vignette|150px|Un exemple d'une hache de pierre aborigène Wilimee Mooring, également connu sous le nom de carrière de haches en pierre de Mount William (Mount William stone axe quarry), est un important site culturel et archéologique aborigène situé près de Lancefield dans l'État de Victoria en Australie. Occupé par les Wurundjeris, il comprend plusieurs centaines de fosses d'extraction et d'aires de taille où était exploitée de la roche verte (diabase) pour la fabrication d'ébauches de haches. Celles-ci étaient ensuite polies dans d'autres lieux, notamment au , avant d'être échangées à grande échelle dans le sud-est australien.
Réputé pour être l'une des principales sources de pierre taillée et polie de la région, Wilimee Mooring illustre l'importance économique, sociale et spirituelle des réseaux d'échanges aborigènes précoloniaux. Protégé depuis les années 1970, le site est aujourd'hui placé sous la gestion de la et figure sur la liste du patrimoine national australien.
Nom et étymologie Les mots aborigènes pour des lieux sont souvent des descriptions géographiques ou fonctionnelles. Dans le cas de Wilimee Mooring : Wil : pourrait signifier quelque chose comme « pierre » ou « rocher » Im-ee : pourrait être un suffixe locatif ou descriptif Moor-ing : pourrait désigner un « lieu de travail » ou un « lieu où l'on fabrique »
Donc une traduction approximative en français pourrait être : « lieu où l'on taille la pierre » ou « carrière de pierres pour haches » en langue woiwurrung. Les colons britanniques ont renommé ce lieu « Mount William » mais l'origine de ce terme est inconnu. L'une des hypothèses possibles est qu'il s'agirait d'une simplification par les colons du nom traditionnel Wilimee dont la sonorité pourrait avoir évoqué le prénom William à leurs oreilles.
Description Wilimee Mooring comprend les vestiges de centaines de fosses d'extraction et de monticules de déblais rocheux. Les Aborigènes y extrayaient de la roche verte (diabase) et produisaient des ébauches de pierre pour fabriquer des têtes de hache. Les outils en pierre taillée et polie constituaient un élément essentiel de l'équipement des Aborigènes du sud-est de l'Australie, et la pierre verte de Wilimee Mooring était l'une des matières les plus prisées et les plus échangéesCoutts & Miller, 1977:1 ; Goodison, 1996:1. La pierre était extraite des affleurements sources, grossièrement taillée en ébauches, puis emportée pour être affinée par un travail de taille plus précis et un polissage du tranchant. On y dénombre 268 fosses d'extraction, dont 18 atteignent plusieurs mètres de profondeurMcBryde, 1984b:273-274, et qui sont entourées d'au moins 34 aires de débitage distinctes. Ces ateliers de taille sont reconnaissables à leurs monticules de débris pouvant atteindre 20 mètres de diamètre ; certains présentent une roche affleurante centrale qui servait d'enclumeMcBryde, 1976:168.
Le lieu se situe dans l'une des six ceintures de roches vertes cambriennes de l'État de Victoria, où plusieurs autres carrières de ce type ont été découvertes, notamment celles de , de la , de , de Jallukar, de Berrambool et de Baronga sur la , ainsi que celles de et de Dog Rocks près de GeelongMcBryde & Watchman, 1976:166. Cependant, aucune des haches trouvées à Wilimee Mooring n'a été polie pour devenir une tête de hachette finieCoutts & Miller, 1977. Les rainures de polissage les plus proches se trouvent sur le , à environ 29 kilomètres de distance ; l'analyse des fragments de pierre trouvés sur place a confirmé qu'il s'agissait de la même diabase que la pierre verte de Wilimee MooringWest, 1972:198-200.
Histoire William Bradley semble être le premier à décrire l'échange de la pierre de Wilimee Mooring, le :
En 1854, William Blandowski, le premier zoologue du , visite Wilimee Mooring et en donne la première description écrite :
William Buckley décrit une pierre noire et dure qu'il appelle « kar-keen » et qui était façonnée en têtes de hacheBrough-Smyth, 1876:360.
