La cristallerie Baccarat est une entreprise verrière et manufacture de cristal de renommée mondiale, située dans la commune de Baccarat, à la limite orientale du département de Meurthe-et-Moselle, en Lorraine. Elle possède, à proximité de ses ateliers, un musée et un café très fréquenté en saison estivale.

Préambule : histoire du site de 1764 à 1814 Après la fermeture des salines de Rozières en 1760Pour de sel à partir des eaux salées de Rosières, il fallait environ 5 stères de bois flottés de la vallée de la Haute Meurthe pour chauffer les poêles à tôles métalliques., due à la baisse de salinité des eaux, une grande quantité de bois jusqu'alors apporté par flottage à Baccarat devenait disponible. Un des principaux propriétaires de la forêt vosgienne d'où venait ce bois flotté, à savoir monseigneur de Montmorency-Laval, évêque de Metz, désirait leur trouver un autre usage et cherchait à faire créer à Baccarat une bouche à feux lucrative. Cela aurait pu être une forge s'il y avait eu du minerai de fer accessible sur place, ou une faïencerie, mais on lui préféra néanmoins une verrerie. La justification donnée à la création de cette entreprise dans une requête faite au roi en 1764 par le propriétaire du site, monseigneur de Montmorency-Laval est .

En 1764, le roi Louis XV donna la permission de fonder une verrerie de verre plat et de verre d'art : les Verreries de Sainte-Anne étaient nées dans la ville de Baccarat, dans la Lorraine à l'évêque de Metz Louis-Joseph de Montmorency-Laval (1761-1802) qui créa cette manufacture avec un maître verrier de Saint-Louis. La production devait consister en la fabrication de carreaux à vitre, mais aussi de miroirs (argenté au mercure) et de services de verres.

En 1773, l'évêque vend sa manufacture au marchand verrier Antoine Renault, qui la garda jusqu'à sa ruine pendant la Révolution. L'enceinte de la verrerie Sainte-Anne est à proximité de la modeste bourgade de BaccaratLa vaste enceinte de la grande verrerie tend à se confondre avec presque toute la petite ville de Baccarat.. Les quatre fours en pleine activité consomment de bois. Il fabrique de la gobeleterie et du verre à vitre, ainsi que du verre de table de Bohême. La manufacture n'a ni le niveau artistique ni la technique de fabrication de cristal au plomb maîtrisée à Saint-Louis-lès-Bitche.

En 1785, en prenant en compte les volumes de boisTerrible constat que la dévastation des forêts vosgiennes d'amont, placées sous une administration d'Ancien Régime vénale, corrompue autant pas son incapacité technique que par les passe-droits accordés aux puissants marchands. En période de fonte des neiges ou de pluie intense, les sols caillouteux des hauteurs, sans arbres protecteurs et fragilisés par les assèchements estivaux, glissent vers les champs et couvrent les prairies aménagées avec patience par les paysans montagnards, ainsi appauvris et impuissants. La première cause principale provient des gigantesques coupes à ras des majestueuses forêts de résineux opérées par l'administration à la mode française dans les années 1750. De plus, trente ans plus tard, alors que les forêts résineuses ont quasiment disparu, les diverses repousses et les taillis de chênes ou de feuillus rabougris, voire les landes résiduelles, sont soumis par parcelles entières, pour maintenir les revenus, à de semblables exploitations abusives pour les besoins des bouches à feux et des verreries., les verreries Sainte-Anne représentent la troisième plus grande verrerie d'Europe, dépassée par la cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche et la verrerie de Saint-Quirin.

Après la Révolution française, l'entreprise connaît des aléas économiques. Dès le Consulat, les propriétaires se succèdent, et l'entreprise périclite jusqu'à sa faillite en 1806, date à laquelle elle fut vendue aux enchères à un négociant de Verdun. Les activités de la verrerie Sainte-Anne continuèrent ensuite avec difficulté jusqu'en 1813. Les deux derniers fours ne fonctionnent plus à cette date.

