Au pilori est un journal hebdomadaire d'extrême droite fondé en 1938, qui devint en 1940 l'une des publications antisémites les plus virulentes de l'époque de l'Occupation.

Il paraît tout d'abord sous le titre Le Pilori, avant de changer de nom en à la faveur d'une évolution de l'équipe rédactionnelle. Son sous-titre est : « Hebdomadaire de combat pour la défense des intérêts français ».

Rédaction Organe social de la Rénovation française, il est dirigé par Jean Lestandi, son commanditaire puis directeur administratif, avec pour principaux rédacteurs : Lucien Pemjean, Urbain Gohier, Robert-Jullien Courtine, futur chroniqueur gastronomique du Monde, Paul Vigouroux, Jean Marquès-Rivière et Paul Riche.

Trois directeurs politiques se succèdent : Robert Pierret jusqu'en , Maurice de Séré jusqu'au et enfin Jean Drault.

Histoire Sa publication est subventionnée par les services de propagande allemands: ainsi, la Propagandastaffel accorde une subvention de 100000 francs au périodique.

Pendant toute la guerre, la rédaction du journal occupe l'hôtel particulier du 43 rue de Monceau, dans le de Paris, lequel appartenait et appartient toujours à la famille Kraemer, antiquaires d'origine alsacienne mondialement connus.

La distribution du journal est l'activité principale du groupuscule pro-nazi Jeune front, fondé par Robert Hersant.

Le journal est aujourd'hui avant tout connu pour les textes que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline y fait paraître sous l'Occupation.. C'est aussi avec les membres de l'équipe du Pilori que Céline organise en une réunion publique avec 27 personnalités, invitées à discuter du « problème juif » et de la question du national-socialisme. Parmi les pressentis, ni Xavier Vallat, ni Ramon Fernandez, ni Drieu la Rochelle n'acceptèrent de venir à la réunion dont le compte rendu est publié par Au Pilori le .Ramon, Dominique Fernandez (2006) page 646.

Lectorat En plus des antisémites convaincus, certains lecteurs sont des acheteurs-observateurs (opposants à la collaboration ou Juifs voulant se préparer aux prochaines campagnes de haine)Selon le préfet régional de Rouen, de « nombreux libraires » signalent que l’achat d’un tel journal est souvent le fait de « personnes qui ont seulement pour but d’utiliser le papier pour l’emballage ».

Contenu

Dénonciations Les membres de l'équipe n'hésitent pas à dénoncer publiquement dans les colonnes de leur journal, et notamment dans les rubriques « Échos et Potins » puis « Micro et Confessions », « Les quatre vérités » ou « Tir de barrage », certaines personnalités soupçonnées à tort ou à raison d'être juives.

Dans certains cas, la cible consiste en telle profession pratiquée par des juifs : le journal mène ainsi une campagne contre des médecins et des dermatologues juifs avec la rubrique « Boycottons les salopards ».

Les premiers numéros comportaient des listes de « firmes juives » et de francs-maçons. La rubrique « On maquille ! On maquille… » était consacrée aux dénonciations de cessions de biens juifs à des non-juifs pour des buts de camouflage contre les mesures d'aryanisation.

Bien qu'officiellement, l'équipe refuse toute dénonciation anonyme, dans la pratique elles sont quelquefois prises en compte.

