vignette|upright=1.75|Part de la production d'électricité en Allemagne - part en pourcentage vignette|La centrale détruite de Fukushima Daiichi. Après celle de Tchernobyl, la catastrophe de Fukushima a été l'un des déclencheurs de la seconde sortie du nucléaire en Allemagne. Le , le gouvernement fédéral obtient un « consensus nucléaire » avec les entreprises électriques sur une sortie progressive du nucléaire. En , le chancelier Gerhard Schröder signe avec les producteurs d'électricité le contrat précisant ce programme. Le parlement allemand adopte en ce premier plan de sortie progressive du nucléaire.
La loi sur les énergies renouvelables du fixe un objectif de 30 % d'énergie renouvelable en 2020 dans la production d'électricité Gesetz für den Vorrang ErneuerbarerEnergien (Erneuerbare-Energien-Gesetz -EEG), ministère fédéral de la Justice, 25 octobre 2008..
En automne 2010, le cabinet Merkel II prend la décision de maintenir les allemands pour une durée allant de huit ans pour une partie d'entre eux, jusqu'à quatorze ans pour les autres. En 2010, dans leur étude de potentiel « Énergies renouvelables 2020 - Atlas des possibilités en Allemagne », l'Agence des énergies renouvelables (AEE) et la Fédération pour les énergies renouvelables (BEE) estiment qu'il est possible d'atteindre avant 2020 une part de 28 %, tout en maintenant une utilisation raisonnable de l'espace. Il serait possible de couvrir les besoins à hauteur de 47 % pour l'électricité, 25 % pour le chauffage et 22 % pour les transports.
En survient l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon. Le , après un violent tremblement de terre et un tsunami, les systèmes de refroidissement de sept piscines de désactivation et de trois réacteurs nucléaires tombent en panne, entraînant ainsi plusieurs explosions et incendies, ainsi que la fusion du cœur des trois réacteurs et le rejet de quantités importantes de substances radioactives dans l'environnement.
Peu après l'accident, le gouvernement fédéral allemand décide d'imposer un moratoire sur le nucléaire d'une durée de trois mois et annonce son intention de revenir en partie sur l'allongement de la durée de vie des centrales, décidé six mois plus tôt, et de fermer définitivement les réacteurs les plus anciens, comme cela avait été convenu dans le consensus de l'été 2000. Enfin, au cours de l'été 2011, le Bundestag vote à nouveau la sortie du nucléaire.
Le , le cabinet Merkel II décide la fermeture de huit centrales et une sortie progressive du nucléaire jusqu'en 2022.
Le , au cours d'un vote par scrutin public, le Bundestag adopte à une large majorité () la « portant modification de la législation relative au nucléaire », qui encadre l'arrêt de l'utilisation de l'énergie nucléaire et l'accélération de la transition énergétique.
Plus concrètement, cette loi se traduit par l'expiration des autorisations de fonctionnement pour huit des allemandes, et par un arrêt échelonné dans le temps des neuf restantes 13. Gesetz zur Änderung des Atomgesetzes, Bundestag , 22 juin 2011..
Les producteurs d'énergie électrique autrichiens annoncent alors qu'ils ont prévu des capacités de production supplémentaires pour aider l'Allemagne en cas de besoin, dans l'éventualité d'une pénurie d'électricité durant l'hiver. La Russie propose également d'aider l'Allemagne à partir de 2016 en cas de pénurie, à l'aide d'électricité issue du nucléaire et transitant par la Pologne. L'Allemagne reste cependant exportatrice net d'électricité lors du pic de consommation provoqué par la vague de froid de l'hiver 2012. Elle exporte en moyenne par jour, ce qui équivaut à la production de cinq à six gros réacteurs nucléaires. L'effet stabilisateur de la production d'électricité issue des énergies renouvelables est alors publiquement reconnu par les dirigeants des réseaux de distribution.
En , plus de de premier plan dans le domaine de l'énergie signent une lettre ouverte dans laquelle ils mettent en garde les dirigeants et représentants du pays contre la possibilité d'un échec de la transition énergétique en Allemagne. Dans cette lettre, adressée à la chancelière Angela Merkel, au ministre de l'économie Philipp Rösler, à l'ex-ministre de l'environnement Norbert Röttgen ainsi qu'aux membres des commissions parlementaires aux affaires économiques et environnementales, ces chercheurs déclarent que le projet de transition « ne pourra être réalisé que dans le contexte d'une diminution durable des besoins en énergie ». Ils ajoutent que dans tous les domaines, des instruments efficaces doivent être développés afin de réduire la consommation d'énergie, les mesures prises ont jusqu'à présent été « contradictoires ». Ils demandent donc au gouvernement « de passer la vitesse supérieure et d'instaurer une politique d'économies d'énergie qui permettra d'atteindre les objectifs ambitieux qu'il s'est lui-même fixés. ».
Le thème de la transition énergétique reste un sujet de controverse auprès des acteurs économiques. La Fédération des industries allemandes (BDI) et notamment les industries à forte consommation énergétique, ainsi que les producteurs d'énergie déjà en place, sont traditionnellement sceptiques vis-à-vis de la transition énergétique. En revanche, d'autres entreprises, telles que Siemens et Munich Re, les producteurs d'énergie renouvelable et une grande partie des artisans, mettent en avant les avantages d'un passage aux énergies renouvelables.
