Magána Hausa, sous-titré Native literature, or Proverbs, Tales, Fables and Historical Fragments in the Hausa Language, To Which Is Added a Translation in EnglishLittérature indigène, ou Proverbes, contes, fables et fragments historiques en langue haoussa, auxquels s'ajoute une traduction en anglais. Il s'agit du sous-titre original de l'édition de 1885, le sous-titre a été modifié dans la seconde édition de 1906., est un recueil de textes en langue haoussa compilés par James Frederick Schön, Dorugu, Thomas Cole John et Gottlob Krause, et publié au seul nom de James Frederick Schön par la Society for Promoting Christian Knowledge (SPCK) en 1885. Ce recueil rassemble des textes émanant de la culture orale haoussa : textes littéraires, personnels ou historiques, autobiographie du voyageur ouest-africain Dorugu, contes, récits de vie, de voyage ou d’événements. Il s’agit du premier ouvrage en langue haoussa édité en caractères latins paru en Europe. Cet ouvrage se distingue de la plupart des livres portant sur les langues africaines publiés à la même époque par les sociétés missionnaires, qui sont principalement des grammaires, des lexiques ou des traductions de textes liturgiques chrétiens. Considéré comme l'ouvrage fondateur de la littérature en langue haoussa et de la linguistique sur cette langue, il a été réédité à plusieurs reprises.
Origines et production du recueil Mágana Hausa est un ouvrage publié en 1885 par James Frederick Schön, un missionnaire et linguiste anglican travaillant pour la Church Missionary Society. Dans les années 1840, il est l'un des premiers Européens à s'intéresser à la langue haoussa et à chercher à en analyser la grammaire, il est pour cette raison considéré comme le père de la linguistique haoussa. Ses premiers travaux sur cette langue, réalisés alors qu'il est missionnaire en Sierra Leone, sont des notes grammaticales, un vocabulaire bilingue et des traductions des textes bibliques en haoussa, destinés à être utilisés par les missionnaires dans leurs prêches et pour l’enseignement scolaire. Après son départ de Sierra Leone pour raisons de santé et son retour en Grande-Bretagne, il est obligé d'interrompre ses recherches sur la langue haoussa faute d'interlocuteur, jusqu'à sa rencontre avec le voyageur ouest-africain Dorugu, avec qui il collabore en Angleterre pendant dix ans.
C'est au cours de cette collaboration que naît le projet de Mágana Hausa. Il ne s’agit pas d’un manuel d’apprentissage de la langue, ni d’une traduction de textes chrétiens, à l’exception d'une version bilingue anglais-haoussa du treizième chapitre de l'Épître aux Corinthiens. L'ouvrage ne correspond donc pas aux catégories habituelles de la littérature missionnaire, comme Schön l’affirme lui-même dans l’introduction : Au contraire, l'ouvrage se présente comme un recueil de littérature haoussa transcrite et éditée telle quelle, selon le modèle inauguré en 1854 par son collègue en Sierra Leone, Sigismund Koelle, dans son ouvrage African native literature, or Proverbs, tales, fables, & historical fragments in the Kanuri or Bornu language. vignette|Portrait de James Frederick Schön.|gauche Selon Schön, l’objectif de Mágana Hausa est de Pour cela, il rassemble des textes qui ont été compilés par différents collecteurs : Dorugu, Thomas Cole John et Gottlob Adolf Krause. Dorugu, qui est à l’origine de la majorité des récits contenus dans le recueil, est un ancien esclave haoussa racheté et affranchi par un l'explorateur allemand Adolf Owerweg. Après la mort de ce dernier il devient le compagnon de voyage d'Heinrich Barth, qu'il accompagne durant ses explorations dans le Sahel et le Sahara avant de rentrer avec lui en Europe. C’est durant ce séjour qu'il commence à collaborer avec James Frederick Schön. Pendant plusieurs années, il dicte et raconte des textes et des histoires en haoussa à Schön qui les retranscrit. Le second collecteur, Thomas Cole John, est un missionnaire de la Church Missionary Society d’origine haoussa, qui collabore également pendant plusieurs années avec Schön, durant sa mission à Lokoja dans l’actuel Nigeria et lors d'un séjour à Londres en 1876-1877. Les textes qui lui sont attribués dans Mágana Hausa ont donc été soit envoyés par correspondance, soit dictés directement durant son année à Londres, et il s’agit à la fois de textes transcrits par John et de textes dont il est lui-même l’auteur. Le troisième contributeur, Gottlob Adolf Krause, est un linguiste allemand, qui a collecté des textes auprès de personnes haoussaphones vivant à Tripoli.