Anti-sémitisme La ligne de l'hebdomadaire est marquée par un fort antisémitisme au ton ordurier. En l'été 1940, le journal publie ses buts: Dissolution de la franc-maçonnerie et de ses filiales ; Défense aux Juifs d’occuper un emploi quelconque dans la magistrature, la presse, la radio, les administrations publiques ; établissement du « numerus clausus » pour les médecins et les avocats ; Recensement des Juifs en vue du retrait de la nationalité française et du droit de citoyenneté ; Établissement d’un passeport spécial pour les israélites, comme pour tous les étrangers ; Concentration de tous les Juifs, facteurs de troubles, profiteurs exploiteurs et fraudeurs, dans des camps de travail pour être employés à la reconstruction des régions éprouvées par la guerre ; Recensement de la fortune juive, afin de prendre, au bénéfice des classes populaires françaises, toutes mesures utiles en vue de leur élimination progressive de l’économie nationale, détruite par le capital international juif (Le Pilori, 19 juillet 1940 et 9 août 1940)Cet anti-sémitisme tend quelquefois aux appels au meurtre et à l'extermination de masse : dès l’été 1940, l’hebdomadaire titre « Les Juifs de France doivent payer ou mourir  ! ». À la fin de l'année, un jeu concours, « Où les mettre ? », est remporté par Charlotte Baré, une habitante de Clichy qui avait proposé de stériliser tous les juifs avant de les enfermer dans un ghetto, et elle recevra en récompense trois paires de bas de soie; d'autres candidats proposèrent la pendaison, la noyade, la balle dans la nuque, l'envoi dans un volcan, le "four crématoire" voire l’envoi de « tous les youpins dans les puits de charbon d’Angleterre »

Plusieurs articles du Pilori appellent à l'extermination, tel que l'article « Mort au Juif ! » par Paul Riche, publié le 14 mars 1941. Quelques mois plus tard, c'est au tour de Jean Méricourt d'en appeler au meurtre.

La stérilisation forcée est défendue par certains journalistes tels que Jacques Bouvreau, auteur de la fiction « 14 juillet 2142. Le dernier Juif vient de mourir ! » parue le 23 juillet 1942 dans laquelle un Français vivant en 2142 racontait la stérilisation générale de tous les juifs du monde par un décret de 1950.

Maurice de Séré, quant à lui, publie en juillet 1942 une série de trois articles décrivant la Solution finale, écrivant notamment que « les nations d’une partie du monde ont fini par comprendre la question juive à tel point que celle-ci ne se discute même plus chez elles, que les décisions prises envers la race maudite sont inéluctables, sans appel, et que des mesures garantissant l’avenir même le plus lointain sont parfaitement établies ».

Attaques contre le gouvernement de Vichy Le journal attaque ce qu’il appelle la « tiédeur » de l’État français, demandant par exemple à ce que l'étoile jaune soit étendue en zone Sud et les mariages mixtes interdits. La définition de la judaïté donnée par les statuts des Juifs est aussi critiquée pour son présumé laxisme. Le 7 janvier 1943, un extrait de La France enchaînée (du 26 mars 1938) est ainsi publié : « Il y a une combine judéo-maçonnique autour de Pétain ». Xavier Vallat y était attaqué comme « l’ambassadeur des Juifs à Paris » tandis que Louis Darquier de Pellepoix y était loué comme « un antijuif d’avant-guerre et vrai combattant ».

La vigueur d'un de ces articles conduit Laval à ordonner l’internement administratif de Jean Lestandi, de Maurice de Séré et de Jean Azéma (rédacteur de l’article incriminé) à la fin de l'année 1942.

Anti-maçonnisme La Franc-maçonnerie y est souvent associée au judaïsme.

Certains articles demandaient la peine de mort pour les fonctionnaires qui n’ont pas déclaré leur appartenance à la franc-maçonnerie.

Le Pilori, journal suisse L'édition française ne doit pas être confondue avec la publication suisse d'extrême-droite créé par Georges Oltramare, appelée Le Pilori et dont la première parution remonte à 1923.

Bibliographie Frédérique Devigny, Au Pilori, journal antisémite de la Collaboration 1940-1944 (1996), mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine (Dir. Ralph Schor), Université de Nice-Sophia-Antipolis, Faculté des Lettres. http://catalogue.unice.fr/permalink/f/13cm8lt/sc_aleph_uns01000248689 .

Notes et références

Notes

Références

Catégorie:Presse hebdomadaire disparue en France Catégorie:Presse française liée à la Collaboration de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Presse antisémite française Catégorie:Titre de presse disparu en 1944