La Fédération des fournisseurs d'eau et d'énergie allemands (BDEW), groupe de pression agissant dans le domaine de la gestion de l'énergie, considère désormais également la transition énergétique comme « irréversible ». En , Hildegard Müller, directrice principale de la fédération, déclare à l'hebdomadaire VDI Nachrichten : « Il ne s'agit plus de savoir si, mais comment effectuer la transition. » Dans le même temps, elle appelle à un meilleur encadrement par les responsables politiques de la transformation du marché de l'énergie Neues Marktdesign für Energiewende, VDI nachrichten, 27 avril 2012.. Enfin, les citoyens se positionnent en tant qu'acteurs dans le processus, détenant 50 % des capacités de production d'énergie renouvelable par le biais de coopératives..
Dans son éditorial du , le journal économique Financial Times Deutschland se positionne en faveur de la transition énergétique, tout en critiquant la façon dont celle-ci est mise en place.
Le , le thème de la transition énergétique attire l'attention du public, lorsque la chancelière Angela Merkel décide, trois jours après les élections législatives régionales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, de congédier le ministre de l'environnement Norbert Röttgen pour nommer à sa place Peter Altmaier. Le soutien au développement de l'énergie solaire entre également dans le débat public, après le refus au Bundesrat par plusieurs lands pro-CDU d'accepter une réduction des aides dans ce domaine.
Le , le président fédéral Joachim Gauck lance un avertissement en déclarant que la transition énergétique ne réussira « pas uniquement à l'aide de mesures de planification économique », ni « à travers un recours excessif aux subventions », mais plutôt grâce à « des innovations convaincantes dans un climat de concurrence loyale ». Il est donc nécessaire « de définir un cadre politique fiable » pour « éviter tout effet délétère et atteindre les objectifs souhaités ». « Une politique environnementale adaptée à l'économie de marché et favorisant la croissance » signifie pour lui « que les coûts des impacts et risques environnementaux doivent être mis sur le compte des responsables et non des contribuables, et qu'une production respectueuse de l'écologie doit être rentable pour des entreprises en compétition. »
Joachim Gauck met également en garde contre la tentation de faire peser le coût de la politique environnementale sur les générations futures, ce qui serait un comportement « clairement irresponsable ». Il rappelle également que sur Terre, chaque vie ne peut « se développer qu'en harmonie avec la nature » et c'est pourquoi, à long terme, « ne se justifie économiquement que ce qui est raisonnable écologiquement Rede Joachim Gaucks zur Eröffnung der Woche der Umwelt 2012, 6 juin 2012.. »
Une étude de France Stratégie publiée en souligne qu'aucun des objectifs de la transition énergétique allemande pour 2020, hormis celui de la part des énergies renouvelables dans la consommation électrique, ne semble en passe d'être atteint : l'Allemagne a toujours recours au charbon pour produire son électricité et reste un des pays d’Europe les plus émetteurs en par habitant. Fermer les centrales au charbon et au lignite est un objectif qui divise la population et met en jeu la sécurité de son approvisionnement. Le développement considérable des énergies renouvelables intermittentes a compromis l’équilibre du système électrique et impose la construction de milliers de kilomètres de lignes à haute tension, sur fond de forte opposition locale ; une éventuelle électrification du transport plongerait encore davantage dans la crise le secteur automobile. On peut donc s’attendre à une réduction des ambitions de la politique énergétique allemande après les élections fédérales de .
Le programme de transition énergétique accélérée de l'Union européenne Fit for 55 risque d'accroître la dépendance aux importations : le scénario de l'association « Agora Energiewende » sur la stratégie allemande de neutralité carbone en 2050 prévoit que, dans la phase intermédiaire de la transition, la production d'électricité à partir de gaz naturel augmentera de 70 % (de en 2018 à en 2030), puis en 2050 une demande annuelle d'hydrogène et autres carburants synthétiques de , dont (80,5 %) devront être importés.
Dans les transports Pour réaliser la révolution énergétique dans les transports, il est jugé nécessaire de renoncer à la combustion de carburants à base de pétrole, et d'utiliser des technologies de propulsion et des carburants plus respectueux du climat. L'électricité produite à partir d'énergies renouvelables ou de carburants électroniques produits à partir d'électricité verte ou de biocarburants peut être utilisée en remplacement de l'essence et du diesel.
Étant donné que le rendement global des e-carburants est très inférieur à celui de l'électrification directe des voitures, le recommande que l'utilisation de carburants synthétiques à base d'électricité soit limitée principalement au transport aérien et maritime, afin de ne pas trop augmenter la consommation électrique. Les véhicules à pile à combustible alimentés à l'hydrogène, par exemple, consomment deux fois plus d'énergie par kilomètre que les véhicules électriques à batterie, et les véhicules à moteur à combustion qui ont recours aux e-carburants ont besoin de quatre à six fois plus d'énergie pour fonctionner.. Les e-véhicules à batterie présentent donc un bien meilleur rendement énergétique que les véhicules alimentés par des e-carburants.. En général, les voitures électriques consomment environ 12 à 15 kWh d'énergie électrique par 100 km, alors que les voitures thermiques consomment environ cinq litres aux , valant environ Günther Brauner, Energiesysteme: regenerativ und dezentral. Strategien für die Energiewende, Wiesbaden, 2016, p. 119.. Dans le même temps, les besoins énergétiques pour la production, le transport et la distribution de carburants tels que l'essence ou le diesel n'ont plus lieu d'être ; en Allemagne, cela représente environ par litre de diesel.