Christophe-Michel Ruffelet, né le à Saint-Brieuc et mort le dans la même ville, est un chanoine et historien breton.

Membre de la bourgeoisie de Saint-Brieuc, issu de deux familles qui occupent des fonctions municipales et cléricales de premier plan, il fait carrière en tant que chanoine, d'abord dans la collégiale Saint-Guillaume de Saint-Brieuc pendant plus de vingt ans, avant d'intégrer le chapitre de la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc en 1789. Quand les chapitres sont supprimés en 1790, il perd sa prébende, comme tous les autres chanoines. Prêtre réfractaire parce qu'il refuse la constitution civile du clergé, il est emprisonné et libéré en 1795. Il redevient chanoine de Saint-Brieuc après le concordat de 1801.

Le chanoine Ruffelet publie plusieurs ouvrages historiques, dont le principal est les Annales briochines, où il raconte l'histoire du diocèse de Saint-Brieuc, dont la fondation, selon lui, remonte à Brieuc. La composition du livre est un compromis entre la volonté de simplicité manifestée par l'utilisation de la forme des annales et l'utilisation de méthodes critiques proches de l'érudition mauriste. Il cherche à promouvoir l'identité de ce diocèse et le particularisme breton en général, qu'il conjugue avec une fidélité affirmée à la monarchie et à la papauté, en un emboîtement de fidélités. Comme les autres historiens de son époque, il traite principalement de sujets politiques et religieux. Historien reconnu, en relation avec d'autres historiens bretons, il est un des acteurs de la vie culturelle de Saint-Brieuc.

Il réunit une bibliothèque considérable, plus de , pour beaucoup publiés récemment et traitant de matières diverses, ce qui manifeste des curiosités multiples l'insérant dans la modernité. Il la réserve de son vivant à son usage personnel, mais la lègue à sa mort à son diocèse.

Biographie

Famille vignette|droite|Extrait de l'acte de baptême de Michel Christophe Ruffelet. Bien qu'appelé le plus souvent Christophe-Michel, c'est sous les prénoms de Michel Christophe qu'il est baptisé le à Saint-Brieuc.. Membre d'une fratrie de treize enfants, il est le fils d'Alain-François Ruffelet (1690-1734), trésorier de la fabrique (1721-1723) maire de Saint-Brieuc (1727-1729) et d'Hélène Lymon de Belleissue (1690-1755), mariés en 1716.

Les deux familles Ruffelet et Lymon de Belleissue appartiennent à la bonne bourgeoisie de Saint-Brieuc, installée dans le quartier le plus riche de la ville, le quartier Saint-Guillaume. Les Ruffelet ont exercé différentes fonctions : députés de la ville de Saint-Brieuc aux États de Bretagne, procureurs syndics des bourgeois de la ville et avocats au Parlement de Bretagne. L'un d'eux, Salomon Ruffelet, sénéchal des régaires, a même été anobli en par en récompense de sa fidélité pendant la Ligue. La branche des Ruffelet à laquelle appartient Christophe-Michel acquiert des positions sociales enviables avec la génération qui le précède, celle de son père Alain-François et du frère de celui-ci, Gilles, dont les fils seront capitaine de cavalerie et chevalier de Saint Louis pour l'un, avocat au Parlement de Bretagne et subdélégué de l'intendant pour l'autre. La mère de Christophe-Michel, Hélène, est la sœur de François-Michel Lymon de Belleissue, maire de Saint-Brieuc, procureur du roi à l'Amirauté, avocat puis substitut du procureur au Parlement de Bretagne, et de Pierre-Michel Lymon de Belleissue, également avocat au Parlement de Bretagne.

