Jeanne Vázquez Gutiérrez, en religion Jeanne de la Croix (Numancia de la Sagra, - Cubas de la Sagra, ) est une abbesse franciscaine espagnole stigmatisée, reconnue bienheureuse par l'Église catholique.

Biographie

Ses différentes biographies sont très hagiographiques. Selon ces récits, elle bénéficie dès 4 ans, d'extases, de communications célestes, de visions, d'apparitions du Christ, de la Vierge et de son ange gardien. Elle montre un goût particulier pour la prière, la pénitence et la solitude. À 14 ans, elle désire entrer au couvent mais sachant que sa famille ne consentirait jamais à la laisser partir, elle part secrètement pour le beaterio franciscain de Notre-Dame de la Croix de Cubas. Elle reçoit l'habit religieux le et fait sa profession religieuse l'année suivante prenant le nom de Sœur Jeanne de la Croix.

Dans le couvent, elle continue d'avoir plusieurs phénomènes mystiques. Elle a de nombreuses conversations avec son ange gardien ainsi qu'avec d'autres anges mais aussi des visions du Christ sous la forme de l'Enfant Jésus ou de l'ecce homo, de la Viergeet de nombreux saints, en particulier saint François d'Assise, Antoine de Padoue, Barbe d'Héliopolis et Lucie de Syracuse. Elle a une grande dévotion à l'eucharistie mais comme elle ne peut communier autant qu'elle le voudrait, elle pratique régulièrement la communion spirituelle.

Le bruit de sa sainteté se répand dans toute l'Espagne et des personnes de toute condition viennent s'entretenir avec elle pour recevoir ses conseils. En 1507, elle a l'autorisation de prêcher devant de nombreuses personnes. Parmi elles, on compte des personnages illustres comme le cardinal Cisneros, Gonzalve de Cordoue, Charles Quintet Juan d'Autriche. Lors de ces entretiens, si la personne à une langue maternelle autre que l'espagnol, elle est capable de parler la langue de son interlocuteur sans l'avoir apprise.

Elle est élue abbesse le . Elle transforme alors le beaterio en véritable monastère avec clôture religieuse. La même année, une des religieuses recueille les prédications prononcées cette année-là par Jeanne. Ce recueil de soixante-douze révélations sur les épisodes de la vie du Christ, de la Vierge et de saints est connu sous le nom de Conorte. Le vendredi saint 1524, le Christ lui apparaît et elle reçoit les stigmates. Son ange gardien lui fait visiter le purgatoire et des âmes du purgatoire viennent lui demander des prières. Apprenant ce fait, les fidèles viennent aussi recommander à ses prières des parents défunts. Elle connaît l'état intérieur des personnes qui l'approche, les choses secrètes et l'avenir. Elle est informée par son ange gardien de tout ce qui se passe dans le cloître. Elle guérit le confesseur du monastère en lui envoyant un pain qu'elle a béni et guérit des religieuses par sa prière. Elle fait de même pour une dame de la cour de Charles Quint, mais par bilocation. Elle ressuscite une petite fille morte en lui faisant toucher un crucifix de cuivre.

Pour contenter les religieuses du couvent qui lui demandent une grâce particulière venant de Dieu, Jeanne prend les chapelets des sœurs, ceux de leurs parents et amis, et les met dans un coffret dont elle confie la clef à une des sœurs. Selon ses dires, son ange gardien porte ces chapelets au ciel et sont bénits par Dieu ; les autres chapelets qu'on leur ferait toucher devaient bénéficier de la même bénédiction. Ces objets sont ensuite recherchés car ils ont la réputation de protéger, guérir, obtenir des conversions ou mettre le démon en fuite. Les rois Philippe II et Philippe III en portaient sur eux. Le phénomène dépasse l'Espagne ; ainsi le Père Michel Le Nobletz en possède un grain qu'il lègue ensuite à son disciple Julien Maunoir. Après Jeanne, d'autres mystiques espagnoles produiront également des chapelets bénis. La création de la congrégation des indulgences et des reliques le par le pape Clément IXmet un terme à la promotion de ces objets.

Elle meurt le , jour anniversaire de sa naissance, de son entrée au couvent, de sa profession et de sa nomination à la charge d'abbesse. Cinq jours s'écoulent avant de l'enterrercar une foule nombreuse arrive de toutes parts, même de Madrid et de Tolède, pour vénérer son corps. L'affluence est telle, qu'on ne peut plus entrer dans l'église, et on la porte en procession pour satisfaire la piété des fidèles.

Culte Sept ans après sa mort, les sœurs placent ses restes dans une châsse sous l'autel du chœur des religieuses. Au mois de , une cérémonie de translation dépose la châsse sous une voûte garnie de barreaux de fer dans un mur qui sépare le chœur des religieuses de l'église publique, pour permettre aussi bien aux religieuses cloîtrées qu'aux fidèles de prier devant les reliques. Le roi Philippe III et son fils Philippe IV viennent au couvent de Cubas le . La reine Marguerite vient au mois de , avec ses deux fils Charles et Ferdinand, cardinal-archevêque de Tolède.

La première biographie de Jeanne de la Croix est écrite par Antoine Daza, religieux franciscain espagnol, élu procureur à Rome en 1621 sous Grégoire XV et mort à Valladolid vers 1640. Il écrit plusieurs ouvrages dont une chronique, qui comporte des biographies édifiantes d'apôtres du Nouveau Monde et des Indes portugaises. Ce livre est mis à l’Index. Sa vie de sœur Jeanne ayant été incorporée dans la chronique, l’Inquisition fait arracher cette biographie de tous les volumes. En 1614, Daza publie une nouvelle édition corrigée et approuvée. Elle est traduite en français par un franciscain de Paris et deux éditions voient le jour à Lyon, en 1618 et 1624. Tirso de Molina écrit vers 1613-1614 une trilogie hagiographique intitulée « La Santa Juana », qui retrace la vie de la mystique.

Entre 1615 et 1617, l'archevêque de Tolède la déclare bienheureuse et autorise le développement d'un culte public en son honneur. Toutefois, cette reconnaissance est bloquée par le décret du du pape Urbain VIII qui interdit le culte public de serviteurs de Dieu qui ont été béatifiés ou canonisés sans l'aval du Saint-Siège. En 1615, le procès informatif en vue de sa béatification commence. Le , la commission rend un avis favorable sur ses vertus et ses miracles mais le procès est interrompu par la perte des documents. Sa cause de béatification est relancée de 1702 à 1731 mais sans succès. Le , les travaux en vue de sa béatification sont rouverts.

Elle est déclarée vénérable le par François. Le même pape la reconnaît bienheureuse par décret de confirmation du culte du .

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Catégorie:Naissance en 1481 Catégorie:Naissance dans la province de Tolède Catégorie:Décès en mai 1534 Catégorie:Décès dans la communauté de Madrid Catégorie:Bienheureux catholique Catégorie:Bienheureux catholique espagnol Catégorie:Bienheureux franciscain Catégorie:Stigmatisé