La céramique de l'École de Nancy est un des domaines d'activité et de production des artistes et industriels d'art nancéiens au cours des années 1880-1914 dans le style Art nouveau et le contexte artistique et économique florissant du Nancy de la Belle Époque.

À l'initiative d'Émile Gallé, qui pratiquait la céramique d'art depuis plus de vingt ans, ces artistes et industriels se sont regroupés en 1901 en association sous le nom d'École de NancyLa déclaration de constitution de l'École de Nancy et le dépôt des statuts auprès de la préfecture de Meurthe-et Moselle selon la nouvelle loi de 1901 relative au contrat d'association a été faite par son président le ..

Nécessitant le concours d'artisans particulièrement expérimentés dans la technique exigeante du grand feu, et trop soumise aux aléas dans sa réalisation, la céramique est restée relativement peu développée par rapport aux arts du verre et du cristal et à l'ébénisterie, l'architecture et la décoration d'intérieur de l'École de Nancy.

Émile Gallé céramiste Bien que l'activité de céramiste d'Émile Gallé remonte à plusieurs années avant l'apparition en 1896 du terme « École de Nancy » et soit déjà terminée au moment de la création en 1901 de l'association portant le même nom, le rôle prépondérant de ce , à la fois artiste et entrepreneur, est indissociable de la céramique de cette École et de tout le mouvement Art nouveau.

En 2004, cent ans après la mort de Gallé, François Le Tacon, grand connaisseur de la vie de l'artiste et de son œuvre, pouvait écrire : , tout en ajoutant : .

Malgré cette originalité et cette inventivité, en ne pratiquant que la faïence, et même en y apportant beaucoup d'innovations techniques et artistiques, Gallé s'est coupé de la vogue croissante du grès dans l'art de la céramique, dont les frères Mougin se sont fait après lui une spécialité.

Bien avant de rassembler sous sa présidence les membres de l'Alliance provinciale des industries d'art, Émile Gallé, féru de botanique, ayant repris en 1877 l'entreprise de son père Charles Gallé rue de la Faïencerie à Nancy, crée des faïences en les décorant de fleurs et d'autres thèmes inspirés de la nature. De 1879 à 1885, la faïencerie de Raon-l'Étape dirigée par Adelphe Muller (1833-1900) est le seul lieu de production de faïence de Gallé, en collaboration avec le peintre décorateur Paul Descelles et le chef d'atelier Eugène Herpin.

Reconnu comme principal inspirateur et chef de file de la céramique à Nancy et même comme figure de proue de l'Art nouveau, son activité s'accroit et se modernise après l'ouverture en 1885 d'un nouvel atelier avenue de la Garenne à Nancy, pour lequel il recrute de nombreux ouvriers et une dizaine de peintres. Louis Hestaux, déjà responsable de l'atelier de dessin depuis 1876, Aimé Uriot et le jeune Paul Nicolas, qui y apprendra la verrerie, réalisent des décors ; Victor Prouvé, décorateur pour les Gallé dans sa jeunesse, est maintenant collaborateur à part entière et contribue à la création des œuvres comportant des figures humaines, telle que le bassin en faïence et terre cuite nationaliste avec tête de la France casquée et la légende « Qui vive ? France ».

Récompensé par une médaille d'or pour la céramique à l'Exposition universelle de 1889, mais privilégiant la verrerie d'art, plus recherchée et rentable, Gallé abandonne la faïence dans la deuxième moitié des années 1890 ; il meurt en 1904, à 58 ans, deux ans après son père, sans que ses successeurs reprennent cette activité.

Des céramiques de Gallé se trouvent dans les musées du monde entier, et une petite partie au musée de l'École de Nancy. En ne considérant que la quantité, sa production la plus importante reste celle des services de table, dont le plus beau est, de l'avis de François Le Tacon, le Service Floral dessiné par Louis Hestaux et exécuté en 1881 dans la faïencerie de Raon-l'Étape.