Selon Schön, le but de cet ouvrage est de présenter au public britannique, et en particulier aux étudiants missionnaires et linguistes qui s’intéressent au haoussa, des textes originaux afin qu’ils puissent s’accoutumer à la langue. Dans la préface de la traduction anglaise des textes publiée en 1886, il écrit ainsi : De cette manière, il justifie également la publication de cet ouvrage littéraire par une société d'édition normalement vouée à la diffusion de l'anglicanisme et dont les ouvrages sont très majoritairement de genre liturgique ou didactique, puisque le public-cible est justement, au moins en partie, composé des étudiants missionnaires.
Dans l’introduction, Schön évoque également longuement ses choix de transcription. Auparavant, la transcription en usage dans la quasi-totalité des sociétés missionnaires était l’alphabet de Lepsius, un alphabet latin augmenté de signes diacritiques censé permettre de transcrire toutes les langues non-européennes. Or Schön ne le trouve pas entièrement adapté à la transcription de la langue haoussa, c’est pourquoi il propose ses propres choix de transcription, également basé sur l’alphabet latin, qu’il conseille d’adopter à l’avenir dans tous les textes en langue haoussa : Ces changements minimes se trouvent notamment au niveau des voyelles, plus nombreuses chez Schön pour illustrer la grande diversité de prononciations (informées par les tons, qu'il n'identifie pas), ce qui l'oblige à établir d'autres arrangements diacritiques autour de ces voyelles.
Contenu du recueil Mágana Hausa, dans son édition originale, est divisé en deux parties, précédées par quelques remarques introductives de Schön et par un alphabet. La première partie est composée de phrases introductives, où l'on retrouve le treizième chapitre de l’Épître aux Corinthiens en version bilingue traduit de l’anglais vers le haoussa par Schön lui-même. Suivent une liste de 117 proverbes haoussa et quatre lettres de Dorugu, deux envoyées à son compagnon de route Abbega, une au secrétaire de la British and Foreign Bible Society et une à David Hinderer, missionnaire de la CMS en pays yorouba. Enfin, une grande part de cette première partie introductive consiste en une autobiographie de Dorugu dictée à Schön durant leur collaboration, intitulée Life and Travels of Dorugu. vignette|Portrait de Dorugu et son compagnon de voyage Abbega.|320x320px La seconde partie est composée de 83 textes en langue haoussa, dont 55 sont attribués à Dorugu, 20 à Thomas Cole John et 8 à Gottlob Adolf Krause. Ils appartiennent à différents genres littéraires : on y trouve des contes (Histoire d’une partie de chasse, Le Glouton, Le Conte du Lièvre qui tua le Lion) ; des fables (Histoire du Prêtre et du Renard, L'Araignée et la Toile d’araignée, Un certain vieil Homme et ses Trois Fils) ; des récits de la vie quotidienne (Choses Merveilleuses montrées à l’École, La Découpe de Deux Baobabs, L’Histoire de Zaha et sa Femme) ; des récits historiques (Le Docteur Baikie a fondé Lokoja, La Visite d’Omar à la Station missionnaire de Lokoja, Le Choix d’un Roi parmi les Iuragis) ainsi que des textes religieux, paraboles (Histoire du Crâne que Jésus a doté du Pouvoir de Parole) ou hagiographies (Histoire d’un Saint, p. 198). On trouve également quelques textes qui sortent de ces catégories, comme un dialogue (Conversation entre trois Hommes dont les noms étaient Kusa, Kwania et Gaba), une élégie (Élégie sur la pauvreté) et une recette médicinale (Les Oignons comme Remède contre les Morsures de Serpents). L’ensemble de ces genres est présent à la fois dans les textes attribués à Dorugu, à John et à Krause.
