George Aloysius Lucas, né le à Baltimore et mort le à Paris est un marchand d'art et collectionneur américain.
Biographie
Enfance et vie aux États-Unis George Aloysius Lucas est né le à Baltimore (Maryland). Il est le septième fils de Fielding Lucas Jr, un pionnier de l'édition de cartes dont il fait la spécialité de sa maison d'édition Lucas Bros. Inc.
En 1848, il est diplômé de l'Académie militaire de West Point à West Point, conçue comme le pendant américain de l’École Polytechnique de Paris.
Après ses études, il devient ingénieur civil pour la compagnie New York, New Haven and Hartford Railroad. En 1853, il rejoint la Central Railroad of New Jersey, puis, l’année suivante, est nommé ingénieur adjoint pour le projet d’alimentation en eau du Croton, aussi appelé aqueduc de Croton, destiné à améliorer l’approvisionnement de la ville de New York.
Début de son intérêt pour l'art Durant ces années passées à New York, il commence également à fréquenter les milieux artistiques : vers 1853, il débute sa collection en visitant régulièrement la galerie Goupil de New York, où il achète ses premières œuvres sur papier (gravures, esquisses et études).
À partir de 1854, il acquiert aussi des œuvres pour le compte de ses amis, dont George Whistler et Frank Frick, achetant toujours chez Goupil et faisant systématiquement encadrer les toiles avant de les livrer.
Le , son père, Fielding Lucas décède. L’entreprise familiale passe alors à ses frères, qui la rebaptisent Lucas Brothers, tandis que George n'est pas intégré ni comme gestionnaire ni comme associé, conséquence d’un éloignement progressif depuis son départ pour New York. En compensation, il reçoit une pension, ce qui lui assure une certaine autonomie financière.
Le , Lucas démissionne de ses fonctions d’ingénieur et quitte New York. Après avoir passé quelques mois dans la maison familiale de Baltimore, il décide de partir pour l’Europe et quitte définitivement les États-Unis en 1857.
Vie privée à Paris Dans les mois qui suivent son arrivée à Paris, il fait la rencontre d’Octavie-Joséphine Marchand, qu'il désigne sous la lettre « M » dans ses carnets. Il fait de cette épouse séparée et mère d’un fils de trois ans sa compagne. Cette liaison demeure secrète car elle entre en contradiction avec sa réputation de respectabilité et d’homme de confiance, ce qui pourrait nuire à son image auprès de ses clients américains notamment . alt=|vignette|304x304px|Hippolyte Camille Delply, The house of M. Lucas at Boississe-la-Bertrand, 1890, huile sur panneau de bois, Walters Art Museum. La nécessité de discrétion quant à sa vie conjugale pousse Lucas à acheter en 1863 une maison de campagne sur les rives de la Seine, dans le village de Boissise-la-Bertrand. Dans cette maison, le couple reçoit les visites d'amis proches et d'artistes, notamment liés à l'École de Barbizon.
À Paris, Lucas loue à partir de 1876 pour sa compagne Octavie-Joséphine Marchand le seul autre appartement du 4e étage de l'immeuble dans lequel il vit. Cet logement sert également à stocker une partie des œuvres qu'il accumule.
Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, le couple vit séparé une année entière. Durant les quatre mois du siège de Paris par les Prussiens, Lucas refuse de quitter la France, et s'occupe des démunis. Il aide plusieurs de ses clients et amis à fuir de Paris vers Londres.
Lucas reste très proche du fils de sa compagne, Eugène, qu'il traite comme un fils adoptif. Il lui donne la maison de Boissise lorsque sa santé fragile limites ses déplacements hors de Paris. Eugène continue de lui rendre visite avec ses propres enfants jusqu'à ce que l'entourage de Lucas cherche à l'éloigner dans la bataille du legs de sa collection.
