L'histoire du doctorat en France commence avec la constitution des premières universités médiévales au siècle pour la théologie, le droit et la médecine.

Elle est marquée par la suppression des universités lors de la Révolution française puis leur rétablissement sous le Premier Empire, avec la création des doctorats ès sciences et ès lettres et, plus récemment, par celle des doctorats de cycle puis l'importante réforme de 1984 (loi Savary) dont est issu l'actuel diplôme national de doctorat.

Du Moyen Âge à la Révolution française vignette|Réunion de docteurs à l'université de Paris durant le Moyen Âge. Les universités françaises se trouvaient dans certaines villes épiscopales où elles fédéraient toutes les écoles et collèges du diocèse, en particulier ceux de la faculté des arts, c'est-à-dire ceux qui correspondaient à notre enseignement secondaire et dont les professeurs devaient posséder une licence ès arts (licence vient de licencia docendi qui veut dire permission d'enseigner). Les grades étaient bachelier ès arts correspondant dans les autres professions à celui d'apprentis, et maître ès arts qui donnait le droit d'ouvrir une école.

Les universités pouvaient en plus avoir trois facultés correspondant à notre enseignement universitaire supérieur : une faculté de droit, une faculté de médecine et une faculté de théologie dont les professeurs portaient le titre de docteur (doctor vient du verbe latin docere qui veut dire enseigner, transmettre).

Les premières mentions de docteurs datent en France du avec l'apparition de l'Université de Paris. On trouve ce titre porté dans trois disciplines : d'abord le droit, puis la médecine et la théologie. Dans les collèges de la Faculté des Arts où sont enseignés les arts libéraux, le titre terminal demeure celui de « maître ès arts ».

Le grade de docteur est conféré à la suite d'une épreuve orale dénommée généralement « vespérie »Voir la description d'une vesperie pour l'obtention du titre de docteur en médecine.. Le doctorat est à cette époque un titre principalement protocolaire, que ce soit dans son obtention ou dans son usage, il ne demande pas de préparation particulière si ce n'est de remplir toutes les formalités de l'époque. La durée d'obtention est avant tout allongée par le nombre réduit de sessions et déterminée par le rang obtenu par le candidat lors de l'obtention de la licence (le « major » de licence étant le premier sur la liste pour obtenir le doctorat). En obtenant le doctorat, l'impétrant devient membre de sa faculté.

Doctorat en théologie À la faculté de théologie de Paris, où le collège le plus réputé était celui de la Sorbonne, le candidat au doctorat doit être âgé de , être licencié et prêtre. Il doit défendre deux thèses le même jour : la thèse « expectative » et la « vespérie ». L'expectative est soutenue par un jeune candidat, deux bacheliers du second ordre disputent contre le candidat, le licencié candidat au doctorat étant auprès de lui, elle est présidée par le grand-maître d'études du candidat. La vespérie oppose le licencié candidat à deux docteurs en théologie (magister regens et magister terminorum interpres), la soutenance est terminée par un discours du grand-maître d'études. Le lendemain, le candidat est reçu dans la grande salle de l'archevêché (aula). La cérémonie commence par un discours du chancelier auquel répond l'impétrant. Il prête serment et reçoit le bonnet de docteur. Il préside ensuite une thèse dite « aulique ». Il se rend enfin à Notre-Dame pour prêter serment devant l'assemblée de la faculté et est inscrit au nombre des docteurs. Cependant pour jouir de ses droits (suffrage, examination, présidence) il doit soutenir une dernière thèse appelée « résumpte » (récapitulation de tous les traités de théologie, acte rétabli en 1676) qui se tient dans les six années suivantes.

Doctorat en droit et ès droits Les premières facultés de droit enseignaient le droit canon.

Le grade de docteur en droit apparaît dans la seconde moitié du . Après le baccalauréat (3 à 5 ans, selon les lieux) puis la licence (1 à 5 ans), le candidat devait soutenir deux « disputes » successives, d'abord en présence des bacheliers puis ensuite avec ses futurs pairs : cette seconde leçon contradictoire (« vespérie ») était suivie d'une leçon d'apparat, la « repetitio », après laquelle il recevait les insignes de son grade (barrette, anneau d'or et livre) et prêtait serment.

Après la création au de facultés de droit civil, il devient possible de passer un doctorat dans les deux domaines et de se dire « docteur en tous les droits » (doctor in utroque iure), ou docteur ès droits.

Doctorat en médecine Après l'obtention de la licence, le candidat au doctorat doit soutenir une thèse qu'on nomme la « vespérie », dans laquelle il discute une question de médecine qui lui est proposée par un des docteurs ; le président prononce ensuite un discours et le lendemain le candidat est proclamé docteur.