Prêtre et chanoine vignette|Plan de Saint-Brieuc du au milieu du .|alt=Plan de ville en couleurs Roturier, Christophe-Michel Ruffelet fait partie d'une minorité parmi les chanoines de Saint-Brieuc majoritairement nobles. Cependant, il est issu de familles de notables locaux qui appartiennent à la bourgeoisie de fonction et cumulent les offices dans l'administration et les bénéfices ecclésiastiques. Son arrière-grand-oncle, Pierre Lymon de la Vieuxville, est chanoine de la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc à la fin du . Le grand-père de Christophe-Michel, Pierre Lymon de Belle-Issue, est lieutenant des régaires. Du côté Ruffelet, le grand-oncle de Christophe-Michel, Jean François Ruffelet, est chanoine de la collégiale Saint-Guillaume au début du tandis que son oncle, Gilles Ruffelet, est au même moment receveur du chapitre cathédral.

Après des études de théologie au collège de Saint-Brieuc, Christophe-Michel Ruffelet est tonsuré et reçoit les ordres mineurs le , avant d'être ordonné prêtre le à Saint-Brieuc. Il ne devient chanoine qu'en 1771, à , bien plus tard que beaucoup d'autres chanoines. Sa carrière ecclésiastique entre ordination et canonicat est mal connue. Jouissant d'une rente viagère, il semble qu'il n'ait occupé aucune fonction et qu'il se soit uniquement consacré à l'érudition, puisque c'est pendant cette période qu'il rédige beaucoup de ses écrits.

vignette|gauche|Cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc.|alt=Photo d'une grande église en pierre brun foncé et aux toits d'ardoise.

Ruffelet est ensuite, de 1771 à 1789, chanoine de la collégiale Saint-Guillaume de Saint-Brieuc, où il est titulaire de la chapellenie de la Villegaudu. La collégiale Saint-Guillaume a été érigée au à partir de l'église Notre-Dame-de-la-Porte. Les bâtiments qu'il fréquente, datant du , seront détruits en 1795. Le revenu apporté par une prébende de Saint-Guillaume est alors relativement modeste, , moins que certaines cures du diocèse et la moitié du revenu touché par les chanoines de la collégiale Notre-Dame de Nantes, par exemple. En 1775, la rumeur affirme qu'un chanoine de la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc, Jean-Joseph du Fau, va laisser sa place. Christophe-Michel Ruffelet cultive alors ses relations avec lui tandis que son cousin Pierre Ruffelet, gendarme de la garde du roi, fait des démarches auprès du duc de Chartres, de l'abbé Allaire, ancien précepteur du duc de Chartres, et de Charles de Rohan-Soubise, capitaine-lieutenant des gendarmes de la Garde du roi. Mais du Fau décide de rester.

Christophe-Michel Ruffelet devient chanoine de la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc en 1789, tardivement puisqu'il a . À ce moment, une prébende à la cathédrale rapporte , soit plus du double qu'à la collégiale Saint-Guillaume, et apparaît vraisemblablement plus prestigieuse. La cathédrale abrite aussi plus de chanoines intellectuels que la collégiale, où les érudits qui ont un profil semblable à celui de Ruffelet ne s'attardent pas. Malgré le temps consacré à ses travaux érudits, il semble qu'il soit un chanoine assidu.

En 1790, la constitution civile du clergé supprime les chapitres cathédraux. À Saint-Brieuc, les chanoines célèbrent leur dernier office et tiennent leur dernière délibération, qui exprime leur opposition à cette suppression, le . Christophe-Michel Ruffelet refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé. Emprisonné comme réfractaire à Guingamp, il est libéré en et récupère sa bibliothèque. Après le concordat de 1801, le nouvel évêque de Saint-Brieuc, Jean-Baptiste Caffarelli, reforme un chapitre cathédral en . Ce nouveau chapitre, installé le , composé d'hommes plutôt âgés, est contrôlé par l'évêque. Il y appelle Christophe-Michel Ruffelet, qui redevient ainsi chanoine du chapitre de Saint-Brieuc, jusqu'à sa mort en 1806.

