L'affaire Nekfeu débute en lorsque l'ex-épouse du rappeur, Dina B., révèle par un communiqué de son avocate publié sur X (anciennement Twitter), qu'elle accuse l'artiste de « viols » et « violences répétées » pendant la durée de leur relation, soit 4 ans. Elle déclare avoir quitté le rappeur alors qu'elle était enceinte de 5 mois, pour se protéger ainsi que son enfant à naître.

Selon elle, Nekfeu — qui n'aurait pas supporté leur séparation puis la dénonciation des violences qu'il aurait commises — procéderait à un « acharnement judiciaire » crescendo pour se venger et la réduire au silence, déposant ainsi de nombreuses plaintes contre la jeune femme pour et la privant progressivement de leur fils, qui serait lui aussi victime de violences physiques infligées par son père.

Très discret depuis 2019, Nekfeu sort de sa réserve médiatique, démentant rapidement et fermement l'ensemble des accusations portées à son encontre, qui seraient contraires à ses valeurs. L'artiste se dit victime d'un complot orchestré par son ex-épouse visant à salir son image auprès du public et à s'accaparer une partie de sa fortune financière.

La grande popularité du rappeur et la gravité des accusations, qui s'inscrivent dans le cadre du mouvement #MeToo, de la dénonciation des violences intrafamiliales et leur traitement par la justice, entraînent une surmédiatisation de l'affaire et de nombreux commentaires de la part de journalistes, influenceurs, fans ou détracteurs de l'artiste et même de proches des deux ex-époux sur les réseaux sociaux. Le « contrôle coercitif », notion émergente dans le traitement judiciaire des violences conjugales en France, occupe également une place centrale dans ce dossier.

Depuis le , Nekfeu est visé par une information judiciaire pour « viol », « agressions sexuelles » et « violences habituelles sur conjoint », ouverte par le parquet de Paris. Les plaintes précédemment déposées contre lui par son ex-femme pour ces mêmes motifs avaient été classées sans suite car non « suffisamment caractérisés ». Il bénéficie de la présomption d'innocence.

Dina B. se considère comme étant une « mère désenfantée », à savoir une femme ayant perdu la garde de son enfant après avoir dénoncé les violences commises sur lui par son père. Déjà condamnée en pour « non-représentations d'enfant », elle est de nouveau jugée en , pour le même motif.

Contexte Né le à La Trinité (Alpes-Maritimes) et ayant passé la majeure partie de sa vie en région parisienne, Nekfeu, de son vrai nom Ken Samaras, est l'un des rappeurs français les plus appréciés et les plus populaires de sa génération. Reconnu pour son talent et sa polyvalence technique, ses textes et ses prises de position progressistes sont régulièrement loués par les spécialistes du genre et ses pairs. Sa discographie solo — composée de trois albums studio, Feu (2015), Cyborg (2016) et Les Étoiles vagabondes (2019) — est un succès critique et public avec plus de 2 millions d'albums vendus au total. Il est aussi membre du collectif l'Entourage et des groupes 1995 et S-Crew.

En 2016, il commence une carrière au cinéma en tant qu'acteur dans le film Tout nous sépare de Thierry Klifa, aux côtés de Catherine Deneuve, Diane Kruger et Nicolas Duvauchelle.

Fin 2017, Nekfeu rencontre Dina B., à l'initiative de cette dernière. Âgée de 25 ans, d'origine algérienne et de confession musulmane, Dina B. est une jeune aspirante réalisatrice qui porte plusieurs projets de soutien scolaire aux enfants défavorisés. Quelques mois plus tard, séduit par le « côté mystérieux » et l'humour de la jeune femme, le rappeur entame avec elle une relation amoureuse fusionnelle. Il l'épouse civilement le et leur fils naît à l'été 2021. Le couple se sépare durant la grossesse de Dina B., au premier semestre 2021. Les deux premières années de sa vie, le petit garçon vit majoritairement chez sa mère. Nekfeu bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement à partir de .

