vignette|Diocèses catholiques en Angleterre vers 1035. Depuis la christianisation de la Grande-Bretagne, le catholicisme romain est la seule religion autorisée dans le royaume d'Angleterre au Moyen Âge, à part une présence limitée des Juifs jusqu'en 1290. La conquête normande, en 1066, entraîne une mainmise du clergé normand et du pouvoir royal sur la vie religieuse. Le clergé et la religion catholique, à travers un réseau serré de paroisses, monastères et pèlerinages, jouent un rôle essentiel dans la vie sociale et culturelle jusqu'à la Réforme anglicane au .

L'héritage saxon

Le clergé des royaumes anglo-saxons est organisé autour des églises collégiales, gérées par une communauté de prêtres sous la tutelle laïque du seigneur (thegn), avec une ou plusieurs églises filiales qui leur font allégeance ; chaque église doit posséder un cimetière.

Au milieu du , il n'y a encore en Angleterre qu'un seul monastère bénédictin : l'abbaye de Glastonbury. Dans la seconde moitié du , Dunstan, archevêque de Canterbury, favorise un renouveau monastique, les bénédictins récupèrent tout ou partie des terres et dîmes des collégiales. Les monastères, souvent patronnés par des dirigeants locaux, peuvent être de différents types : communautés mixtes dirigées par une abbesse, communautés de moines dirigées par l'évêque, groupes de prêtres mariés avec leur famille.

Vers l'an mille, l'Angleterre compte 18 diocèses : dans la province de Canterbury : Canterbury, Rochester, Londres, Winchester, Dorchester, Ramsbury, Sherborne, Selsey, Lichfield, Hereford, Worcester, Crediton, Cornouailles, Elmham, Lindsey et Wells ; dans la province d'York : York et Durham. L'évêque peut être assisté par un archidiacre. Une fois par an, il assemble tous les prêtres du diocèse dans un synode.

Vers 1050, Édouard le Confesseur rebâtit l'abbaye de Westminster sur le modèle de l'abbaye de Jumièges et autres églises normandes pour en faire sa sépulture, de préférence au site traditionnel de Winchester ; c'est une étape importante dans le processus qui fera de Londres la capitale du royaume.

Plusieurs sièges d'évêché, mal situés dans des bourgades trop étroites, doivent être déplacés vers des villes plus importantes : celui de Crediton est transféré à Exeter dès 1050. Après la conquête normande, celui de Dorchester est déplacé à Lincoln, Sherborne à Salisbury, Selsey à Chichester, Lichfield à Chester puis à Coventry, Elmham à Thetford puis Norwich.

L'Église et la Couronne vignette|redresse=0.5|gauche|Lanfranc, archevêque de Canterbury. Dessin v. 1100. Après la mort d'Édouard, Harold, proclamé roi par la noblesse anglo-saxonne, voit son pouvoir contesté par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie : celui-ci s'assure le soutien du pape Alexandre II qui le déclare successeur légitime d'Édouard et lui envoie une bannière et une bague contenant un cheveu de l'apôtre Pierre. Après la mort d'Harold à la bataille d'Hastings, la prise de contrôle de l'Église est un facteur important de la conquête normande. Deux légats pontificaux arrivent en Angleterre et procèdent à une purge sévère du clergé : tous les évêques sauf deux sont radiés sous les motifs d'incompétence, vice sexuel ou pour avoir été nommés par un antipape. L'Italien Lanfranc, abbé de Saint-Étienne de Caen, est nommé archevêque de Canterbury, et le Normand Thomas de Bayeux, archevêque d'York.

Les abbayes de Normandie et d'Anjou, qui avaient largement contribué à financer l'expédition de Guillaume, sont récompensées par de riches domaines en Angleterre. De grandes étendues de terres anglaises sont attribuées à des monastères normands qui y établissent des prieurés et églises-filles. Certains des ecclésiastiques normands ou français nommés en Angleterre introduisent les pratiques normandes tandis que d'autres restent plus proches du système anglo-saxon.

vignette|gauche|redresse|Thomas Beckett tué dans la cathédrale de Canterbury. Psautier, v. 1220.