Annales briochines vignette|redresse|alt=page imprimée|Page de titre des Annales briochines, 1771. En 1762 et 1763, Christophe-Michel Ruffelet publie ses premiers articles d'histoire, des notices paroissiales et biographiques consacrées au diocèse de Saint-Brieuc, dans Les Étrennes briochines. En 1771, il fait paraître un livre, les Annales briochines ou abrégé chronologique de l’histoire ecclésiastique, civile et littéraire du diocèse de Saint-Brieuc, qu'il présente comme qui ne paraîtra jamais. Il souhaite en effet que voie le jour une histoire du diocèse, conçue comme une partie constitutive d'une histoire plus générale de la nation. Il participe ainsi à une dynamique générale d'élaboration d'histoires des diocèses dans nombre d'entre eux en France au ., ouvrages qu'il connaît pour certains.

Les Annales briochines sont imprimées, comme les Étrennes briochines, chez l'imprimeur-libraire Jean-Louis Mahé, le plus important de Saint-Brieuc, qui succède à la famille Doublet et sera remplacé par Louis-Jean Prud'homme.. En 1810, l'entreprise en possède encore .. C'est un petit livre broché de , à un prix accessible () qui a pour sujet l'histoire du diocèse de Saint-Brieuc, ce qui ne peut susciter l'intérêt que localement. La composition du livre est un compromis entre la vulgarisation et la rigueur de l'érudition, alliant des (une chronologie commentée) et des plus élaborés, avec en sus des et des , ou pièces justificatives commentées. L'auteur cherche à revaloriser l'image d'un diocèse mal connu, peu étendu et relativement pauvre, en racontant son passé.

Pour la période de l'Antiquité, la principale source utilisée par Michel-Christophe Ruffelet est Jules César et quelques autres auteurs qu'il cite beaucoup moins. L'Antiquité dont il traite se divise en trois périodes, avant Jules César, la conquête de la Gaule et le Bas-Empire, dont les limites chronologiques sont floues. Il sépare l'histoire profane antique de l'histoire religieuse, celle de la christianisation. Deux allusions montrent qu'il ne méconnaît pas la querelle historiographique de la première moitié du entre deux positions, l'une valorisant les Gaulois, l'autre les Francs, comme origine du peuple français, sans prendre parti.

vignette|redresse|Saint Brieuc premier évêque, note XVI des Annales briochines.

Bien qu'il ne corresponde pas à une gallo-romaine, le diocèse de Saint-Brieuc a, selon Ruffelet, . Son récit de la vie de Brieuc s'inspire directement de celui de dom Lobineau publié en 1725 et admet l'imprécision chronologique le concernant, tout en le situant à la fin du . Toutefois, Ruffelet doit faire face un problème : si Brieuc est le fondateur du diocèse, comment expliquer la lacune chronologique jusqu'au premier évêque attesté, au ? Pour lui, Brieuc était un évêque et ses successeurs inconnus aussi, ce qui permet de le conserver comme premier évêque du diocèse de Saint-Brieuc. Le chanoine combat la thèse, pourtant admise par ses prédécesseurs comme Pierre Le Baud, Bertrand d'Argentré, Augustin du Paz et Toussaint de Saint-Luc, qui fait de la famille de Penthièvre les seigneurs originels du territoire ecclésiastique, dont ils auraient fait don aux évêques. Faire de Brieuc le premier évêque permet à Ruffelet de défendre le pouvoir des évêques de Saint-Brieuc de son époque et de justifier la grande étendue géographique du régaire.

L'histoire du diocèse telle que la conçoit et la pratique Christophe-Michel Ruffelet tient du genre traditionnel du catalogue d'évêques, à ceci près qu'il mobilise les ressources de l'érudition pour établir le plus précisément possible leur succession. Il insiste sur les fondations religieuses du . Il décrit le collège de Saint-Brieuc, où il a lui-même étudié, comme et cite les talents littéraires du diocèse, sans les mentionner tous. Il met en avant les conférences ecclésiastiques organisées par l'évêque mais tait les missions menées par différents ordres religieux et évoque peu les pèlerinages et les congrégations.

vignette|gauche|alt=carte en couleurs|Les anciens diocèses de Bretagne (carte de Pitre-Chevalier, 1844).