Bayt Nattif ou Beit Nattif (, et respectivement) est un village arabe palestinien, situé à 20 kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, à mi-chemin de Beit Guvrin en suivant l’ancienne voie romaine, et à 21 km au nord-ouest d’Hébron.

Il y deux mille ans environ, Bayt Nattif fait partie des villages juifs détruits par les Romains après la révolte de 66-69. Repeuplé par des colons de religion polythéiste, il prospère grace à sa position sur une voie romaine. Construit au sommet d’une colline, entouré d’oliveraies et de plantations d’amandiers, de bois de chênes et de caroubiers, il dominait le Wadi es-Sunt (la vallée d'Elah) au sud. Avant sa destruction en 1948, il possédait plusieurs maqam (sanctuaires), dont celui de Cheikh Ibrahim et une douzaine de s.

Bayt Nattif fait partie des centaines de villages arabes palestiniens expulsés et détruits lors du nettoyage ethnique de la Palestine, en 1948 ; l’expulsion a lieu le 21 ou le 22 octobre 1948, lors de l’.

Nom

Le village est appelé Bethletepha sous l’Empire romain ou Betholetepha, et connu communément sous son équivalent grec, BethletephonTsafrir, Di Segni, Green (1994), 84... Le village est identifié avec le Tappuach biblique.

Selon Muhammad Abu Halawa, le nom d’origine était Bayt Lettif, qui a évolué en Bayt Nattif, plus facile à prononcerMuhammad Abu Halawa (né en 1929) affirme cela dans une interview avec Rakan Mahmoud en 2009. Voir Palestine Oral History: Interview de Muhammad Halawa #1, Bayt Nattif-Hebron, Arabe (en vidéo : 2:48 – 2:56)..

Géographie

Le village de Bayt Nattif relevait du sous-district d'Hébron. Situé à 21 kilomètres au sud-ouest d’Hébron, il était construit au sommet d’une colline des monts d'Hébron, à 425 m d’altitude.. Le village était encadré par deux larges vallées. La route Bayt Jibrin-Bethléem passait à un kilomètre au sud ; d’autres routes secondaires desservaient le village.

Sa superficie totale était de (soit 44,6 km²) dont appartenant à des Arabes et étant des terres publiques. Sur cette superficie, la totalité des terres publiques était considérée comme non-cultivable ; sur les terres privées, (soit 2084 hectares) étaient cultivables. En 1944/45, (soit 2015 hectares) étaient consacrés à la culture des céréales (dont le maïs), essentiellement les basses-terres ; 688 dounams (soit 69 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou vergersGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 93.. Des oliveraies entouraient le village et occupaient 620 dounams (62 hectares).

Histoire

Fouilles archéologiques

Trois périodes historiques sont concernées par les découvertes archéologiques effectuées à Bayt Nattif : des citernes et des tombes juives du et du ; des tombes de la fin de la période romaine, les personnes inhumées pratiquant le polythéiste romaine ; et les vestiges que le fouilleur de 1933, , pense relever d’une église byzantine du ou du siècle.

En 2013, des fouilles à Bayt Nattif, conduites par Yitzhak Paz et Elena Kogan-Zahavi pour l’Autorité des antiquités d'Israël, et Boaz Gross de l’institut d'archéologie de l’université de Tel-AvivAutorité des antiquités d'Israël, Permis d'excavation et de travaux d'excavation pour l'année 2013, Permis d'arpentage n° A-6696 et n° B-400. En 2014, huit fouilles distinctes ont été menées sur le siteZubair Adawi et Yitzhak Paz ont mené des recherches archéologiques dans une zone (Autorité des antiquités d'Israël, [http://www.antiquities.org.il/m_digs_eng.aspx?shana=2014 Permis d'excavation pour l'année 2014, permis d'arpentage n° A-7002), tandis qu'une autre a été menée par Daniel Ein-Mor et Yitzhak Paz (Autorité des antiquités d'Israël, permis de prospection n° A-7003), une autre par Ron Lavi et Yitzhak Paz (Autorité des antiquités d'Israël, permis de prospection n° A-7049), une autre par Natalia German et Yitzhak Paz (Autorité des antiquités d'Israël, permis de prospection n° A-7097), et d'autres menées par Mizrahi Sivan et Yitzhak Paz (Autorité des antiquités d'Israël, permis de prospection n° A-7261), par Elena Kogan-Zahavi et Yitzhak Paz (Autorité des antiquités d'Israël, permis de prospection n° A-7263), et par Boaz Gross et Tamar Harpak au nom de l'Institut d'archéologie de l'Université de Tel Aviv (Autorité des antiquités d'Israël, permis d'arpentage n° B-412 et n° B-416)..