Publications ultérieures de l’ouvrage Un an après la première édition de l'ouvrage, James Frederick Schön publie une traduction complète de l'ouvrage en anglais sous le nom de African Proverbs, Tales and Historical FragmentsProverbes, contes et fragments historiques africains. L'auteur écrit dans l'introduction qu'il avait d'abord pensé publier les deux ouvrages en un seul volume, mais y avait renoncé faute de disposer des fonds nécessaires. alt=Page du Mágana Hausa introduisant les textes collectés par Thomas Cole John|gauche|vignette|258x258px|Page de Mágana Hausa introduisant les textes collectés par Thomas Cole John. Mágana Hausa est ensuite réédité en 1906 par Charles Henry Robinson, enseignant de haoussa à l’université de Cambridge, à nouveau avec l'aide de la SPCK. Cette nouvelle édition fait suite à la fondation en 1891 par le même Robinson entre autres, de la Hausa Association, dont le but est la promotion de l’étude de la langue et de la culture haoussas. Son sous-titre est modifié en Hausa Stories and Fables, et la première partie est fortement raccourcie, ne comportant plus que l’autobiographie de Dorugu. Dans la préface, Robinson justifie cette republication par l’intérêt qu’a eue la première édition pour les étudiants du haoussa au Royaume-Uni dans leur apprentissage de la langue. Le système de transcription de la langue est grandement simplifié, quitte à amalgamer des sons différents (les consonnes « b » et « ɓ » notamment sont indifférenciées, tout comme les lettres « d » et « ɗ », et « k » et « ƙ »), conformément à la grammaire du haoussa qu’il avait publiée en 1897. Si cette simplification facilite la lecture de la langue, elle rend en revanche plus malaisée la compréhension de la prononciation des différents sons. Robinson indique également avoir corrigé quelques erreurs manifestes de la première édition, mais en avoir laissé une majeure partie, les considérant plutôt comme des variations locales de la langue, souhaitant ainsi altérer le moins possible la version originale.
Cette réédition de 1906 est la dernière édition complète de Mágana Hausa, mise à part une réimpression de la version originale accompagnée de la traduction par la maison d’édition au Liechtenstein en 1970. D’autres éditions ultérieures existent, mais offrent des versions réduites du recueil. Ainsi, en 1932, la maison d’édition Sheldon Press fait paraître deux ouvrages, The Story of Dorugu et Hausa Tales, composés d'extraits de l’édition originale (ils ne font respectivement que 30 et 24 pages).
Réception et postérité Dans la seconde moitié du , à la faveur d’un intérêt renouvelé pour les autobiographies de figures historiques du continent africain au siècle précédent et pendant la colonisation, notamment à la suite du succès éditorial de l’autobiographie de édité par l’anthropologue Mary F. Smith, le recueil est redécouvert, en particulier l'autobiographie de Dorugu. En 1971, et Paul Newman font paraître West African Travels and Adventures. Two Autobiographical Narratives from Northern NigeriaVoyages et aventures en Afrique de l'Ouest. Deux récits autobiographiques du nord du Nigéria.. Leur ouvrage propose une nouvelle traduction en anglais de l’autobiographie de Dorugu, ainsi que celle de , issue de Labarin Mai Maina na Jega Sarkin Askira, originellement paru en 1958. Le linguiste Paul Newman, traducteur de cette nouvelle édition, note alors en introduction que