L'expédition de la Weser, ou expédition de Hanovre, est une tentative d'invasion de l'électorat de Hanovre par le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande durant les guerres napoléoniennes.
Elle est coordonnée dans l'optique d'une attaque contre la France par la Troisième Coalition sous l'impulsion de William Pitt le Jeune et de Robert Stewart. Le Hanovre, possession britannique perdue, est choisie comme objectif de l'expédition, avec l'appui prévu des forces suédoises du roi Gustave IV Adolphe et des troupes russes du comte Piotr Aleksandrovitch Tolstoï. Le soutien de la Prusse, encore hésitante mais potentiellement menaçante pour la France, apparaît comme la clef du succès de l'opération. Le général George Don commande l'expédition britannique, qui débarque en novembre à Cuxhaven avec environ 14 000 hommes. Pour renforcer l'opération et affermir la résolution prussienne, l'armée reçoit 12 000 soldats supplémentaires, et le commandement passe à William Cathcart. Cependant, la coordination entre Britanniques, Suédois et Russes en Hanovre se révèle extrêmement médiocre : en décembre, l'occupation de l'électorat reste le seul résultat tangible. Cathcart concentre ses forces autour de la Weser, mais apprend bientôt la victoire française décisive à la bataille d'Austerlitz, qui entraîne la capitulation autrichienne et la retraite des Russes vers la Pologne. La situation empire lorsque la Prusse signe le traité de Schönbrunn avec la France, s'alliant à elle et obtenant la cession du Hanovre. Ainsi, face à l'avancée conjointe des forces françaises et prussiennes, l'armée britannique reçoit l'ordre d'évacuer. Le retrait est achevé le , laissant l'occupation du territoire aux Prussiens.
Contexte Durant les guerres de la Révolution française et les premières années des guerres napoléoniennes, le Royaume de Grande-Bretagne rencontre de grandes difficultés à affronter la France sur terre. La supériorité navale britannique et la capture de nombreuses colonies françaises limitent néanmoins les possibilités d'action de la France, cantonnant Londres à la guerre navale. L'armée continentale britannique, de taille réduite, n'a pas les moyens d'envahir le territoire métropolitain lourdement défendu ; elle se contente donc d'appuyer le blocus naval de Brest, principal instrument de pression sur la France.
La situation évolue en 1805, lorsque l'Empire des Habsbourg et l'Empire russe rejoignent la Grande-Bretagne dans la Troisième Coalition. L'armée britannique, désormais assurée de ne pas combattre seule, obtient l'opportunité de mener des opérations terrestres. En parallèle, la création de la King's German Legion en 1804 ouvre de nouvelles perspectives. À l'automne suivant, l'invasion de l'Angleterre projetée par Napoléon est abandonnée : la Grande Armée quitte Boulogne pour affronter les coalisés en Europe centrale.
Invasion britannique du Hanovre Ce départ laisse une brèche en Allemagne du Nord-Ouest, où l'électorat de Hanovre, possession de la couronne britannique perdue en 1803, n'est tenu que par environ 4 000 soldats français. Le Premier ministre William Pitt le Jeune et son ministre de la Guerre et des Colonies, Robert Stewart, défendent vigoureusement une expédition en Hanovre dès . Leur projet repose sur des débarquements rapides à travers l'Europe, menant des attaques limitées mais déstabilisantesEn ., tout en évitant les grandes batailles stratégiques, où l'empereur excelle. En septembre, alors que la nouvelle du départ de Napoléon pour l'est parvient à Londres, Castlereagh définit les plans de l'expédition. Outre la restitution du Hanovre à ses souverains légitimes, l'entreprise doit fournir à la Grande-Bretagne un « pied-à-terre » en Europe pour de futures opérations. Toutefois, tous ne partagent pas l'enthousiasme du vicomte : le puissant et influant Frédéric d'York, commandant en chef des armées, met en garde, fort de son expérience malheureuse de la campagne de Flandre, contre les expéditions trop dépendantes du comportement du reste des alliés.
Invasion
Planification vignette|, le planificateur de l'opération britannique.|alt=Homme aux chevaux courts et bruns, habillé en tenue militaire de gala, Castlereagh estime que le départ des armées françaises des côtes de la Manche libère entre 40 000 et 60 000 soldats britanniques pour des opérations extérieures. Sur cette base, les premiers projets prévoient une grande force expéditionnaire confiée au lieutenant-général Cathcart : deux divisions de cavalerie, sept divisions d'infanterie, une brigade d'infanterie légère, six brigades de Royal Horse Artillery et dix de Royal Artillery. Selon l'historien militaire Christopher T. Atkinson, une telle armée aurait constitué . Mais en pratique, réunir et transporter une telle force se révèle irréaliste. Le , les Britanniques constituent en urgence une armée beaucoup plus réduite sous les ordres du lieutenant-général George Don, chargé également de nouer des contacts diplomatiques avec les forces locales. Don reçoit ses ordres définitifs le , tandis que von der Decken organise la logistique afin que le transport s'effectue rapidement, avant que l'hiver ne bloque les ports et rivières du nord.
Initialement, Don doit précéder ses troupes pour assurer un accueil favorable au débarquement. Finalement, cette tâche revient au politicien Dudley Ryder, envoyé le à Berlin auprès de la cour de Prusse, avec mission de convaincre le royaume de rejoindre la Troisième Coalition. Harrowby est autorisé à offrir un subside de 2,5 millions de livres sterling pour sceller l'alliance. Castlereagh estime que le soutien hésitant de la Prusse est la clef du succès, et fin octobre, son entrée en guerre paraît imminente. Pour William Pitt le Jeune, un tel scénario pourrait mener à ce que .