Dans les années 1880, le leader éminent des Wurundjeris et gardien de la carrière, William Barak (qui a probablement assisté aux dernières opérations sur le site), décrit à l'ethnographe Alfred Howitt les conventions traditionnelles de propriété et d'accès :
Les excursions organisées sont populaires au début des années 1900, comme lorsque l'Association des enseignants du district en organise une en 1906 et que ce jour est « proclamé jour férié dans le , afin que tous aient l'opportunité d'y assister »Lancefield Mercury, 1906, dans Goodison, 1996:21.
Dans les années 1940, identifie une route commerciale majeure dans le sud-est de l'Australie associée à Wilimee Mooring, parmi ses sept routes de commerce principales :
Dans les années 1960 et 1970, Wilimee Mooring retient l'attention des anthropologues et archéologues (notamment Donald Thomson et )Paton, 2005:280; McBryde, 2000:250. L'étude des systèmes commerciaux menée par McBryde dans les années 1970 inclut l'analyse de la distribution des haches provenant du site et d'autres carrières de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud. Elle s'appuie sur des sources ethno-historiques, des preuves linguistiques et archéologiques, ainsi que des études pétrologiques (utilisant l'analyse en lame mince pour les haches provenant de sites archéologiques et de sources de pierre), pour révéler les tendances de distribution et la valeur socialeMcBryde, 1984a; 1984b; McBryde & Watchman, 1976; McBryde & Harrison, 1981. McBryde démontre que les réseaux d'échange aborigènes pour la pierre de Wilimee Mooring s'étendent sur plusieurs centaines de kilomètresMcBryde, 1978:355. La distribution est déterminée par les relations sociales et politiques entre les Kulins et les groupes voisins : elle est clairsemée ou absente dans le sud-est de Victoria, mais plus largement distribuée dans l'ouest de VictoriaMcBryde, 1984b:269, 279.
Gestion et préservation Wilimee Mooring est depuis longtemps reconnu comme un lieu aborigène spécial lorsque la première tentative de protection formelle a lieu en 1910. Le directeur du , Baldwin Spencer, cherche alors à former un comité, en association avec la , pour acquérir une partie de la zone et créer une réserve. Cependant, le propriétaire terrien refuse de vendreMulvaney and Calaby, 1985: 260-261 ; Goodison, 1996:22.
En 1917, , député de au Parlement de Victoria, estime que : « Quelque vingt-cinq acres de terre pourraient être acquises à un prix raisonnable, et clôturées, pour être préservées pour toujours comme grand site historique de l'Australie, fournissant la seule indication ou preuve que nous ayons que ce pays était habité depuis des centaines d'années avant que l'homme blanc n'y vienne »M. Allan F. Cameron, député de Dalhousie, Débats parlementaires victoriens : Assemblée législative, vol. 147 : 1917 ; Paton, 2005:278. En 1918, Cameron demande une subvention pour acheter le terrainDébats parlementaires victoriens : Assemblée législative, vol. 151, 1918 ; Paton, 2005:278 et renouvelle sa demande en 1919Débats parlementaires victoriens : Assemblée législative, 1919 ; Paton, 2005:278. Puis, en 1921, il informe le Parlement qu'« un gentleman de Melbourne [a offert] 300 livres pour acheter ce terrain et en faire une réserve. Il souhaite qu'il soit remis à l'État ou à une organisation ». Cependant, Cameron tombe gravement malade peu après et décède en , si bien qu'aucune autre mesure n'est prisePaton, 2005: 279.