Activité de marchand à Paris En 1857, lorsque Lucas arrive à Paris, il est déjà tout acquis à un goût prononcé pour l’art français. Il poursuit sa quête esthétique en fréquentant fidèlement les ventes aux enchères à l’hôtel Drouot, mais aussi les musées du Louvre et du Luxembourg ainsi que le Salon de printemps. Ces expériences lui permettent d’affiner son goût, de connaître les artistes en vue à Paris mais également les clients qui achètent leurs œuvres. Sa formation d'autodidacte lui permet de continuer ses activités de collectionneur et de marchand entamées aux États-Unis. Il bâtit de fortes relations avec ses clients et les artistes qu'il participe à faire connaître, se différenciant ainsi d'autres marchands par les rapports amicaux qu'il entretient avec son réseau.
Pendant longtemps les Américains n’ont collectionné que des œuvres des États-Unis. À la fin des années 1850, toutefois, un changement commence à s’opérer : les Américains se tournent vers la production française. L’Exposition Universelle de 1867 est le moment décisif de ce changement de goût. Les œuvres américaines déçoivent et sont considérées comme ternes en comparaison avec l’art français par les critiques américains et français. George A. Lucas est présent dès le premier jour de l’Exposition et y retourne par la suite cinq fois, accompagnant ses amis collectionneurs : William T. Walters, Frank F. Frick ou encore Samuel P. Avery.
En 1858, soit un an après son arrivée à Paris, George A. Lucas reçoit ses premières demandes de la part de collectionneurs américains tels que John H. B. Latrobe, Solomon B. Davies ou encore Frank Frick. Ces demandes ne concernent pas toutes des commissions artistiques, mais George A. Lucas les accepte et les réalise, parfois gracieusement, ce qui lui permet de se bâtir une solide réputation auprès des collectionneurs. Son activité en tant que telle débute le , lorsque William Hamilton Graham, directeur de la banque Alexander Brown & Company, acquiert une peinture de Duverger par l'intermédiaire de George A. Lucas. Il devient l’un de ses clients les plus importants, achetant de nombreuses œuvres françaises et encourageant ses connaissances à faire de même.
Bien plus qu’un marchand d’art, Lucas est ce qu’on appelle en anglais un « art agent ». Les services qu’il propose dépassent les missions ordinaires du marchand. Comme ce dernier, il acquiert pour revendre, mais ce qui le différencie, ce sont les expériences qu’il propose. Apprécié pour ses connaissances en art et l’accès privilégié qu’il a aux meilleures œuvres d’art contemporaines en France, il est aussi une personne chaleureuse avec ses clients. Il accompagne régulièrement ces derniers dans les musées, les boutiques ou ses restaurants préférés afin que l’acquisition d’art soit une expérience agréable.
Autour de 1885, la carrière de marchand de Lucas décline, alors que ses principaux clients cessent de collectionner ou disparaissent. Suite à la panique de 1873, John Taylor Johnston a perdu toute sa richesse et a dû se défaire de sa collection en 1876. Avery n’est plus marchand ni galeriste depuis 1882. William H. Vanderbilt meurt en 1885. Enfin, William T. Walters ne cherche plus à agrandir sa collection.
Lucas continue d’acquérir pour lui-même et les fils d’Avery et de Walters mais de manière moins intense. Il est alors âgé de plus de soixante ans.
Fin de vie et succession À la fin de sa vie, l’état de santé de George A. Lucas se dégrade. Ce dernier souffre de rhumatismes qui l’empêchent d’être mobile. Dès 1904, il devient entièrement dépendant de l'aide de son entourage, notamment de celle d'Eugène, le fils de sa compagne.
Au vu de sa santé précaire, la question du devenir de sa collection se pose. George A. Lucas, dans ses notes, pense à la diviser en deux : une partie, comprenant sa collection de peintures, serait léguée au Maryland Institute ; la seconde, comprenant ses aquarelles, de petites peintures et ses livres, serait léguée à sa compagne, Octavie-Joséphine Marchand.
