Pierre Rolinet, né le à Allenjoie et mort le à Montbéliard, est un dessinateur industriel, résistant et passeur de mémoire français. Actif dans la Résistance, il est déporté au camp de concentration de Natzweiler-Struthof dans lequel il reste plusieurs mois. À la fin de sa vie, il s'investit dans la transmission de la mémoire de la déportation.

Biographie

Jeunesse Pierre Rolinet naît le à Allenjoie. Il est l'aîné d'une fratrie de trois enfants, composée de ses deux sœurs et de lui-même. Son père, qui est ouvrier agricole, et sa mère, qui travaille comme aide à la ferme, forment un couple modeste. Il est élevé dans la foi protestante, qui le suit dans son parcours. Bon élève, il obtient son certificat d'étude et entre chez Peugeot, l'employeur de référence dans la région et dont les installations sont situées à Sochaux. Il s'y forme et obtient à 15 ans un CAP d'ajusteur.

Résistance Au début de la Seconde Guerre mondiale, il habite encore dans la ferme familiale où on écoute Radio Londres. En 1940, l'usine Peugeot est transférée à Bordeaux mais il parvient à rentrer dans sa région et y retrouver son emploi. Il découvre la Résistance lors d'un camp d'été de l'Union chrétienne de jeunes gens. Pierre Rolinet refuse en octobre 1942 de partir en Allemagne pour y travailler pour l'occupant. Lorsque le Service du travail obligatoire est instauré en février 1943, il rejette à nouveau l'ordre et entre dans la clandestinité après avoir été licencié par Peugeot. Il se cache à Glay où il occupe un poste de surveillant dans un établissement scolaire protestant dirigé par un pasteur antipétainiste. Il se rapproche de Robert Salomon, lui aussi surveillant dans l'institut et actif dans la Résistance.

Pierre Rolinet prend le nom de Pierre Georges lorsqu'il intègre à l'âge de 21 ans l’Organisation civile et militaire. Ses missions consistent à récupérer les armes que l'Angleterre parachute en France et à accompagner des réfugiés pour qu'ils passent la frontière avec la Suisse. Il travaille notamment avec Madeleine Barot, alors secrétaire générale de la Cimade, avec qui il cherche un point de passage pour Jacques de Gaulle lorsque le réseau est dénoncé.

Déportation Il est arrêté le par la Gestapo pour possession d'armes et détention de faux papiers. Il est d'abord emprisonné à Montbéliard, avant d'être transféré à Besançon. Il est condamné à mort le , sans que la peine ne soit exécutée. Arrivé à la prison de Fresnes, il y est brutalisé par les gardiens. Les nazis, en recherche de main-d’œuvre et souhaitant prolonger les souffrances de leurs opposants politiques, commuent sa peine en une déportation dans le cadre de la directive « Nuit et brouillard ».

Le , Pierre Rolinet entre avec son camarade Robert Salomon dans le camp de concentration de Natzweiler-Struthof sous le matricule 11902 où il subit un traitement intenable. Le camp, alors dirigé par Josef Kramer, est d'une violence inouïe pour les opposants politiques repérables à leur triangle rouge qui sont les cibles prioritaires des kapos. Il bénéficie d'un réseau de solidarité, organisé notamment par les communistes français, qui lui permet de survivre. Sa foi prend une place importante. Souffrant de dysenterie, il perd vingt-cinq kilos en quelques semaines, le rendant cachectique.

Il est déplacé en lors de la fermeture du camp vers Dachau sous le matricule 101460, avant d'être transféré au . Il est libéré avec Robert Salomon par l'armée américaine en . Il rentre le chez ses parents à Allenjoie. Le retour à la vie normale est particulièrement difficile pour lui. Il doit partir plusieurs mois en maison de repos à Luçon. Sa pratique du vélo — il monte le ballon d'Alsace — l'aide dans sa récupération.

Passeur de mémoire Après la guerre, il s'installe à Brognard avec Jacqueline, son amie d'enfance et infirmière chez Peugeot, qu'il épouse le . Ils auront trois enfants, Jean-Daniel en 1952, Marc en 1955 et Étienne en 1957. Il réintègre son usine et progresse dans la hiérarchie de l'entreprise, devenant dessinateur industriel. Il crée au début des années 1950 le plan de sa maison qu'il bâtit lui-même. Pendant plus de vingt ans, son épouse est la seule personne avec qui il accepte de partager son expérience traumatisante.

Après une carrière entière passée chez Peugeot, Pierre Rolinet prend sa retraite en 1977. Il commence alors à témoigner de son expérience auprès des écoliers, au sein des établissements scolaires ou lors de visites au camp du Struthof. En 1978, il intervient pour la première fois, au lycée Cuvier à Montbéliard. Au début des années 1980, l'historien Jean-Pierre Marandin, qui écrira un livre sur son parcours, l'invite à témoigner devant ses élèves. Il rencontre plusieurs milliers de collégiens et de lycéens à qui il transmet son histoire. En 2015, à l'occasion de la Journée nationale du souvenir de la déportation, il participe à une commémoration au camp du Struthof en présence du président de la République François Hollande.

Il s'investit dans le mouvement associatif lié à la mémoire. Il est président de l'Amicale nationale des déportés de Natzweiler-Struthof de 2007 à 2017, avant de devenir président d'honneur de l'association. Il est en parallèle membre de la commission exécutive du Mémorial du Struthof et du conseil scientifique du Centre européen du résistant déporté. Il est par ailleurs vice-président des amis du musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon et fait partie du comité d'administration de l'UNADIF. Il est adjoint au maire de Brognard pendant trente-cinq ans.

En 2020, il participe à une série de cinq entretiens menés par la vidéaste web Aude Favre. Il y témoigne de son arrivée au camp de Natzweiler-Struthof et des mois qu'il y passe. Il s'inquiète des mouvements négationnistes auxquels il est confronté dans le travail de transmission de la mémoire qu'il mène au camp de Struthof.

Pierre Rolinet meurt le à Montbéliard à l'âge de 99 ans. Il est enterré dans le cimetière de la commune de Brognard.

Reconnaissances

Hommage Une place de Brognard est nommé Pierre Rolinet en son hommage lors d'une cérémonie le .

Décorations , depuis 2015. . . . . .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

. .

Articles connexes

Camps de concentration nazi. Devoir de mémoire. Concours national de la résistance et de la déportation.

Liens externes

. . La série d'entretiens « Parole de déporté : l'incroyable destin de Pierre Rolinet » d'Aude Favre sur Youtube . . . . .

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