Le VIIIe congrès du Front national se tient à Nice les 30, et au palais des congrès de l’Acropolis. Le slogan choisi pour ces journées de travail est et la ville choisie est, symboliquement, Nice . Deux thèmes sont mis en avant pour ce congrès : le social et l’écologie.
Le parti, porté par ses précédents succès, engage ce congrès sous le prisme de la préparation à la conquête du pouvoir et cherche donc à .
Contexte Le , se déroulent les législatives partielles à Dreux où Marie-France Stirbois est élue avec 61,3 % des voix. Dans certains quartiers son score monte jusqu’à 72 %. Dans le Sud-Est se déroulent aussi deux autres élections partielles : à Marseille où Marie-Claude Roussel obtient un bon score avec 47,18 % des voix et à Salon-de-Provence, Philippe Adam décroche le siège de conseiller général en dépassant les 50 %. Fin 1989, le FN revendique donc une « solide » implantation à tous les niveaux : , , à la dernière présidentielle, , , et près de .
Pour Jean-Marie Le Pen après les succès il s’agit de construire, par le discours et par la mise en place d’un programme et le développement d’un nouveau réseau. C’est le rôle donné à Bruno Mégret, promu à la tête de la nouvelle « délégation générale » pour s’occuper de l’interne du parti et pour préparer les prochaines échéances électorales.
, un , explique Jean-Marie Le Pen puisqu’il se du FN. Le congrès de Nice veut marquer . En ce sens ce congrès est perçu en interne comme une .
Scrutins internes Pour la première fois, la majorité des délégués est élue par les adhérents et non plus désignée. assistent au congrès. Dans toute la France, sont organisés en amont du congrès, des congrès départementaux chargés de procéder à l’élection des délégués qui, représentant les adhérents, participeront aux travaux et aux élections lors du congrès. Parmi les , 412 seront candidats au comité central. Jean-Marie Le Pen est reconduit à la présidence par acclamations. Le président du FN, réélu à l’unanimité conclut son discours par une citation du général royaliste vendéen La Rochejaquelein : « Si j’avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi ; si je recule, tuez-moi ! ».
Carl Lang termine en tête à l'élection du comité central avec . Roger Holeindre second avec , suivi de Bruno Gollnisch avec . Jean-Yves Le Gallou et Bruno Mégret suivent de peu avec respectivement . Marie-France Stirbois, très populaire depuis son élection à Dreux, est . Sur les , 46 sont des nouveaux entrants.
Pour l’élection du comité central, des listes circulent sous le manteau. En coulisses, une alliance unique est scellée entre le délégué général et Marie-France Stirbois pour faire liste commune. Elle assure la promotion d’un certain nombre de cadres favorables à Bruno Mégret et exclut, de ce fait, les amis de Jean-Marie Le Pen.
A l’issue du vote pour le comité central, Jean-Marie Le Pen annonce : . En conséquence les « historiques » conservent une place prééminente : Michel Collinot, Roland Gaucher, Bernard Antony, Pierre Durand, Bruno Gollnisch, Georges-Paul Wagner, Jean-Pierre Reveau et Christian Baeckeroot, entre autres. Tandis que les « horlogers » y demeurent très minoritaires (Mégret, Le Gallou et Blot seulement). Et autour de Jean-Marie Le Pen, le vice-président Dominique Chaboche et le secrétaire général Carl Lang sont donc reconduits.
Déroulement du congrès
vignette|centre|Jean-Marie Le Pen à la tribune du congrès.|548x548px
Trois « lettres du congrès » sont écrites et distribuées chaque matin à donnant aux congressistes toutes les nouvelles nécessaires à leur informations sur le congrès et dans lesquelles les cadres du parti donnent des interviews. Deux colloques se déroulent simultanément le samedi : un sur l’écologie présidé par Jean-Marie Le Pen et un sur le social sous la présidence de Bruno Mégret. En parallèle, thématiques sont formées pour présenter les grandes propositions gouvernementales du parti.
Le parti envisage l’avenir en proposant les thèmes de l’écologie et du social lors de deux colloques : « Défendre la vie » et « La Fraternité nationale ». Le FN entend démontrer, « à partir de ces deux thèmes clés, qu’il est prêt à régler d’autres problèmes que l’immigration ». Le premier, le social, affiche la volonté du FN d’assurer la « défense des Français les plus défavorisés » en dénonçant l’inégalité entre les Français et les étrangers : ces derniers seraient avantagés par rapport aux premiers, notamment par les prestations sociales. Le second, l’écologie « nationale » est conçue comme une « volonté globale de préserver l’environnement et le patrimoine du peuple français ».
C’est dans cet esprit que le FN se dit être capable d’assumer toutes les responsabilités du pouvoir. La propagande édite en parallèle du développement de ces thèmes deux affiches : « Produisons français avec des Français ! » et « Agriculteurs, le Front national c’est vous ! ».
Lors de la conférence de presse du congrès Carl Lang, Bruno Mégret et Jacques Tauran présentent ce volet écologique comme étant :
Dans la déclaration finale, le délégué général Bruno Mégret, avance l’objectif de « réaliser la grande alternance, de prendre en charge la direction des affaires de la République ». Lors de son discours de clôture, Jean-Marie Le Pen énonce : , faisant alors une ultime référence au thème du congrès : « La France au pouvoir ». Pour Bruno Mégret .
Analyses Pour le parti, ce congrès constitue une étape décisive dans l’histoire du parti. Après la traversée du désert et la phase d’émergence, ce congrès marque symboliquement le début de la troisième étape de leur combat politique présenté comme « la marche au pouvoir ».
Ce congrès apparait pour Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg comme le premier .
Selon l'historienne Valérie Igounet, le congrès de Nice marque un tournant, déterminant pour l’histoire à venir du parti : le début de l’émancipation de Bruno Mégret, l’affirmation de sa pratique et de sa vision politique. Le Congrès de Nice représente aussi selon l’historienne, l’apogée de Jean-Marie Le Pen, avant une lente phase de déclin.
Pour le politologue Jean-Yves Camus, avec ce congrès le parti abandonne alors toute velléité d’alliance à droite avec pour objectif d’apparaitre comme « une force crédible à vocation majoritaire », mettant fin à la ligne portée par Jean-Pierre Stirbois.
Pour l’historien des droites René Rémond, le congrès de Nice est « le signe d’une mutation » où le « Front national est en train de se constituer en mouvement politique » avec « programme réel, cadres et fédérations ». Il considère que : et qu'.
Références
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