En 1969, le propriétaire terrien, un certain M. Powell, s'inquiète des dommages causés au site et propose de vendre une partie de la parcelle CA 24 au . Celui-ci obtient un soutien financier du en 1971 et le titre de propriété est transféré en 1972. En 1976, une zone archéologique est déclarée sous le régime de la loi de 1972 sur la préservation des vestiges archéologiques et aborigènes (Archaeological and Aboriginal Relics Preservation Act 1972) sur les terres appartenant au conseil et sur la parcelle privée adjacente CA 16A au nordGoodison, 1996:24-27Citation de lieu du patrimoine national.
En 1997, le comté de Romsey (aujourd'hui le conseil du comté de la chaîne Macedon) fait don de ses terres à l', qui place ensuite le site sous la gestion de la . Le site est également inscrit au et sur la liste du patrimoine national australienBase de données du patrimoine australien, Liste du patrimoine national, Carrière de haches en pierre du mont William, ID lieu :105936, Dossier n°:2/06/078/0002.
Le , la propriété du site est officiellement restituée à la société aborigène du patrimoine culturel Wurundjeri Woi Wurrung.
Voir aussi Peuple Wurundjeri Wilgie Mia, mine d'ocre aborigène dans l'Australie-Occidentale Culture aborigène d'Australie Industrie minière en Australie
Notes et références
Bibliographie
Brough Smyth, R. (1876). The Aborigines of Victoria: with notes relating to the habits of the natives of other parts of Australia and Tasmania, compilé à partir de diverses sources pour le gouvernement de Victoria. Melbourne: John Currey, O’Neil Coutts, P.J.F. & Miller, R (1977). The Mt. William archaeological area. Melbourne: , Government Printer Goodison, P (1996). Mount William Axe-Stone Quarry: management resource document. Document inédit produit pour la Direction des services du patrimoine, Affaires aborigènes de Victoria
McBryde, I & Harrison, G (1981). Valued good or valuable stone? Consideration of some aspects of the distribution of greenstone artefacts in southeastern Australia. Dans B.F. Leach et J. Davidson (eds), Archaeological Studies of Pacific Stone Resources, pp. 183–208. Oxford: . McBryde, I & Paton, R (n.d.) Submission to the Australian Heritage Council in relation to the assessment of the Mount William Greenstone Axe Quarry nominated for the National Heritage List. Rapport non publié. McBryde, I. (1978). Wil-im-ee Moor-ring: Or, where do axes come from?: Stone axe distribution and exchange patterns in Victoria. Mankind 11(3):354-382. McBryde, I (1984a) Exchange in south-east Australia: an ethnographic perspective. Aboriginal History. Vol. 8, no. 2:132-153 McBryde, I (1984b). Kulin greenstone quarries: The social contexts of production and distribution for the Mount William site. World Archaeology 16(2): 267-285. McBryde, I (2000). Continuity and discontinuity: Wurundjeri custodianship of Mt William quarry. Dans S Kleinert et M Neale (eds.) The Oxford companion to Aboriginal Art and Culture (pp. 247–251). Melbourne: Oxford University Press McBryde, I & Watchman, A. (1976). The distribution of greenstone axes in southeastern Australia: A preliminary report. Mankind 10(3):163-174. McBryde, I., Paton, R. & Potezny, V. (1993). Mount William Quarry Surveyed plan June 1993. Plan d'arpentage non publié.
Mulvaney, D.J. & Calaby, J.H. (1985). So much that is new: Baldwin Spencer, 1860-1929: a biography. University of Melbourne Press Mulvaney, D.J. & Kamminga, J. (1999). Prehistory of Australia. Crows Nest, Allen & Unwin Pty Ltd Paton, R (2005). Trading places: changing social values of the Mt William Aboriginal stone quarry. In Macfarlane, I, Mountain, M and Paton, R (eds.) Many Exchanges: archaeology, history, community and the work of Isabel McBryde. Canberra: Aboriginal History Inc (271-286) West, A.L. (1972). An Aboriginal axe-grinding rock near Mount Macedon, Victoria. '' vol. 89: 198 200.
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