Empereur chez lui, roi à l'étranger () (Hangul : 외왕내제 Hanja : 外王內帝 ) (Japonais kanji : 外王内帝 hiragana : がいおうないてい ) (Vietnamien Chữ quốc ngữ : Ngoại vương nội đế Chữ nho : 外王內帝 ), est un système régissant les relations entre les États au sein de la sphère culturelle chinoise durant la période de la Chine impériale.

Dans le cadre de ce système, les souverains des régimes de rang inférieur à celui de la Chine adoptent le titre d'Empereur (皇帝; ou équivalent) et/ou d'autres titres impériaux au niveau national, et celui de Roi (王; ou équivalent) lorsqu'ils traitent avec le régime chinois. Au lieu d'utiliser les titres Sa Majesté Impériale et Sa Majesté (陛下), les souverains des royaumes moins importants se font appeler Son Altesse (殿下). Ce système s'applique notamment au Japon, à la Corée et au Vietnam, ainsi qu'aux États chinois/sinisés moins puissants.

La Chine étant une puissance hégémonique en Asie de l'Est pendant une grande partie de l'histoire, les États voisins sont contraints de verser un tribut aux empereurs chinois en échange de la paix et d'une légitimité politique. Dans ce système, les régimes moins importants acceptent la suzeraineté de la puissance chinoise dominante et reconnaissent l'empereur chinois comme leur suzerain nominal. Les empereurs chinois se voyant comme étant les Fils du Ciel et dominant, théoriquement, tout ce qui se trouve sous le Ciel, les souverains des régimes moins importants doivent utiliser des titres inférieurs à celui d'empereur. La même doctrine soutient également qu'il ne peut y avoir qu'un seul empereur à la fois.

Origines

Lors de la chute de la dynastie Qin, le général Zhao Tuo conquiert les commanderies de Xiang et Guilin et se proclame « Roi martial de Nanyue » () et en 196 avant notre ère, il est reconnu comme étant le « Roi de Nanyue » () par Liu Bang, après que ce dernier a fondé la dynastie Han et est devenu empereur. Après la mort de Liu Bang, ses fonctionnaires demandent à sa veuve, l'impératrice Lü, d'interdire le commerce du fer entre la Chine des Han et le Nanyue. En apprenant la nouvelle, Zhao se proclame « Empereur martial de Nanyue » (), se mettant ainsi sur un pied d'égalité avec les empereurs HanSima Qian, Shiji, "Vol. 113: Account of Nanyue"Sima Qian (auteur), Burton Watson (traducteur). (1961). Records Of The Grand Historian Of China, Vol. II. New York: Columbia University Press. .

Les troupes de Zhao attaquent le royaume frontalier de Changsha, qui fait partie de l'empire Han, avant de retourner à Nanyue. En 181 avant J.-C., l'impératrice Lü riposte en envoyant des troupes commandées par le général Zhou Zao attaquer la Nanyue. Cependant, les troupes de Zhou tombent malades à cause de la chaleur et de l'humidité et sont incapables de traverser les montagnes les séparant du Nanyue. Zao et ses soldats sont rappelés en 180 avant J.-C., après la mort de l'impératrice Lü.

Débarrassé de la menace qui pesait sur sa frontière nord, Zhao Tuo en profite pour marcher vers le sud avec ses armées et annexer Âu Lạc. Les Royaumes de Yelang et Tongshi (通什) acceptent également de devenir les vassaux de Nanyue. Zhao cesse alors d'envoyer des émissaires à la cour des HanSima Qian (auteur), Watson, Burton (traducteur) (1961), .

En réponse, l'empereur Han Wendi envoie Lu Jia, le diplomate qui avait normalisé les relations entre les Han et Le Nanyue sous Liu Bang, réprimander Zhao. Effrayé, ce dernier écrit une lettre d'excuses, s'humilie en tant que sujet de l'empereur Han, promet d'offrir des tributs et annonce publiquement à la population du Nanyue qu'il renoncera au titre et aux pratiques impériales. Cependant, Zhao continue secrètement à se désigner comme « Empereur » () pour tout ce qui a trait à la politique intérieure du Nanyue et n'utilise des titres reflétant un statut de dirigeant inféodé à la dynastie Han, tels que « Roi » (), lorsqu'il envoie des émissaires au Fils du CielSima Qian (auteur), Watson, Burton (traducteur) (1961), .

