la Vakschool voor Verbetering van Vrouwen- en Kinderkleeding (École professionnelle pour l'amélioration du vêtement féminin et enfantin), dirigée par Marie Faddegon. Ce programme professionnel – une première, la couture étant jusqu'alors réservée à un usage domestique – forme des jeunes filles à la couture selon les principes de la réforme. L'école prodige également des cours de dessin, de design et d'histoire de l'art, mettant l'accent sur le travail d'architectes et d'artistes contemporains tels que H.P. Berlage.
Opposition vignette|La beauté par la santé. Vêtement de réforme, 1904 (Rijksmuseum). L'association compte de nombreux opposants à la réforme vestimentaire. Certains hommes et certaines femmes peinent à imaginer une mode féminine élégante sans corset. Parmi eux, par exemple, le docteur , introduit le le terme « hobbezak » (passe-temps) pour décrire le manque d'attrait de ces nouveaux vêtements, terme qui va ensuite être largement utilisé.
Le vélo a contribué à la popularisation du pantalon pour femmes, le bloomer et, progressivement, il devient de plus en plus courant pour les femmes de porter ce pantalon lorsqu'elles ne font pas de vélo. Mais ça ne va pas sans moqueries, le même Hector Treub écrit en 1897 . Le pantalon est aussi - à l'époque - lié à la masculinité tandis que la robe est typique de la féminité, ce qui fait craindre à certains la confusion du rôle des hommes et des femmes dans la société, ce que ne manquent pas d'illustrer les caricaturistes, ridiculisant à l'envie les femmes en pantalon.
Et même si la robe couvre les bras et la poitrine, certains la trouvent tout de même osée et provocante. Les jupes plus courtes dévoilent les chevilles. Et au vent, les contours des cuisses ou des seins peuvent apparaître sous le tissu fluide, voire être dévoilés.
Soutiens notables L'entreprise De Wekker soutient le mouvement de réforme vestimentaire. Elle produit et vend des modèles de vêtements de réforme. La femme figurant sur le logo créé par Jan Toorop peut donc être considérée comme un modèle de vêtements de réforme, avec sa robe fluide.
Maria Faddegon, entre autres, est une artiste textile spécialisée dans les vêtements réformés. Elle crée des modèles et consacre également beaucoup de temps à des expositions de vêtements réformés, faisant ainsi connaître la philosophie de l'association à un large public.