Débarquement vignette|Huile sur toile de William Pitt le Jeune en 1784. C'est alors le premier ministre britannique, et principal instigateur de l'invasion.|alt=Homme avec une perruque grise, habillé d’une tunique traditionnelle britannique du XVIIIe siècle. Bien que la volonté de Don soit d'appareiller immédiatement, les vents contraires retardent la traversée : les navires de transport n'arrivent à Cuxhaven que le . Le passage est difficile, et au moins cinq bâtiments échouent à le franchir, restant dix-sept jours en mer avant de regagner Harwich avec une partie de la cavalerie de la King's German Legion encore à bord. L'expédition se poursuit malgré cette perte. Une armée suédoise de 10 000 hommes, financée par la Grande-Bretagne, s'apprête à attaquer depuis Stralsund, bientôt rejointe par 20 000 Russes sous les ordres du lieutenant-général Tolstoï. Les Britanniques ne sont pas les premiers à entrer dans Hanovre : une force russe y a déjà établi le siège de Hamelin, où la ville est encore tenu par les Français. Malgré cela, l'armée de Don reçoit un accueil chaleureux de la part de la population, sécurisant rapidement ses lignes de ravitaillement, tandis que la KGL profite de son retour en Allemagne pour recruter. Quatre bataillons d'infanterie rejoignent les Russes devant Hamelin, et d'autres détachements sont envoyés vers les fleuves Ems et Weser. Dans le même temps, l'armée prussienne, encore neutre et commandée par le duc de Brunswick, entre aussi en territoire contrôlé par les Français au sud de Hanovre, mais cherche vite à être remplacée par les forces de la Coalition.
La position de Don sur le continent reste précaire mais pas immédiatement menacée. Napoléon a certes vaincu une armée autrichienne trop hâtive à la bataille d'Ulm, mais en étirant ses lignes de communication, il ne peut avancer davantage, ce qui donne du temps aux alliés de la Grande-Bretagne pour se renforcer. Une fois organisée, la force de Don s'étend entre la Weser et Verden, avec les Russes de Tolstoï sur son flanc droit. La Prusse, bien que toujours hors de la Troisième Coalition, se trouve en mauvais termes avec la France après les incursions françaises en Ansbach ; et Pitt espère que cette tension la poussera à rejoindre la guerre. Une offensive prussienne menacerait directement Napoléon, installé juste au sud des terres prussiennes. Conscient de cela, Pitt décide de renforcer l'armée britannique afin d'inciter la Prusse à agir plus fermementLe ministre prussien Karl August von Hardenberg plaide dès août pour une occupation britannique de Hanovre, mais la cour de Prusse reste divisée et dominée par l'indécision du roi Frédéric-Guillaume IIII. Finalement, rien n'est fait. . Mais la situation diplomatique est complexe : la Prusse convoite aussi le Hanovre, que Napoléon lui propose en échange d'une agression contre l'Autriche. Malgré cette difficulté, Pitt et Castlereagh, encouragés par l'absence de l'hiver attendu, poursuivent leurs plans. vignette|Peinture de William Cathcart, réalisée en 1780 par Thomas Gainsborough. Lord Cathcart est finalement le commant de l'expédition.|alt=Homme aux cheveux gris, un veston rouge et un pantalon blanchâtre, assis. Don commence à préparer avec Tolstoï une attaque contre la République batave. Leur projet est ralenti par la réticence des Suédois et par l'incertitude des intentions prussiennes. Finalement, Tolstoï estime ne pas pouvoir consacrer assez d'hommes à une invasion tout en maintenant le siège de Hamelin, et l'opération est abandonnée. Il est ensuite décidé de rassembler les troupes dispersées de Don en une armée de campagne unifiée. Le , le commandement de cette force est confié à Lord Cathcart, qui apporte avec lui 12 000 renforts. Don est supplanté mais reste présent comme second en commandement. William Cathcart, qui se préparait à servir comme ambassadeur extraordinaire auprès de la Russie et de la Prusse, reçoit le titre de « Commandant en chef des forces britanniques en Europe du Nord » et l'autorité sur les troupes russes, suédoises et prussiennes. Dans le même temps, Harrowby rapporte que la Prusse s'oriente vers la neutralité.
Le , Cathcart reçoit ses ordres : il doit coopérer au mieux avec les armées alliées, mais sans mettre Hanovre en danger. Bien qu'on l'encourage à agir avec audace, il reste libre de refuser une action qu'il juge trop risquée, même sous un commandement étranger, comme celui de Gustave IV Adolphe de Suède à Stralsund. Castlereagh lui suggère même de rejoindre la principale armée russe avançant depuis l'est, mais l'entreprise semble presque impossible sur le plan logistique. Cathcart débarque à Cuxhaven le et installe son quartier général à Brême. Il prépare la campagne à venir, planifiant les communications en cas de gel des rivières, réfléchissant à une avance vers la Hollande ou le Bas-Rhin, et regroupant son armée autour de la Weser. Avant leur retrait, les troupes stationnées à Hamelin affrontent brièvement les Français le , ce qui constitue le seul combat livré par l'expéditionEntre 500 et 600 soldats français quittent Hamelin pour rejoindre une autre ville, mais ils tombent sur les forces anglo-russes qui bloquent la place. Un combat s'engage, au cours duquel 200 Français sont faits prisonniers, tandis que les autres doivent battre en retraite et regagner Hamelin afin d'éviter de perdre cette position fortifiée..
L'annonce de la bataille d'Austerlitz bouleverse les plans de Cathcart : le , Napoléon inflige une lourde défaite à l'armée russo-autrichienne, provoque la capitulation de l'Autriche et laisse les forces alliées pratiquement anéanties. La perspective d'une entrée de la Prusse dans le conflit s'effondre, et les Russes survivants se replient vers la Pologne.
Pertes redoutables durant la traversée