Les écoles ménagères au Québec sont une série d'écoles ouvertes aux femmes entre 1882 et 1970 dans le but d'éduquer celles-ci à devenir de bonnes mères et épouses. L’éducation portait principalement sur la religion, la langue, l’économie, l’histoire ainsi que les travaux domestiques et ménagers comme le tricot, la couture, le lavage, le repassage et la cuisine.
1882-1906 : Les premières écoles ménagères
École ménagère de Roberval La première école ménagère est fondée en 1882 à Roberval par Mère Saint-Raphaël. À cette époque, un exode rural frappe la société québécoise. Les manufactures en sol américains offrent des opportunités économiques attrayantes pour les familles québécoises. Le clergé, prônant un nationalisme reposant sur des valeurs traditionnelles rurales où la paroisse et la famille sont centrales, lutte contre ces changements démographiques. Empruntant un modèle déjà actif en Europe, l'école ménagère a pour objectif d'initier les jeunes filles à devenir des maîtresses de maison aguerries. Situé sur une terre agricole, l'école ménagère de Roberval vise à former la parfaite ménagère agricole fidèle à son mari agriculteur qui pourra l’aider dans les travaux de ferme. Des notions en horticulture et dans la confection de beurre et de lait sont enseignées. On y ajoute une instruction morale, littéraire et d’économie domestique. Le succès de cette première école engendra l’ouverture d'une vague d'écoles ménagères au Québec. Le programme de l'enseignement ménager se développera dans les années suivantes.
École ménagère Saint-Pascal En 1905, à Kamouraska, l’école ménagère Saint-Pascal ouvre ses portes. La mise en place de cette deuxième école ménagère mène à un approfondissement des contenus de l'enseignement ménager. De nouvelles connaissances sont véhiculées à travers une multitude de nouveaux cours. Par ailleurs, un programme classico-ménager issu de l'école de Saint-Pascal fait son apparition dans les écoles primaires. Cette école ménagère offre trois programmes différent dans lesquels on y prépare des institutrices spécialisées en économie domestique. Des formations plus poussées pour devenir enseignante sont également mises en place. Cette école est responsable de la diffusion du programme classico-ménager à travers les écoles primaires du Québec.
École ménagère provinciale Ouverte en 1906, l'École ménagère provinciale se distingue des autres écoles ménagères par ses origines ainsi que par sa localisation. Elle est mise sur pieds par femmes bourgeoises et laïques en milieu urbain. Cette école avait pour objectif de guider la femme urbaine vers son devoir de femme au foyer. L'école y formait également des maîtresses en enseignement ménager.
1906 - 1937 : Établissement d’un réseau d’écoles ménagères à travers la province vignette|Cours d’art culinaire au pensionnat de Jésus-Marie, Sillery, Québec, vers 1920. Archives nationales à Québec (P354, S2). Photographe non identifié.
Une multiplication des écoles ménagères La première formation d’une école ménagère à Roberval en 1882 trace le chemin de l’établissement de plusieurs fondations à travers la Province de Québec au début du siècle. En 1931, il y a quinze écoles ménagères dans la province. Ces écoles sont renommées « écoles ménagères régionales ». Selon la doctrine avancée par Mère Saint-Raphaël, l’enseignement ménager soit s’adapter aux besoins des différentes régions. Le ministère de l’agriculture est responsable des écoles ménagères jusqu’en 1929, alors qu’elles passent sous le contrôle du Département de l’Instruction Publique.
1937 à 1951 : Des visions divergentes par rapport à l'éducation des femmes
La vision de l'éducation des femmes d'Albert Tessier En 1937, l’abbé Albert Tessier, un ami de Maurice Duplessis, est nommé comme inspecteur propagandiste des écoles ménagères. Tessier visite chacune des écoles à travers la province. Avec des mouvements de population urbain, ce dernier annonce une transition d'un programme classico-ménager agricole à un programme basé sur le genre féminin et la famille. Celui-ci soutient un discours conservateur, qui pourrait s'adjoindre à l'antiféminisme, sur la place de la femme dans la société. Selon le père Tessier, l’éducation ménagère doit se centraliser autour de la vocation maternelle et familiale.
La vision de l'éducation des femmes de Éveline Leblanc Certaines militantes au sein de la bureaucratie des écoles ménagères ne partagent pas cette vision. À partir de 1944, Éveline Leblanc occupe la fonction de chef du Service pour l’enseignement ménager au Département de l’instruction publique. Leblanc soutient que si les écoles ménagères doivent assurer le maintien de la famille, elles doivent également assurer des perspectives d’emplois pour les diplômées. Pour rallier le public à une cause féministe, Leblanc tient un discours en faveur de la famille et de la religion. Cependant, une telle conception du rôle des femmes dans la société ne correspond pas au modèle éducatif de l'époque. Éveline Leblanc militera pour un enseignement qui mène à l'accès au marché du travail, jusqu'en 1948, alors qu'elle est démise de ses fonctions.
1951-1960 : Passage au modèle des instituts familiaux
Application du modèle Tessier En 1951, il y a un changement dans la dynamique de pouvoir dans la structure organisationnelle des écoles ménagères. Éveline Leblanc n’occupe plus de position de pouvoir. La vision conservatrice de l’Abbé Tessier est adoptée. Les écoles ménagères connaissent des hausses dans les subventions gouvernementales et sont réimaginées en tant qu’instituts familiaux. Ces instituts se centrent sur la vocation maternelle et familiale des étudiantes. Le programme inclut des cours en religion et spiritualité féminine et en pédagogie familiale. Les diplômées ont toujours des perspectives d’emploi limitées. Il s'agit d'un contexte social où les femmes obtiennent le droit de vote et sont incluses dans le marché du travail. Les pratiques des instituts familiaux sont en décalage avec le progrès du féminisme de la société québécoise des années 1950.
1960-1970 : La disparition progressive des écoles ménagères
Les conséquences de la réforme de l'éducation québécoise sur les écoles ménagères Au tournant des années 1960, la société québécoise entame une succession de changements sociaux dans le contexte de la révolution tranquille. Le rapport émis par la commission Parent réforme la structure de l’éducation au Québec. Concernant les écoles ménagères, le rapport parent ne remet pas en cause l’existence de ces dernières. En revanche, dans un contexte de changement de la structure de l’éducation au Québec, des opportunités sociales plus avantageuses s’offrent aux femmes. Avec la baisse des inscriptions et des subventions attachées aux écoles ménagères, celles-ci s’effondrent dans la deuxième partie des années 1960.
Notes et références
Catégorie:Condition féminine au Québec