Corée

Les souverains de Balhae utilisent des titres impériaux, tels que Seongwang (성왕 聖王 littéralement : "Roi Sacré") et Hwangsang (황상 皇上 lit="Empereur"), et ont des noms d'ère distincts de ceux des souverains chinois.

En 933, l'empereur Mingzong de la dynastie des Tang postérieurs octroie au roi Taejo de Goryeo le titre de roi de Goryeo (高麗國王). À partir de cette date, et jusqu'à leur capitulation face aux troupes de la dynastie Yuan, les souverains de la dynastie Goryeo utilisent les titres et la terminologie impériales au niveau national, ses souverains se proclamant Fils du Ciel, à l'instar des empereurs chinois. De même, lorsqu'il se rend, le roi Gyeongsun de Silla s'adresse au roi Taejo de Goryeo en utilisant le titre de « Fils du Ciel » pour le désigner. Même si les dirigeants des dynasties Song, Liao et Jin sont informés de l'utilisation des titres impériaux par les Rois de Goryeo, ils tolèrent cette pratique.

À la suite de l'invasion mongole, la Corée des Goryeo devient une région semi-autonome de la dynastie Yuan, ce qui met fin à son système impérial national. Dès lors, ses souverains portent le titre de Roi et n'ont pas le droit d'avoir de nom posthume, ceux-ci étant réservés aux empereurs Yuan. En 1356, le roi Gongmin de Goryeo profite de l'affaiblissement du pouvoir mongol pour déclarer l'indépendance du Goryeo par rapport à la dynastie Yuan.

En 1392, le roi Taejo de Joseon renverse la dynastie Goryeo et fonde la dynastie Joseon. L'empereur Hongwu de la dynastie Ming lui confère alors le titre de Roi de Joseon (朝鮮國王). Par la suite, les monarques du Joseon utilisent le titre de « Roi » tant sur le plan intérieur qu'extérieur, rompant ainsi avec les pratiques du Goryeo.

Après la première guerre sino-japonaise, le Joseon cesse d’être un état tributaire de la Chine et le roi Gojong devient le (황제) de l'Empire Coréen.

Vietnam

En 544, Lý Bôn fonde la première dynastie Lý et se proclame Empereur de Vạn Xuân (萬春帝).

En 968, Đinh Bộ Lĩnh fonde la dynastie Đinh et se proclame empereur, abolissant l'ancien titre de Jinghaijun Jiedushi (靜海軍節度使), un titre de commandant militaire régional chinois. Par la suite, l'empereur Song Taizu accorde le titre de Roi de la préfecture de Jiaozhi à Đinh Bộ Lĩnh.

En 986, Lê Hoàn reçoit le titre de Jinghaijun Jiedushi lors de la visite de l'émissaire de la dynastie Song. En 988, Lê Hoàn est promu Grand Commandant suppléant (檢校太尉) en 988 ; puis Prince de la commanderie de Jiaozhi (交趾郡王) en 993, ; et enfin Roi de Nanping (南平王) en 997Annales du Grand Yue (大越史記全書) Le Livre de Jiaozhi de l' Histoire des Song, (宋史·交趾傳) .

En 1010, Lý Thái Tổ fonde la dynastie Lý et se voit attribuer le titre de Prince de Jiaozhi par l'empereur Song Zhenzong de la dynastie Song. En 1174, Lý Anh Tông reçoit le titre de Roi d'Annan (安南國王) ; « Annan » ou « An Nam », qui signifie « le Sud pacifié », étant le nom que les Chinois ont donné au Vietnam durant la période ou il était sous leur domination. Sur le plan intérieur, les souverains de la dynastie Lý continuent d'utiliser le titre dEmpereur.

Lorsqu'il fonde la dynastie Lê postérieure, Lê Thái Tổ se proclame Roi, en prenant le titre de Đại Vương (大王). Ce n'est qu'à partir du règne de Lê Thần Tông que les souverains vietnamiens recommencent à utiliser les titres impériaux. Dès lors, et jusqu'à la fin de la dynastie, tous les souverains revendiquent le statut impérial au niveau national et reprennent le rang royal dans leurs relations avec la Chine.

Les Qing envahissent le Đại Việt en 1788, afin de rétablir la dynastie Lê, à laquelle ils ont octroyé le titre de « Roi ». Cette invasion s’achève sur un échec et la chute définitive de la dynastie Lê, au profit de la très brève Dynastie Tây Sơn.