Pour devenir docteur régent, il suffit d'avoir présidé à une thèse, on obtient alors voix délibérative aux assemblées de la faculté.

Ré-institution des doctorats par Napoléon Après la Révolution française qui supprime les universités, c'est tout d'abord dans les disciplines de la médecine et du droit que le doctorat est rétabli en même temps que les écoles de médecine, par la loi du 19 ventôse an XI () pour la médecine, et la loi du 22 ventôse an XII () pour le droit, à l'occasion de la création des écoles de droit. Dès 1806, six docteurs en droit sont ainsi reçusNotice sur le doctorat en droit Par Adolphe de Fontaine de Resbecq.. Après la création de l'Université impériale en 1806, le décret du qui en fixe l'organisation, conserve les doctorats en droit et en médecine et y ajoute le doctorat ès sciences, le doctorat ès lettres, et le doctorat en théologie.

Comme c'était le cas dans les universités d'ancien régime, le doctorat constitue alors après le baccalauréat et la licence, le troisième et dernier grade des études supérieures, hormis en médecine où n'existent plus ni baccalauréat ni licence. Le doctorat devient ainsi un grade d'État avec une réglementation nationale. Le décret du fixe les règles à suivre pour obtenir ces grades, le nombre de thèses à soutenir, leurs thèmes et la langue de rédaction (français ou latin) varient d'une discipline à l'autre. Les premiers doctorats furent conférés de droit aux premiers professeurs des facultés. Les gradués des anciennes universités françaises pouvaient obtenir une équivalence de grades de l'Université impériale.

Doctorat ès lettres

D'après le règlement relatif aux examens du doctorat ès lettres du (repris dans le décret du ), pour être admis aux épreuves du doctorat dans une faculté des lettres, il faut justifier du grade de licencié et soutenir deux thèses, l'une en latin, l'autre en français, sur deux matières distinctes, choisies par le candidat, d'après la nature de ses études, et parmi les objets de l'enseignement de la faculté. Les deux thèses seront soutenues en françaisArrêté du 17 juillet 1840 portant règlement relatif aux examens du doctorat es lettres : .

Les thèses manuscrites doivent être remises au doyen, qui les fait examiner par le professeur chargé de l'enseignement auquel chaque thèse se rapporte. Celui-ci donne son avis sur l'admissibilité de la thèse. Elle ne peut être imprimée et rendue publique que sur le visa du doyen et avec le permis du recteur. Un exemplaire de chaque thèse doit être remis à chaque professeur dix jours au moins avant la soutenance et dix exemplaires doivent être déposés au secrétariat de la faculté. Les examens de doctorat sont annoncés dans les journaux et par affiche. Les thèses sont soutenues publiquement dans la grande salle des actes de la faculté. La durée de chacune est de deux heures au moins. La faculté (ensemble des professeurs) entière assiste aux thèses et les membres argumentent par ordre d'ancienneté. Tous sont autorisés à voter sur la capacité du candidat. Après l'examen, le doyen adresse au ministre deux exemplaires de la thèse et un rapport détaillé sur la soutenance. Ce rapport est soumis au Conseil royal de l'Instruction publique avant la délivrance du diplôme.

D'après le décret relatif à l'organisation des jurys chargés de la collation des grades dans les établissements d'enseignement supérieur du , le suffrage des six examinateurs du jury s'exprime par une des boules suivantes : blanche, blanche et rouge, rouge, rouge-noire, noire. Tout candidat qui n'a pas obtenu trois boules blanches ou qui a mérité deux boules noires est ajourné, deux boules rouges-noires équivalant à une boule noire.

De 1810 à 1885, 742 doctorats ès lettres furent conférés, dont 548 à Paris. De 1810 à 1852 on a compté 278 docteurs, puis de 1852 à 1869 170 nouveaux docteurs, et de 1869 à 1880 166 autres nouveaux docteurs. Il a été délivré en outre de 1809 à 1830, en vertu de l'arrêté du , 400 diplômes par collation.

Diplômes délivrésMinistère de l'Éducation nationale, bureau universitaire de statistiques, Informations statistiques.19501955196019651968Doctorats ès lettres5877377080Licences ès lettresLes étudiants et la politique, Jean Paul Bachy, Claudine Bachy, A. Colin 1973. universitaires d'études littéraires, d'enseignement ès lettres délivrées en 1968, 2122 autres licences, , 410 doctorats de et 75 doctorats d'État ès lettres.