Le , date de l'officialisation du divorce, le juge aux affaires familiales décide de transférer la résidence principale de l'enfant chez Nekfeu, avec un droit de visite et d'hébergement et une garde lors de la moitié des vacances scolaires pour Dina B. Celle-ci fait appel de cette décision.

Notion d’emprise coercitive conjugale ou « contrôle coercitif »

Selon le sociologue américain Evan Stark (1942-2024), la contrainte systémique — dont Dina B. et Nekfeu s'accusent mutuellement — est une forme insidieuse de violence psychologique pouvant être exercée par un conjoint ou un ex-conjoint afin d’isoler, dominer et rendre l’autre dépendant. Dans le contexte intime, elle se manifeste sous la forme de l’exercice d’une emprise coercitive conjugale ou « contrôle coercitif », c’est-à-dire un ensemble d’actes de coercition — surveillance intrusive, restrictions, isolement dirigé, exigences arbitraires et déstabilisation cognitive — visant à instaurer une domination structurelle. Les auteurs de ces conduites sont majoritairement des hommes, selon les études empiriques.

Dans Coercive Control : How Men Entrap Women in Personal Life (« L’emprise coercitive : comment les hommes piègent les femmes dans la vie privée », 2007), Stark décrit un processus de piégeage relationnel conduisant à une mise sous emprise progressive : la victime est privée, au fil du temps, de libertés ordinaires telles que se déplacer librement, entretenir des relations sociales, choisir son apparence, exprimer ses opinions ou utiliser les réseaux sociaux. Cette violence conjugale, souvent peu visible, produit des effets psychotraumatiques cumulatifs et peut précéder des agressions physiques ou sexuelles plus graves, voire un féminicide. Elle peut également affecter le développement et le bien-être des enfants exposés, soit par l’exposition directe aux violences, soit par les effets du stress chronique induit par la domination coercitive.

Le , à l’issue de débats consacrés à l’évolution de la législation relative au harcèlement moral au sein du couple en France, le Sénat a renoncé à introduire explicitement la notion de « contrôle coercitif » dans la loi, décision regrettée par de nombreux magistrats et associations féministes. Le , dans une tribune publiée par Le Monde à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, plusieurs personnalités ont appelé à mieux reconnaître les violences psychologiques dites « invisibles », notamment l’emprise coercitive conjugale, les violences vicariantes — utilisation de l’enfant comme moyen de pression — et les violences procédurales, consistant en la multiplication d’actions judiciaires destinées à épuiser psychologiquement et financièrement l’autre partenaire.

État de santé de Dina B. Dans l’affaire médiatisée opposant Dina B. au rappeur Nekfeu, les accusations d’emprise coercitive conjugale s’inscrivent dans un contexte d’allégations contradictoires. Dina B. souffre de troubles thyroïdiens associés à l’anxiété, à une fatigue physique et mentale, à des troubles de l’humeur et à des difficultés de concentration. Selon son ancien conjoint, ces troubles altéreraient son discernement ; selon le psychiatre et les conseils de la jeune femme, les violences psychologiques, physiques et sexuelles alléguées, ainsi que la contrainte systémique, auraient aggravé son état et favorisé l’apparition d’un stress post-traumatique.

Chronologie des évènements Révélation de l'affaire Le , l'avocate Florence Fekom publie sur son compte X un communiqué dans lequel elle annonce que sa cliente, qui utilise le nom d'emprunt « Dina B. », ex-épouse du célèbre rappeur Nekfeu, porte plainte contre lui pour des faits de « viols » et « violences répétées » pendant 4 ans. Dina B., qui déclare avoir volontairement quitté le rappeur lors de son cinquième mois de grossesse pour protéger leur futur enfant, aurait choisi de partager l'affaire publiquement en réponse au traitement judiciaire différencié qu'elle subirait de la part des autorités. Selon son avocate, elle vivrait un véritable et aurait peur de représailles émanant de Nekfeu et son entourage .

