Geist est un nom allemand ayant une certaine importance dans la philosophie allemande. Geist peut se traduire vulgairement en trois sens : fantôme (tel que dans l'entité surnaturelle), esprit (tel que dans le Saint-Esprit), et esprit ou intellect.
Geist est également un concept central dans la Phénoménologie de l’Esprit (Phänomenologie des Geistes) du philosophe Hegel, parue en 1807. Des mots composés notables, étant tous associés à la vision de Hegel de l'histoire universelle de la fin du , comprennent Weltgeist ("Esprit du monde"), Volksgeist ("esprit national") et Zeitgeist ("esprit du temps").
Étymologie et traduction L'allemand Geist (genre masculin : der Geist) reprend le vieux haut allemand geist, attesté comme étant la traduction du Latin spiritus. Il s'agit du mot apparenté anglais ghost, d'une langue germanique occidentale gaistaz. Il dérive d'une racine indo-européenne g̑heis- "être troublé, effrayé" suggérant qu'à l'origine, le mot allemand fait référence aux apparitions effrayantes de fantômes et peut également avoir porté la connotation de "trouble ravi, tollé" liée au culte du Mercure germanique. Tel que la traduction du latin biblique spiritus (en grec : πνεῦμα) "esprit, souffle", le terme germanique acquiert une signification chrétienne d'un ancien temps, notamment en référence au Saint-Esprit (en ancien anglais : sē hālga gāst, en vieux haut allemand : ther heilago geist, en allemand moderne : der Heilige Geist). Poltergeist (Geist bruyant/perturbateur) est un terme commun interchangeable.
Le nom allemand tout comme l'anglais spirit pourrait faire référence aux apparitions fantomatiques des morts, au concept religieux, tel que dans le Saint-Esprit, ainsi qu'à l' "esprit du vin", c'est-à-dire l'éthanol. Néanmoins, son sens spécial d' "esprit, intellect" n'est jamais partagé par l'anglais ghost est acquis uniquement au , sous l'influence du français esprit. En ce sens, il devient extrêmement productif dans la langue allemande du en général, ainsi que dans la philosophie allemande du . Geist pourrait désormais faire référence à la qualité du génie intellectuel, à la présence d'esprit, l'innovation, l'érudition, etc. C'est également à cette époque que la distinction adjectivale de geistlich "spirituel, se rapportant à la religion" contre geistig "intellectuel, se rapportant à l'esprit" commence à se faire. La référence aux apparitions ou aux fantômes est réalisée par l'adjectif geisterhaft ("fantomatique", "spectral").
De nombreux mots composés se forment du au , certains d'entre eux empruntent des traductions d'expressions françaises, tel que Geistesgegenwart = présence d'esprit, Geistesabwesenheit = absence d’esprit, geisteskrank ("malade mental"), geistreich ("spirituel, intellectuellement brillant"), geistlos ("stupide", "inintelligent"), etc. C'est à partir de ces développements que certains mots composés allemands contenant -geist ont été empruntés à l'anglais, tel que Zeitgeist.
Il existe un deuxième mot pour fantôme en allemand : das Gespenst (genre neutre). Der Geist est employé légèrement plus souvent afin de faire référence à un fantôme (dans le sens d'une créature blanche volante) plutôt que das Gespenst. Les adjectifs correspondants sont gespenstisch ("spectral") et gespensterhaft ("fantomatique"). Un Gespenst est décrit en allemand comme étant un spukender Totengeist, un "fantôme effrayant des morts". Les adjectifs geistig et geistlich, d'un autre côté, ne peuvent pas être employés dans le but de décrire quelque chose d'effrayant, puisque geistig signifie "mental", et que geistlich signifie soit "spirituel" soit fait référence aux employés de l'église. Geisterhaft signifierait aussi, comme gespensterhaft, "fantomatique".
Hégélianisme Geist est un concept central dans la philosophie de Hegel. Selon la plupart des interprétations, le Weltgeist ("Esprit du monde") n'est pas un objet réel, ni une chose transcendante, divine, . Le Weltgeist se réalise dans l'histoire par la médiation de nombreux Volksgeist ("esprits nationaux"), par les grands hommes de l'histoire, tel que Napoléon, qui constituent l"universel concret".