Dés 1792, la nouvelle dynastie sombre dans le chaos et la guerre civile, qui prend fin en 1802, quand Nguyễn Phúc Ánh élimine ses rivaux et se proclame empereur sous le nom de Gia Long. L'empereur Jiaqing de la dynastie Qing reconnait la mainmise de Gia Long sur le Đại Việt en lui conférant le titre de Roi du Việt Nam (越南國王). Si la dynastie Nguyễn accepte la suzeraineté chinoise et adopte le titre de roi dans ses relations avec la dynastie Qing, dans celles qu'elle établit avec d'autres États, ses dirigeants utilisent le titre d' Empereur du Đại Việt Nam (大越南皇帝) puis Empereur du Đại Nam (大南皇帝). Sur le plan intérieur, les monarques de la Dynastie Nguyễn utilisent également le titre d'''Empereur et désignent leur royaume comme étant la « dynastie du sud », par opposition à la dynastie Qing, la « dynastie du nord ». Par cet usage, ils se mettent sur un pied d'égalité avec la Chine.

Japon

Après les premiers contacts entre les deux pays, les empereurs chinois désignent les souverains japonais sous le nom de , tandis qu'au Japon ils utilisent les titres de « kimi » ou « ōkimi ». Certains souverains, notamment les cinq rois de Wa, ont accepté la suzeraineté chinoise.

Sous la dynastie Sui, le diplomate japonais Ono no Imoko remet à l'empereur Sui Yangdi une lettre du prince Shōtoku, dans laquelle il affirme que l'impératrice Suiko est « le Fils du Ciel où le soleil se lève », suggérant ainsi l'égalité de statut entre les monarques japonais et chinois. L'empereur Sui Yangdi est irrité par une telle revendication. À partir de cette date, l'empereur du Japon adopte le titre impérial de ' tant au niveau national qu'international, le titre de étant parfois utilisé pour le commerce avec la Chine par les shoguns, qui sont les dirigeants de facto du Japon. La Chine n'autorise pas officiellement les empereurs japonais à utiliser le titre de Tennō, sans pour autant réellement faire quoi que ce soit pour contraindre les souverains japonais à revenir à des titres moins prestigieux.

Pendant la dynastie Tang, les souverains japonais se voient conférer le titre de . De 630 à 838, le Japon envoie 19 missions diplomatiques à la cour impériale Tang afin de stimuler l'apprentissage de nouvelles techniques et les échanges culturels.

Pendant la dynastie Yuan, Kubilai Khan exige la soumission du roi du Japon, en référence à l'empereur japonais. Le Japon rejette cette exigence, ce qui entraîne les tentatives d'invasions mongoles du Japon.

Pendant l'Époque Nanboku-chō, le prince Kaneyoshi, dirigeant de facto de la Cour du Sud, refuse d'accepter le titre de Roi accordé par la Chine et tue sept ambassadeurs chinois en représailles.

Ashikaga Yoshimitsu, le troisième des shoguns Ashikaga, accepte le titre de Roi du Japon qui lui est conféré par l'empereur Yongle, car il cherche a rentrer dans les bonnes grâces du dirigeant chinois afin d'établir des relations commerciales avec la dynastie Ming. Les dirigeants chinois accordent également ce titre aux dirigeants du clan Ōuchi.

Pendant la période du shogunat Tokugawa, Tokugawa Hidetada change le titre de Roi'' en , en signe de respect envers l'empereur japonais. Par la suite, Tokugawa Ienobu rétablit le titre de roi, qui est à nouveau changé en taikun par Tokugawa Yoshimune.

En 1868, après la Restauration de Meiji, l'empereur japonais retrouve son pouvoir politique. En 1895, le traité de Shimonoseki désigne l'empereur japonais comme étant Text of the Treaty of Shimonoseki on Wikisource (Chinese).

Chine

Au cours de sa longue histoire, la Chine connait plusieurs périodes de division politique, différentes régions du pays étant gouvernées par différentes dynasties. Ces dynasties fonctionnent comme des États distincts, ayant chacune leur propre cour et leurs propres institutions politiques. Les principales périodes de division politique sont celles des Trois Royaumes, des Seize Royaumes, des dynasties du Nord et du Sud, et des Cinq Dynasties et Dix Royaumes.