L'industrie minière en Corée possède une histoire millénaire, remontant à l'extraction de l'or vers 1100 av. J.-C. Durant les périodes Goryeo et Joseon, l'exploitation de l'or, de l'argent et du cuivre est rigoureusement contrôlée par l'État, qui mobilise une main-d'œuvre importante pour extraire des ressources principalement localisées dans le nord de la péninsule. L'occupation coloniale japonaise de 1910 à 1945 transforme radicalement le secteur, avec une exploitation intensive et moderne du charbon, du minerai de fer et de métaux stratégiques au profit de l'empire du Japon, jetant les bases d'une infrastructure industrielle importante, mais au prix de conditions de travail extrêmement dures pour les Coréens.

La partition de la Corée en 1945 crée une divergence économique profonde. La Corée du Nord hérite de la majorité des mines et des industries lourdes, faisant du secteur minier un pilier de son économie, avec d'importantes réserves de charbon, de minerai de fer et de magnésite. Cependant, le secteur souffre de l'effondrement du bloc soviétique, de l'obsolescence des équipements et, plus récemment, de sanctions internationales drastiques qui paralysent ses exportations. La Corée du Sud, après une phase de mobilisation nationale autour du tungstène et du charbon pour son industrialisation, voit son industrie minière décliner à partir des années 1980.

Aujourd'hui, le paysage minier de la péninsule est marqué par ce contraste. Au Nord, le régime tente de relancer une production minière vitale pour son économie, mais celle-ci reste confrontée à des défis structurels majeurs. Au Sud, l'extraction minière traditionnelle ne représente plus qu'une part infime de l'économie. La priorité s'est déplacée vers la sécurité d'approvisionnement en minéraux critiques (terres rares, tungstène) pour ses industries de pointe, comme les semi-conducteurs et les batteries, faisant de cette dépendance un enjeu de sécurité nationale.

Histoire Époque ancienne L'extraction de l'or dans la péninsule coréenne commence vers 1100 av. J.-C, comme en témoignent les artefacts funéraires tels que des couronnes en or et d'autres objets en or découverts dans des tombes. Des mines anciennes de plomb, d'étain et de zinc ont été identifiées, suggérant une disponibilité abondante de ces minerais pour la production d'alliages, mais aucune mine remontant à l'âge du bronze n'a encore été découverte. Le cuivre était extrait en plus grandes quantités parmi les cinq métaux principaux (or, argent, cuivre, fer et plomb), selon le , un ouvrage géographique compilé en 1481 sous la dynastie Joseon. Les mineurs recherchaient probablement des minerais comme la malachite pour le cuivre, la cassitérite pour l'étain, la smithsonite pour le zinc, la cérusite et la galène pour le plomb.

vignette|gauche|Morceaux de charbon datant de la période Goryeo, retrouvés dans une épave. Pendant des siècles, l'exploitation minière se concentre principalement sur l'or et l'argent, avec des tributs importants envoyés aux empires chinois, atteignant des centaines de kilos. Les gisements les plus riches sont situés dans le nord de la péninsule, où la géologie volcanique récente favorise les dépôts d'or dans les graviers alluviaux. Des centres d'exploitation notables incluent Chiksan, et . Les minéraux occupent une place cruciale durant la période de Goryeo, et les archives attestent de la mobilisation de la population et des soldats pour leur extraction. L'exploitation des gisements est strictement contrôlée par l'État. Selon le de Jeong Do-jeon, des fonctionnaires sont directement dépêchés sur les sites de production d'or et d'argent pour en superviser et contrôler l’extraction. Le Goryeo-sa rapporte qu'en janvier 1063, le Samsa (Conseil des Trois Ministères) informe le roi Munjong de la découverte de gisements d’or et demande leur enregistrement dans le registre des tributs. L'or, l'argent et le cuivre figurent parmi les ressources dont la quantité à livrer est précisée, au même titre que le riz. En décembre 1277, le Goryeo-sa rapporte que paysans sont mobilisés pendant 70 jours pour extraire de l'or, et en mai 1277, le Goryeosa Jeollyo mentionne l'extraction d'or alluvionnaire, illustrant l'ampleur de la mobilisation populaire pour cette activité.

vignette|300px|Orpailleurs coréens à la recherche d'or vers 1900. Les Annales de la dynastie Joseon contiennent de nombreux récits sur les ressources géologiques, avec des descriptions relativement détaillées de l'exploitation minière durant la dynastie Joseon. Sur recommandation du ministère des Travaux publics (Gongjo), le roi nomme des chabangsa (inspecteurs des mines), fonctionnaires temporaires chargés de prospecter les gisements d'or, d'argent et d'autres ressources, ce qui témoigne des efforts déployés par l'État pour développer et contrôler les ressources de manière plus avancée. Avec l'instauration du système fiscal seoljeomsuse, une collaboration entre l'État et les particuliers se développe : les producteurs privés payent des taxes aux jeomso (bureaux de perception) du ministère des Finances (Hojo) et peuvent exploiter les gisements. Un document de 1357, durant le règne du roi Gongmin, indique que le gouvernement a mobilisé des personnes intègres et compétentes pour superviser l'extraction et la collecte des ressources, soulignant l'importance accordée à la gestion des mines et à la sélection de personnel qualifié. En 1724, le roi Yeongjo interdit l'exploitation minière.

Vers la fin du , les pays étrangers commencent à s'intéresser aux ressources minières de la Corée : le géologue allemand réalise une étude géologique scientifique de huit mois en 1884 et le Britannique William Gowland mène également des recherches géologiques entre Séoul et Pusan. En 1891, de l'or est découvert à la , qui sera développée au début du . La cour de Joseon prend conscience de la nécessité de moderniser son industrie minière et fonde en 1900 l'école Gwangmu pour former des experts, mais celle-ci ferme en 1907.