En , sa nièce Bertha se rend à Paris pour s’occuper de son oncle. Cette dernière, avec Frank Frick et Henry Walters, essaie de convaincre Lucas de léguer la totalité de sa collection au Maryland Institute de Baltimore. Le Maryland Institute ayant été victime d’un incendie quelques mois auparavant, la donation de George A. Lucas se présente comme le moyen de constituer de riches collections dans un nouveau bâtiment néoclassique. gauche|vignette|Georges Jeannin, Portrait of the Deceased George A. Lucas, 1909, Baltimore Museum of Art|228x228px Plusieurs liens existent entre George A. Lucas et l'institut : son père en est l’un des fondateurs et le terrain où a été reconstruit le bâtiment appartient à l’un de ses cousins, Michael Jenkins. La mort de sa compagne Octavie-Joséphine Marchand en 1909 dans son appartement scelle le sort de la collection. Eugène, qui considère que les œuvres présentes dans l'appartement de sa mère constituaient des dons de son vivant par Lucas et n'appartenaient plus à la collection de ce dernier, est accusé d'opportunisme par Walters. Walters convainc Lucas de refaire son testament et finit d'éloigner définitivement Eugène de Lucas.
George A. Lucas décède le . Sa collection se retrouve alors intégralement léguée au Maryland Institute.
Un art agent, intermédiaire entre artistes Français et collectionneurs Américains Dès son arrivée à Paris, George A. Lucas s’est rapidement imposé dans le monde de l’art en se constituant un réseau important d’artistes, de clients et de marchands.
Georges A. Lucas et les collectionneurs américains Pendant près de vingt ans, Lucas a amené de nombreux riches collectionneurs à la rencontre d’artistes dans leurs studios afin d’acquérir les meilleures œuvres contemporaines en France. Ses clients les plus importants sont John Taylor Johnston, William T. Walters, William H. Vanderbilt et Samuel P. Avery.
George A. Lucas et William T. Walters Il entre en relation avec William T. Walters le . Ce dernier demande à George A. Lucas de commander à Hugues Merle une peinture représentant Hester Prynne. L’œuvre est finie en . En parallèle, Walters demande à Lucas de l’aider à s’installer à Paris avec sa famille quelques jours avant le début de la guerre de Sécession. Dès lors, Lucas les aide au-delà de son rôle de marchand d’art dans leur recherche d'appartement et leur installation. Lucas fait visiter les musées et les galeries à Walters, lui présente de nombreux artistes tels que Antoine-Louis Barye, Pierre-Édouard Frère et Théophile Emmanuel Duverger.
En 1863, Lucas met de côté la peinture de genre de l’école d’Écouen pour se concentrer sur les peintures de paysages de Barbizon. Ce changement est motivé par Walters qui le pousse à s’intéresser tout particulièrement à Corot, Daubigny et Rousseau. Les paysages étaient de plus en plus présents au sein des Salons, il y avait ainsi de plus en plus de commandes et d’intérêt pour ce type de peinture.
À la fin des années 1880, George A. Lucas avait acquis 74 huiles sur toile, aquarelles et dessins pour William Walters, parmi lesquels nous retrouvons les œuvres les plus acclamées de sa collection. Cependant, le nom de George A. Lucas n'apparaissant nulle part. William Walters le remercie dans un livre qu’il distribue lors de l’inauguration de sa collection d’œuvres de Barye, le .« The debt I owe him for his good judgment, mature experience and cheerful cooperation in nearly all I have accomplished as amateur and collector, I find only less than the value I place upon his sterling truth, and upon his worth as a man and a friend. » George A. Lucas et Samuel P. Avery Samuel P. Avery est mis en contact avec Lucas par l'intermédiaire de Walters. Marchand d'art new-yorkais, il devient rapidement un des clients les plus importants de Lucas, lui rapportant près de 125 000 francs en tout, selon une estimation de Lilian Randall.