Amalric Walter céramiste vignette|redresse=0.5|Amalric Walter, plat en faïence, c. 1900 Venu de Sèvres, Amalric Walter est surtout connu comme maître verrier ayant introduit la pâte de verre dans l'industrie du verre à Nancy. Cependant, c'est en tant que céramiste qu'il a fait ses débuts artistiques. Après avoir été brièvement décorateur à la manufacture de porcelaine de Sèvres, il crée en 1893 un atelier de céramique, où il produit des vases et des plats en émaux polychromes à décor Art nouveau floral ou japonisant ; certains sont cosignés avec Félix Optat Milet . Il obtient un diplôme d'honneur à l'Exposition universelle 1900 et une médaille d'or à l'Exposition internationale du Travail de 1901. En 1903, aux salons de la Société nationale des beaux-arts et de la Société des artistes français, il expose toujours des céramiques, mais aussi ses premières pâtes de verre. C'est à cette occasion que les frères Auguste et Antonin Daum s'intéressent à son travail et le recrutent pour développer avec eux la pâte de verre, alors inconnue à Nancy. Les dix années suivantes seront celles de sa consécration comme créateur de pâtes de verre chez Daum. Après la guerre, il reprend dans son atelier de Nancy la céramique de ses débuts, en produisant jusqu'en 1930 des grès émaillés, toujours dans le style Art nouveau des années 1900.

Contemporaines à Sèvres de celles de Nancy, puis inspirées par l'Art nouveau de la capitale lorraine pour celles des années 1920, les céramiques du maître nancéien de la pâte de verre peuvent se rattacher au mouvement de l'École de Nancy. La production d’Almaric Walter est toujours restée artisanale, contrairement à celle de la plupart des autres artistes de l'École de Nancy ; dans ce sens, elle se rapproche de celle des frères Mougin.

Les frères Mougin C'est dans les années 1880-1890, lorsque la céramique passe d'art dit mineur au rang d'œuvre d'art à part entière, que l'argile grésante devient un matériau noble et un support artistique du plus grand intérêt. Les frères Mougin, Nancéiens établis à Paris en 1898, se spécialisent dans la technique empirique et pleine d'aléas du grès flammé, avec autant d'essais malheureux que de réussites dues à de « beaux hasards ». Ils cuisent et émaillent les grès d'art du frère aîné sculpteur et modeleur Joseph Mougin, et quelques-uns de leurs amis Victor Prouvé et Ernest Wittmann, installés aussi à Paris à cette époque. Les Mougin reviennent à Nancy en 1906 pour entamer une fructueuse collaboration avec les artistes lorrains Louis Majorelle, Ernest Bussière, et Alfred Finot, et poursuivre celle commencée avec Ernest WittmannComplimentées par Rodin, les statuettes réalistes d'humbles personnages du peuple de Wittmann sont appréciées du public, mais ne peuvent pas être dites dans l'esthétique de l'Art nouveau. et Victor Prouvé ; il faut y ajouter quelques petits objets usuels d'Henri Bergé et de Victor GuillaumeSalières, cendriers, bonbonnière, porte-couteau.. Leurs réalisations sont remarquées dans plusieurs expositions à succès et prisées par la clientèle bourgeoise de la Belle Époque. À partir de 1910, les modèles d'Art nouveau tardif des Mougin se dépouillent de tout décor, en mettant encore mieux en valeur leurs somptueux émaux de grand feu, et préfigurent leur évolution vers l'Art déco.

Les manufactures de Lunéville Saint-Clément et de Rambervillers Alors que les Mougin, mus par le désir quasi sacerdotal de Joseph de se vouer à la céramique de grand feu, ont créé leur atelier de Nancy ex nihilo et avec peu de moyens, trois manufactures proches de Nancy, à Lunéville, Saint-Clément et Rambervillers, ont en revanche une histoire et une réputation remontant au . Elles se distinguent par l'emploi d'émaux irisés et à reflets métalliques issus des recherches de Maurice de RavinelLe baron Maurice de Ravinel, homme politique et artiste, né à Nancy le et mort à Lunéville le , directeur de l'atelier d'art de la faïencerie K & G de Lunéville. à Lunéville et, à Rambervillers, de l'ingénieur Alphonse Cytère embauché en 1892 et assisté de Georges Retgen de 1893 à 1911.