Guillaume établit une séparation entre la justice laïque des aldermen et la justice ecclésiastique, interdisant aux évêques et archidiacres de siéger dans les procès civils. Il affirme vite son autonomie vis-à-vis du pape en refusant de prêter hommage à Grégoire VII et se vante de tenir toutes les crosses épiscopales du royaume dans sa main. Selon le chroniqueur Eadmer, . Sous ses successeurs, des conflits opposent Guillaume II le Roux et Henri à l'archevêque Anselme de Cantorbéry, Étienne à Thibaut du Bec. Henri II promulgue les constitutions de Clarendon qui limitent l'immunité du clergé, les pouvoirs de la justice ecclésiastique et le pouvoir d'excommunication. L'archevêque Thomas Beckett, qui tente de s'y opposer, est tué par les hommes du roi.

Les primats de l'Église d'Angleterre, Lanfranc, Anselme, Thibaud du Bec, Thomas Beckett, sont en même temps des hommes de grande culture, des personnalités politiques de premier plan et les premiers théoriciens de la culture politique anglaise, illustrés par leur résistance à l'arbitraire royal ; l'historienne Raymonde Foreville parle à leur sujet d'humanisme chrétien. Lanfranc, originaire de Pavie, ville alors fameuse pour son école de droit, contribue à l'expansion des études canoniques anglaises et normandes. L'école du prieuré de Christ Church de Canterbury forme de nombreux cadres administratifs. La Collection de Lanfranc, compilation de droit canon diffusée en Angleterre, utilise aussi bien des sources authentiques que douteuses comme les Fausses décrétales en faveur de l'autorité du primat, fonction exercée de fait par les archevêques de Canterbury. Plus tard, c'est Thomas Beckett qui introduit en Angleterre le recueil canonique plus complet du Décret de Gratien et y puise la matière de son argumentation contre Henri II. L'école canonique de Canterbry accueille des élèves gallois, normands, lombards et anglais dont le plus connu est Jean de Salisbury : mais cette école est en partie dispersée par l'exil et le meurtre de Thomas Beckett.

L'archevêque est le chef spirituel de l'Église d'Angleterre mais en même temps le premier baron et le conseiller du roi et ses vastes domaines lui créent une obligation envers le pouvoir royal. Selon une formule d'Anselme, l'Angleterre est le champ de Dieu et elle est labourée par deux bœufs qui précèdent tous les autres, le roi et l'archevêque de Canterbury.

vignette|Le roi Richard II accompagné par les saints Edmond, Édouard et Jean le Baptiste devant la Vierge à l'Enfant et les Anges brandissant la bannière de saint Georges. Diptyque de Wilton, v. 1395-1399.

Les monastères entretiennent avec la royauté un lien féodal et doivent, au besoin, lui fournir des troupes ; les évêques sont de puissants seigneurs et on les voit lever des soldats pour faire face aux incursions des ÉcossaisRichard Huscroft, Ruling England, 1042–1217, Harloow, Pearson, 2005, p. 126-127.Jim Bradbury, Stephen and Matilda: the Civil War of 1139–53, Stroud, The History Press, 2009, p. 36Norman John Greville Pounds, The Medieval Castle in England and Wales: A Social and Political History, Cambridge University, 1994, p. 142–143..

Lors de la formation du Parlement d'Angleterre au , les 19 évêques, les deux archevêques et les principaux abbés du royaume en sont membres de droit avec le titre de lords spirituelsMedieval House of Lords, Parlement du Royaume-Uni..