La grande cristallerie En 1816, l'établissement en friche est racheté par le financier et industriel Aimé-Gabriel d'Artigues (1773-1848), déjà propriétaire de la Cristallerie de Vonêche dans les Pays-Bas du Sud, ce qui lui permet d'être autorisé à garder une clientèle française sans avoir à payer de taxes d'importation, exigible par la nouvelle barrière douanière. Vonêche, en aval de Givet, venait en effet de quitter le royaume de France pour le Royaume des Pays-Bas réunis. En échange de son investissement et installation en France, Gabriel d'Artigues obtient du roi de France le droit d'importer en France de à tailler et ciseler du au , mais il doit en contrepartie en deux ans pour (re)lancer sur un lieu en France la production d'au moins de cristaux de verre par an. L'ancienne Verrerie Saint-Anne devient ainsi une cristallerie sous le nom de « Établissements de Vonêche à Baccarat ». C'est le début de la prestigieuse ascension de la Compagnie des verreries et cristalleries de Baccarat.

Le premier four à cristal de Baccarat, conformément à l'engagement de l'industriel auprès des autorités, est activé le . Le second opère le , le troisième le , le quatrième en 1819. L'usine, modernisée avec une fabrique de minium, compte jusqu'à employées sur le site.

Dès le début, la qualité éclatante des cristaux est là. Mais l'installation sous contrainte étatique dans la première époque économique difficile de la Restauration est difficile et a vite représenté un coût faramineux : les comptes de l'usine de Vonêche connaissent un passage dans le rouge, l'investisseur, accablé d'endettement après 1820, est tout autant épuisé et malade. L'entreprise a trop vite embauché sous la contrainte des autorités et peine à rentabiliser sa production. Elle se trouve en difficulté financière.

1822-1870 : le temps des Godard père et fils, des Toussaint et des Michaut vignette|Lustre monumental, Escalier du calife, Palais de Dolmabahçe, Istanbul, vers 1870.

Bien que l'intitulé de la raison sociale de l'usine soit encore « Verrerie », elle est en fait déjà spécialisée dans le cristal. La technique n'est pas celle du Cristal de Bohême, très connue en Europe pour venir de la Bohême. C'est plutôt une singulière redécouverte de la technique anglaise, opérée de façon originale à la verrerie de Saint-Louis-lès-Bitche entre 1779 et 1781.

Pour perpétuer le démarrage autant satisfaisant par la qualité des produits que calamiteux par l'état des finances, Gabriel d'Artigues est forcé de livrer l'entreprise à trois associés plus fortunés : Pierre-Antoine Godard-Desmarest, ancien directeur des subsistances militaires sous l'Empire, François-Marie- Augustin Lescuyer-Vespin, propriétaire à Charleville, et Nicolas-Rémy Lolot, négociant à Charleville. Le rachat complet des parts s'effectue pour la somme de . Il est versé par les trois associés en 1822 et 1823. Le Parisien fortuné, Pierre-Antoine Godard-Desmarest achète aussi avant 1823 dans la Thiérache du nord de la France la verrerie de Trélon, petite usine proche de vastes forêts très productives en bois, et qui produisait jusqu'alors du verre à vitreMarc Nikitin, La naissance de la comptabilité industrielle en France, thèse soutenue à l'université Paris-Dauphine, , section 4, (et en particulier l'article 2 intitulé « Le journal de l'usine de Trélon »), 1992, 541 pages, . (dans l'ombre de la première, elle produira du cristal de 1826 à 1874 pour le compte de Baccarat).

En 1824, la cristallerie obtient le statut légal de Société anonyme.

Godard-Desmarest père confie la direction de la société à un jeune ingénieur polytechnicien, Jean-Baptiste ToussaintJean-Baptiste Toussaint, né à Mézières le est le fils du directeur des messageries du département des Ardennes. Ingénieur polytechnicien, il est présent, embauché bien avant 1822 par le patron Aimé-Gabriel d'Artigues, sur le site de la cristallerie de Baccarat. Il en sera directeur technique, puis, après en être devenu actionnaire, fondateur des œuvres sociales. Son gendre Michaut, puis son petit-fils et arrière-petit-fils Michaut seront les hommes de l'art emblématique de la cristallerie.. De cette décision date la naissance de deux dynasties familiales, l'une (Godard-Desmaret-Chambrun) possédant le capital de la société, et l'autre (Toussaint-Michaut) dirigeant l'entreprise de 1822 à 1936.