Le , Nekfeu répond à ces allégations par le biais d'un communiqué publié par l'avocate pénaliste Marie-Alix Canu-Bernard sur son compte X, avant d'être relayé massivement par plusieurs proches de l'artiste, dont le beatmaker Diabi Tyler (de son vrai nom Jérémie Diabira). Le rappeur précise que le communiqué de son ex-femme, qu'il qualifie de et « diffamant », intervient alors que cette dernière a été interpellée la veille pour « disparition inquiétante » de leur fils, dont il a la garde principale. Dina B. aurait interdiction d'approcher l'école de l'enfant. Éreinté par la relation, Nekfeu prétend être à l'origine du divorce avec son ex-épouse, qui n'aurait pas accepté la séparation. Il rappelle également son engagement contre les violences sexistes et sexuelles et souhaite que la parole des victimes soit mieux prise en compte : il se défend néanmoins d'être l'auteur de ce type de violences, se retrouvant ainsi, selon lui, dans une situation causée par la mère de son fils. En outre, la propre famille de Dina B. soutiendrait le rappeur dans le conflit les opposant.

À de nombreuses reprises, l'artiste aurait été obligé de faire intervenir un ami, un huissier de justice ou des agents de police pour parvenir à récupérer son fils — après parfois plusieurs heures de dénégations — des mains de son ex-femme. Avant son procès de , Dina B. aurait déjà été condamnée à une astreinte au civil d'un montant de 28 000 euros pour ne pas avoir rendu l'enfant à son père.

Premières réactions

La révélation des accusations visant le rappeur a créé un séisme parmi la communauté de fans : pour beaucoup, par ses nombreux textes engagés et l'image qu'il véhiculait, Nekfeu représentait la figure du « mec bien » au sein du rap français. Certains préfèrent apporter leur soutien immédiat à la victime présumée tandis que d'autres défendent catégoriquement l'artiste, connu pour ses prises de position féministes : sur le plateau de Quotidien en 2017, alors qu'il faisait la promotion du film Tout nous sépare, face à sa partenaire de jeu Catherine Deneuve, il avait notamment apporté son soutien au mouvement MeToo et approuvé l'utilisation du hashtag #BalanceTonPorc par les victimes de harcèlement sexuel, arguant qu'il n'y avait pas de dans ce type d'affaires et que les « fausses accusations » étaient rares et vite balayées. La même année, il déclarait au Mouv' : .

Plusieurs observateurs appellent au respect de la présomption d'innocence du rappeur et des décisions judiciaires préalablement prononcées en sa faveur, tout en dénonçant le « tribunal populaire » sur les réseaux sociaux et la médiatisation outrancière de l'affaire.

Nekfeu peut compter sur le soutien actif de l'ensemble des membres du collectif l'Entourage, ses groupes 1995 (y compris Sneazzy, avec lequel il n'a plus de contact depuis 2021) et S-Crew, et des artistes avec lesquels il a collaboré comme S.Pri Noir, PLK et Némir. À ses appuis majoritairement masculins, s'ajoute le témoignage anonyme de l'une de ses anciennes compagnes qui affirme ne s'être jamais sentie en danger durant leur relation et être restée en bons termes avec lui.

La philosophe Benjamine Weill dénonce quant à elle la stratégie marketing fallacieuse du « mec bien », le « racisme de classe » dont bénéficierait Nekfeu et la duplicité de ce dernier au sujet des violences sexistes, sexuelles et conjugales qui étaient, selon elle, sous les yeux du public tout au long de sa carrière et dans plusieurs de ses morceaux, et qui aurait dû alerter : (Dans Ta Réssoi, feat Alpha Wann, 2011), (Risibles amours, 2015) ou bien encore (Koala mouillé, 2019).

Elle note que les médias « rap » ont tendance à favoriser la parole des rappeurs accusés de violences, au détriment de celle des victimes présumées.