Après Guillaume le Conquérant, couronné à Westminster à la Noël de 1066, le sacre royal est un des rites fondateurs de la monarchie anglaise. C'est une cérémonie en grande partie religieuse : le nouveau roi passe la nuit en prière à Westminster Hall puis une procession le conduit à l'abbaye de Westminster où, en présence de l'abbé et de principaux évêques du royaume, il est interrogé sur sa foi : il lui est enjoint de protéger les évêques et églises de son royaume, de maintenir les droits de l'Église tels qu'accordés par Édouard le Confesseur, de maintenir les lois et la religion catholique ; il prête serment avant d'être oint d'huile sainte, remplacée à la fin du Moyen Âge par le chrisme, un mélange de baume et d'huile, et de recevoir les regalia, épée, pallium, couronne et anneau ; la cérémonie se conclut par une messe. Deux rois d'Angleterre sont canonisés : Édouard le Confesseur en 1161 et Edmond, roi martyr d'East Anglie au , en 1248. Les souverains anglais médiévaux honorent ces deux saints et les invoquent en temps de paix comme de guerre, ainsi que la Vierge Marie et des saints plus spécifiquement anglais comme Frideswide d'Oxford, Cuthbert de Lindisfarne, Jean de Beverley, Oswin de Tynemouth. Cependant, c'est un autre saint sans lien particulier avec l'Angleterre, Georges de Lydda, qui s'impose pendant la guerre de Cent Ans comme patron du royaume : c'est sa bannière à croix rouge qui devient le drapeau de l'Angleterre et il protège l'ordre de la Jarretière, créé en 1348.

Pendant la période des papes d'Avignon au , alliés de la France, les rois d'Angleterre renforcent leur indépendance vis-à-vis de la papauté ; des statuts de 1306, 1351 et 1353 interdisent de faire appel des décisions royales ou de contester la nomination aux bénéfices devant un tribunal étranger, particulièrement la Curie pontificale ; cette indépendance se renforce pendant le grand schisme d'Occident où les rois anglais prennent le parti des papes de Rome contre leurs rivaux d'Avignon. Dans la seconde moitié du , sous les règnes d'Édouard IV puis Richard III, périodes de relatif affaiblissement du pouvoir royal, les ecclésiastiques parviennent temporairement à limiter l'application du Praemunire (privilège royal) face aux tribunaux épiscopaux et romains mais sous Henri VII puis Henri VIII, le roi reprend l'entièreté de ses prérogatives. Le privilège du clergé permet à un accusé de réclamer son jugement par un tribunal ecclésiastique, généralement plus indulgent que la justice laïque ; à la fin du Moyen Âge, il donne lieu à de nombreux abus, tout laïc sachant le latin pouvant se présenter comme « clerc ».

Le clergé vignette|Rois et prêtres. Illustration du Psautier de Ramsey, 1310 Les diocèses anglais sont généralement vastes comparés à ceux de l'Europe continentale : 17 en Angleterre et quatre au Pays de Galles ; l'Écosse, plus petite et plus pauvre, en a 12, l'Irlande 34, souvent fort démunis, la Germanie 54, la France 131 et l'Italie 250. Les prélats anglais, contrairement à ce qu'on observe en Allemagne et dans une moindre mesure en France, sortent rarement des lignées princières ; en 1529, aucun n'est issu de la noblesse et peu de la gentry. Certains ont pourtant des revenus considérables : l'évêque de Winchester passe pour un des plus riches d'Europe. Au tournant des , quelques-uns se font construire plusieurs palais, comme le futur cardinal John Morton ou le chancelier William Warham, ou des tombeaux fastueux. En revanche, au début du , peu prennent la peine d'écrire des sermons alors qu'ils consacrent beaucoup plus de temps à défendre les droits et privilèges de leur diocèse. La nomination de l'évêque est généralement opérée par le roi qui doit ensuite la faire accepter par le pape ; il arrive que le siège reste vacant jusqu'à ce que les deux parties arrivent à un accord, sans que l'archevêque ni le chapitre aient beaucoup leur mot à dire. L'évêque, est en même temps un membre de l'administration royale, souvent accaparé par les affaires d'État et il peut laisser la gestion effective de son diocèse à un vicaire. Les réformes du cardinal Thomas Wolsey, entre 1519 et 1529, visent à remettre de l'ordre dans les affaires du clergé et le ramener à ses fonctions proprement religieuses.