La dynastie Michaut fut ainsi la suivante, ses membres directs ou apparentés cumulant les fonctions d'administrateur et de directeur ("administrateur délégué"), en application de la loi du 24 juillet 1867 :

-Adrien Michaut, avocat, négocia en 1821 l’achat de la cristallerie de Vonêche-Baccarat ;

-JB Toussaint, X 1815, chimiste en 1817, directeur de 1822 à 1840, membre du conseil d’administration (XAlumni) ;

-Paul Michaut, Ecole centrale, chimiste aux Cristalleries en 1852, sous-directeur en 1863, administrateur-directeur de 1868 à 1883, chevalier de la Légion d'honneur, député, conseiller général de Meurthe-et-Moselle, maire de Baccarat ;

-Adrien Michaut, X Mines 1874, ingénieur aux Cristalleries en 1877, administrateur de 1883 à 1923, « directeur général retraité », administrateur délégué le , président du conseil d’administration de 1933 à 1936,conseiller général et vice-président du conseil général de Meurthe-et-Moselle, maire de Baccarat, officier de la Légion d'honneur ;

-Henri Michaut, X Ponts et Chaussées 1875, administrateur des Cristalleries (membre du conseil d’administration) entre 1904 et 1933, sénateur, conseiller général, adjoint au maire de Nancy, officier de la Légion d'honneur ;

-Pierre Michaut, X 1908, ingénieur aux Cristalleries en 1911, administrateur adjoint en 1921, administrateur délégué de 1924 à 1929, remplacé le par Adrien Michaut,chevalier de la Légion d'honneur ;

-Jean de Poncins, ingénieur aux « Cristalleries Usine de Redon » le , administrateur le , administrateur délégué le , directeur général de 1936 à 1962, chevalier de la Légion d'honneur ;

-Jacques Parisot, professeur de médecine, président du conseil d’administration le , Grand'croix de la Légion d'honneur.

La Société au personnel franco-belge cultive l'excellence et poursuit sa croissance. Elle obtient sa première médaille d'or à l'Exposition nationale des produits de l'industrie française à Paris en 1823 ; elle emploie alors . Elle récidive en 1827, en 1834 et en 1839. En 1841, le nombre d'emplois verriers s'élève à 900. Il y en aura en 1869.

Baccarat reçoit sa première commande royale en 1823 du roi Louis XVIII. C'est le début d'une longue série de commandes pour les familles royales et chefs d'États de toute la planète. La manufacture bénéficie d'une outrageuse période d'embellie économique, liée à une forte croissance internationale du marché du luxe. Par ailleurs, le choix stratégique du lieu, opéré par A.G. d'Artigues, s'avère idéal : en effet, sur le piémont vosgien, d'Épinal à Blamont, en passant par Rambervillers, Lunéville et Moyen, une multitude de faïenceries, bien actives, rachète les moindres déchets de verre-cristal pour fabriquer leurs couvertes de faïences.

En 1841, l'arrivée d'un ingénieur de trente ans, François-Eugène de Fontenay, déjà expert de la manufacture de Plaine-de-Walsch, dont l'exploitation s'était étendue au Vallérysthal, colorise les productions verrières. Ce chercheur avait mené les études sur les verres de couleur. Promu sous-directeur, il met au point les premiers presse-papiers multicolores en verre à 33 % en plombNé le à Autun et mort dans sa ville natale le , ce simple retraité de l'année terrible 1870/1871 compte parmi les personnalités exceptionnelles de l'entreprise, en dehors des dirigeants, les patrons Godard ou les directeurs-verriers hommes de l'art Toussaint et Michaut (Paul et ses descendants)..