Ceci mena certains à affirmer que Hegel préfère la théorie du grand homme, bien que sa philosophie de l'histoire, en particulier concernant le rôle de l' "État universel" (Universalstaat), signifie un "ordre" ou une "loi" universel plutôt qu'un "État", ainsi qu'une "Fin de l'Histoire" bien plus complexe.
Pour Hegel, le grand héros est involontairement utilisé par le Geist ou un esprit absolu, par une "ruse de la raison" comme il le dit, et n'est plus utile à l'histoire une fois que sa mission historique est accomplie. Il est ainsi assujetti au principe téléologique de l'histoire, un principe permettant à Hegel de relire la philosophie de l'histoire comme aboutissant à sa philosophie de l'histoire.
Weltgeist Weltgeist ("Esprit du monde") date d'avant le , au début (), dans le sens d'une "laïcité, impiété, irréligiosité" (spiritus mundi), au , est également personnalisé dans le sens d'un "homme du monde", un "individu terre à terre, laïc". Dès le également, Weltgeist acquiert un sens spirituel ou philosophique d' "esprit du monde", ou d' "âme du monde", (anima mundi, spiritus universi) dans le sens d'un Panenthéisme, une essence spirituelle imprégnant toute la nature, ou le principe actif animant l'univers, y compris le sens physique, tel que l'attraction entre l'aimant et le fer ou entre la Lune et la marée.
Cette idée de Weltgeist dans le sens d'anima mundi devient vraiment influente dans la philosophie allemande du . Dans les contextes philosophiques, der Geist lui-même pourrait faire référence à ce concept, tel que dans Versuch vom Wesen des Geistes de Christian Thomasius, paru en 1709.
La croyance en un Weltgeist en tant que principe animateur immanent de l'univers devient dominante dans la pensée allemande en raison de l'influence de Goethe, à la fin du .
Déjà dans la langue poétique de Johann Ulrich von König, le Weltgeist apparaît comme le principe actif, masculin, l'opposé du principe féminin de Nature. Dans le sens de Goethe, Weltgeist s'apparente à un synonyme de Dieu et peut être attribué au pouvoir et à la volonté. Johann Gottfried von Herder, qui avait tendance à préférer la forme Weltengeist (pour ainsi dire "esprit des mondes"), développe cela jusqu'au point de composer des prières à cet esprit du monde :
vignette|"Hegel et Napoléon à Iena" (illustration du Harper's Magazine, 1895) Le terme a notamment été adopté par Hegel ainsi que ses disciples au début du . Au cours du , le terme comme employé par Hegel dans La Phénoménologie de l'Esprit en 1807 devient très courante, moins dans le sens d'un principe animé de la nature ou de l'univers mais en tant que force invisible avançant l'histoire du monde :
La description de Hegel de Napoléon comme "l'âme du monde à cheval" (die Weltseele zu Pferde) devient proverbiale. La phrase est une paraphrase raccourcie des propos d'Hegel dans une lettre écrite le , la veille de la bataille d'Iéna, à son ami Friedrich Immanuel Niethammer :
La lettre n'est pas publiée à l'époque de Hegel, mais l'expression est attribuée à Hegel de façon anecdotique, paru en version imprimée à partir de 1859. Elle est employée sans attribution par Meyer Kayserling dans Sephardim, et n'est apparemment pas reconnu comme une référence à Hegel par le critique dans Göttingische gelehrte Anzeigen, qui le mentionne d'un air désapprobateur, comme l'une des "mauvaises blagues" (schlechte Witze) de Kayserling. La phrase devient largement associé à Hegel à la fin du . Weltgeist se distingue de Weltseele ("âme du monde").