Ces manufactures ont édité de nombreux artistes de l'École de Nancy, dont certaines œuvres sont visibles dans les collections du musée de l'École de Nancy.

Seuls le décorateur Auguste Majorelle, son fils Louis Majorelle et surtout Ernest Bussière sont les Lorrains ayant travaillé avec la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément de Keller et Guérin, tandis que beaucoup de faïences Art nouveau sont conçues en interne, non signées et dites parfois « dans le style de Bussière », par l'atelier de modelage et de peinture de la manufacture.

À Rambervillers, commune située à kilomètres de Nancy en direction du sud des Vosges et restée française à de l'Empire allemand, l'industrie faïencière historique a été interrompue en 1866, et, en dehors de petits artisans locaux, c'est la Société anonyme des produits céramiques (SAPCR), spécialisée dans les tuyaux en grès vernissé pour l'écoulement des eaux, qui reste la seule à utiliser l'argile très pure de la vallée de la Mortagne tirée des argilières de Saint-Gorgon et Jeanménil. Le conseil d'administration et l'ingénieur-directeur Alphonse Cytère décident en 1903 d'ouvrir l'activité à la production industrielle de grès artistiquesPour la période Art nouveau, des catalogues commerciaux seront édités de 1905 à 1907, présentant des centaines d'objets artistiques ou du quotidien, avec description détaillée, images et prix.. Ils font alors appel à plusieurs artistes réputés de l'Art nouveau en France, dont les Nancéiens Victor Prouvé, Eugène Vallin, Louis Majorelle , Léopold Wolff, Henri Bergé, Jacques GruberPour la SAPCR, Gruber a réalisé une dizaine d'œuvres de 1904 à 1906 : vases Fougères, Ombelles et Orchidées, plateau Algues et poissons, porte-parapluie Fougères, lampe Algues, pendule Églantines, encrier Clématite, frise Algues et poissons, vase de jardin, plus des cabochons, carreaux et balustre., Eugène Gatelet, Alfred Finot, Albert Horel, Jules Cayette, Auguste Vautrin, Henri Suhner (1882-1959)Henri Suhner, né à Chenevières le et mort à Nancy le , sculpteur, ferronnier et décorateur de l'École de Nancy., Robert Serrurier (1891-1956) et Pierre-Roger Claudin. Le Nancéien Claudin, l'ingénieur céramiste spinalien René Jeandelle (1883-1935) et le sculpteur modeleur alsacien Albert Schneider (1877-1954) sont particulièrement actifs à Rambervillers, sans que leurs modèles soient toujours signés dans les productions en série.

Objets L'art pour tous La démocratisation de l'art, idée chère à Émile Gallé, est partagée par le groupe L'Art dans Tout et l'ensemble des mouvements Art nouveau en Europe ; . Les marchands d'art privilégient plutôt les objets uniques ou en série très limitée, en visant la riche clientèle bourgeoise de la Belle Époque, et, selon leurs réseaux, quelques collectionneurs et conservateurs de musées ; en parlant plus spécifiquement de l'Art nouveau français, l'historienne des idées (c'est ainsi qu'elle se définit) a estimé que, plutôt que de chercher à démocratiser l'art, il tendait à l'aristocratiser. Cependant, parallèlement à cette production élitiste, l'industrie du mobilier et des arts décoratifs entendait conquérir le marché des classes moyennes, voire ouvrières. Pour cela, en Lorraine comme ailleurs, les industriels de la céramique font appel aux artistes de l'Art nouveau, et ceux de Raon-l'Étape, Lunéville et Rambervillers plus particulièrement à l'École de Nancy pour leurs productions en grandes séries.

Inventaire