Période coloniale japonaise (1910-1945) À la suite de l'annexion de la Corée en 1910 par l'empire du Japon, une restructuration profonde des ressources et des infrastructures économiques du territoire coréen est engagée. Un système administratif centralisé visant à optimiser l'extraction minière au profit des intérêts japonais est mis en place. Dès 1915, des campagnes de prospection géologique sont systématiquement menées par des compagnies telles que , ciblant principalement les gisements d'or, d'argent, de cuivre, de plomb et de zinc situés dans le nord de la péninsule. Les réformes favorisent clairement les entreprises japonaises, à l'instar de Mitsubishi, qui bénéficie d'un soutien logistique et juridique pour réaliser des sondages miniers et obtenir des concessions territoriales. Les droits miniers traditionnels coréens sont progressivement transférés vers des firmes japonaises, consolidant ainsi un système économique colonial conçu pour servir les intérêts industriels du Japon.

vignette|gauche|La mine de charbon d'Okura en Corée en 1910 au début de la domination japonaise. Parmi les ressources exploitées, le charbon occupe une place centrale, notamment dans les provinces septentrionales du Hamgyong et Pyongan, où son extraction est massivement développée pour répondre aux besoins énergétiques locaux et aux impératifs industriels du Japon impérial. Les mines de charbon, telles que celle d'Anju dans le Pyongan du Sud, deviennent des sites emblématiques de cette transformation. L'adoption de technologies avancées, comme les foreuses électriques et les pompes de drainage allemandes, permet une augmentation significative de la production, qui passe de tonnes en 1910 à 2 millions de tonnes par an en 1935, soit une multiplication par 25. L'exploitation du minerai de fer, notamment à dans le Hamgyong du Nord, est également intensifiée. En outre, d'autres minerais stratégiques, tels que le tungstène, le graphite et la magnésite, abondants dans le nord de la Corée, sont extraits de manière systématique pour soutenir l'industrie d'armement du Japon. Cette période s'accompagne d'investissements très importants en infrastructures. Les compagnies minières privées établissent leurs propres lignes ferroviaires et le réseau ferré coréen connait une forte expansion.

La main-d'œuvre coréenne constitue la base de cette exploitation. Employés en masse dans les mines de charbon et de métaux, les ouvriers coréens sont soumis à des conditions de travail difficiles et à une rémunération très faible. Selon des estimations, environ Coréens sont astreints à des travaux forcés dans les mines et les usines sous contrôle japonais, tant en Corée qu'au Japon, notamment dans les bassins houillers de Kyūshū (comme l'île de Hashima) ou dans les mines de Sado.

À partir de 1937, la guerre sino-japonaise puis la Seconde Guerre mondiale transforment ce secteur en rouage essentiel de l'effort militaire impérial. De nouveaux gisements sont exploités dans l'urgence pour fournir des métaux stratégiques, et les sites les plus sensibles placés sous surveillance militaire. Entre 1929 et 1941, la valeur nette de la production minière et manufacturière augmente de 266 %, illustrant la priorité donnée à l'extraction et à la transformation des ressources en Corée. En 1945, la Corée dispose ainsi d'une infrastructure minière et industrielle parmi les plus développées du monde colonial, bien qu'entièrement orientée vers les besoins du Japon impérial.

Après la partition de 1945 À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, l'industrie minière s'effondre temporairement, avec une interruption de plusieurs mois de toutes les activités minières et industrielles en Corée. La division de la péninsule la même année mène à une répartition inégale des ressources : le Nord hérite de mines et d'industries développées, tandis que les usines du Sud dépendent de ressources (électricité, charbon) venant du Nord ou de l'extérieur. Pendant la guerre de Corée (1950-1953), l'industrie minière subit de lourds dommages, avec environ 51 % des installations détruites, particulièrement au Nord.

Corée du Nord À la libération de la Corée en 1945 et à la partition subséquente du pays, la majeure partie de l'industrie lourde et des ressources minérales se trouve concentrée dans la partie nord de la péninsule. Les infrastructures minières développées durant la période coloniale japonaise, notamment dans les années 1930, constituent alors l'ossature du secteur minier nord-coréen. La production minière connaît une expansion continue jusqu'en 1990. Le pays exploite alors ses importantes réserves de charbon anthracite, de minerai de fer et de magnésite, cette dernière ressource représentant les deuxièmes réserves mondiales. Des complexes miniers majeurs sont développés, notamment la , opérationnelle depuis 1932 et considérée comme la plus grande mine de zinc d'Asie de l'Est.

vignette|300px|Un cargo charge du charbon dans le port de Nampo en Corée du Nord, le 6 juillet 2017, après son retour de Ningbo en Chine. Le voisin chinois est aujourd'hui devenu un soutien essentiel pour le régime nord-coréen. Il lui apporte un soutien technique et matériel et lui permet d'exporter illégalement les produits de son industrie minière. Par suite de l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, la Corée perd son principal soutien économique et sa production minière connaît une chute marquée en raison du manque d'électricité, de matériaux, d'équipements et de l'obsolescence des installations. À partir de 2000, la production de minerai de fer et de charbon anthracite connaît une légère augmentation. Entre 2004 et 2017, des entreprises chinoises, françaises, japonaises et suisses signent une quarantaine de contrats pour développer et exploiter des sites miniers en Corée du Nord, incluant des gisements d'or, de minerai de fer, de charbon et de cuivre. Toutefois, en 2017, seulement six à dix mines exploitées par des sociétés chinoises demeurent actives.