Volksgeist Volksgeist ou Nationalgeist fait référence à un esprit d'un peuple individuel (Volk), son "esprit national" ou "personnage national". Le terme Nationalgeist est employé dans les années 1760 par Justus Möser et par Johann Gottfried von Herder. Le terme Nation à cette époque est employé dans le sens de natio "nation, groupe ethnique, race", majoritairement remplacé par le terme Volk après 1800. Au début du , le terme est employé par Friedrich Carl von Savigny dans le but d'exprimer le sens "populaire" de la justice. Savigny fait explicitement référence au concept d'un esprit des nations employé par Voltaire. Ainsi que de l'esprit général invoqué par Montesquieu.
Hegel emploie le terme dans Leçons sur la philosophie de l'histoire. Au milieu du , se basant sur l'emploi hégelien du terme, Wilhelm Wundt, Moritz Lazarus et Heymann Steinthal établissent le champ de la Völkerpsychologie ("psychologie des nations").
En Allemagne, le concept de Volksgeist se développe et change son sens au fil des ères et des champs. Les exemples les plus importants sont : dans le domaine littéraire, Schlegel et les frères Grimm, dans l'histoire des cultures, Herder, dans l'histoire de l'État ou l'histoire politique, Hegel, dans le domaine juridique, Savigny, et dans le domaine de la psychologie, Wundt. Cela signifie que le concept est ambigu. En outre, il ne se limite pas au romantisme, comme on le sait communément.
Le concept était également influente dans l'anthropologie culturelle américaine. Selon l'historien d'anthropologie George W. Stocking Jr., « On peut faire remonter l’idée ultérieure, américaine, de la « culture » en anthropologie depuis les Volkergedanken d’Adolf Bastian et les Volksgeister des psychologues populaires jusqu’au Nationalcharakter de Wilhelm von Humboldt — et, derrière cela, malgré un résidu paradoxal et lourd d’ambiguïtés conceptuelles et idéologiques, à l’idéal herderien du Volksgeist. »
Zeitgeist
Le mot composé ("esprit du temps") de façon similaire à Weltgeist décrit un agent invisible ou une force dominant les caractéristiques d'une époque donnée dans l'histoire du monde. Le terme est désormais majoritairement associé à Hegel, contrastant avec l'emploi de Hegel du Volksgeist ("esprit national") et du Weltgeist ("esprit du monde"), or, son invention et sa popularité précède Hegel, et est surtout dû à Herder et Goethe.
Dans La Phénoménologie de l'Esprit, Hegel utilise à la fois Weltgeist et Volksgeist mais préfère la phrase Geist der Zeiten ("L'esprit du temps") au mot composé Zeitgeist.
Hegel croit que la culture et l'art reflètent son époque. Par conséquent, il affirme qu'il serait impossible de produire de l'art classique dans le monde moderne, comme la modernité est essentiellement une "culture libre et éthique".
Le terme est également utilisé plus largement dans le sens d'une mode ou d'une tendance intellectuelle. Par exemple, en 1859, la proposition de Darwin que l'évolution se produit par sélection naturelle est citée comme un cas du zeitgeist de l'époque, une idée "selon laquelle le temps était arrivé", voyant que son contemporain, Alfred Russel Wallace, exposait les grandes lignes de modèles similaires à la même période. De la même manière, les modes intellectuelles tel que l'émergence de l'empirisme logique dans les années 1920, menant à un intérêt sur le comportementalisme et le débat inné et acquis au cours des décennies suivantes, pendant les années 1950 et 1960, nous pouvons affirmer que le passage du comportementalisme au postmodernisme et la théorie critique est une expression du "zeitgeist" intellectuel ou académique. Zeitgeist dans une utilisation plus récente a été employé par Forsyth en 2009 en référence à sa "théorie du leadership" et dans d'autres publications décrivant des modèles de commerce ou d'industrie. Le journaliste canadien Malcolm Gladwell affirme dans son ouvrage Outliers que les entrepreneurs ayant réussi dans les premières étapes d'une industrie naissante partagent souvent des caractéristiques similaires.
Le terme tel qu'utilisé de manière contemporaine peut, de manière plus pragmatique, faire référence à une mode qui prescrit ce qui est acceptable ou de bon goût, par exemple, dans le champ de l'architecture.
Articles connexes
Max Stirner - philosophe allemand Hantologie
Références