Tombes

Un tombeau taillé dans la pierre a été découvert en 1903 à 200 mètres à l’est de Bayt Nattif. La fouille a révélé un ensemble de 36 kokhims répartis sur deux niveaux de trois des murs de la principale chambre funéraire, qui mesurait 4 x 5 mètres. Sur le mur faisant face à l’entrée, le niveau supérieur était orné d’un arcosolium et de deux colonnes (Zissu - Klein 211f)Zissu (2011), 196. Un sarcophage de calcaire était placé dans l’arcosolium, contenant les restes d’un soldat romain, du rang de décurion, postérieur au deuxième quart du Ameling et al. (2018), XCI, mais probablement du , datation suggérée par les éléments de décoration et de conception.

Une autre chambre funéraire a été fouillée en 1942–43, montrant trois phases d’utilisation : une citerne est d’abord creusée dans le roc. Au début du , elle est convertie en chambre funéraire par les Juifs habitant Bayt Natiff, qui ont creusé douze kokhim et trois arcosolias dans les murs de l’ancienne citerne. Puis, aux , elle est utilisée par les habitans romains et polythéistes de la ville.

Lampes de Beit Nattif

Beit Nattif a donné son nom à un type de lampe à huile en terre cuite, décrit à partir des lampes découvertes dans les fouilles de deux citernes du village en 1934. Ces lampes, qui n’ont jamais été utilisées, et les moules de pierre qui ont servi à les façonner, datent de la fin de la période romaine et de l’Empire byzantin. Elles étaient fabriquées au village, et ont pu être vendues à Jérusalem et Éleuthéropolis.

Deux citernes du ont été découvertes en 1917 et fouillées par Baramki en 1934. Elles contenaient plusieurs objets de céramique comme des lampes à huile moulées, des statuettes et d’autres objets, interprétés comme des refus de potiers jetés dans les citernes utilisées comme dépotoirs au . Une fouille de 2014 à Khirbet Shumeila, 1 km au nord-ouest de Beit Nattif a permis de mettre au jour un atelier situé dans une grande villa romaine, avec 600 fragments de lampe du type de "Beit Nattif" et quinze moules de pierre, tous trouvés in situ et datés du ..

Ces découvertes ont donné lieu à un débat à propos de l’identité ethno-religieuse des potiers et des utilisateurs de ces lampes à huile et des statuettes associées. Les fouilles de 1934 ont découvert 341 statuettes, le type principal étant des femmes nues ou des cavaliers, peut-être dans un but apotropaïque ou magique. Ces sujets très communs, ainsi que d’autres moins fréquents comme des animaux, des plaques-miroirs et des masques suggèrent des utilisateurs polythéistes, alors que la représentation de ménorahs sur des lampes suggère une présence juive dans la région. Moins de 1 % des 600 lampes trouvées en 2014 portaient ce motif, ce qui conduit, avec d’autres considérations, à affaiblir la thèse de potiers juifs à Bayt Nattif. À cause de la rareté des découvertes du Bas-Empire dans la région, les chercheurs ne peuvent ni prouver ni rejeter une production à destination de l’un ou de l’autre groupe (juifs ou polythéistes), Lichtenberger concluant qu’après la révolte de Bar-Kokhba, la population juive restant dans la région était intégrée dans une société plurielle culturellement parlant. Rosenthal-Heginbottom et Jodi Magness considèrent que quelques lampes de Bayt Nattif étaient fabriquées à destination de clients juifs, alors que les autres étaient produites pour des clients chrétiens ou polythéistes. Il y a certaines similarités entre l’iconographie de l’Âge du Fer et de la période hellénistique et celle du Bas-Empire, dans des populations d’ethnies et de religions différentes, ce qui rend les liens hautement incertains.

En décembre 2024, une découverte coïncidant avec la fête d’Hanukkah, un lampe à huile de Bayt Nattif des ou siècles a été découverte près du mont des Oliviers, portant une ménorah, une loulav et un rattachée au judaïsme de l’époque du Second Temple.

Conquête romaine et début de l’Empire romain (63 av. J.-C. à 135 ap. J.-C.)

Bayt Nattif est établi sur la route très fréquentée entre Éleuthéropolis (anciennement Beth Guvrin, plus tard Bayt Jibrin) et Jérusalem, environ à mi-chemin des deux villes.

La ville devient le chef-lieu d’une des neuf toparchies de la province de Judée (6–135 ap. J.-C.), dont le responsable (le toparque) dirigeait l’administration locale et collectait les impôts. Plusieurs sources classiques la nomment BetholetephaLes dix autres toparchies étaient : 1) Gophna, 2) Acrabatta, 3) Thamna, 4) Lydda, 5) Emmaus, 6) Pella, 7) Idumée, dont Bethletephon était une des principales villes, 8) Engaddi, 9) Hérodion, 10) Jéricho et 11) Jamnia et Joppa. Toutes relevaient de Jérusalem.Josephus, De Bello Judaico (The Jewish War), 3.3.5 (3.51). Cette région est appelée Idumée, habitée selon les récits traditionnels par les descendants d’Ésaü (Édom), convertis au judaïsme sous Jean Hyrcan IerFlavius Josèphe, De Bello Judaico (Guerre des Juifs), 2.20.3-4..

Pendant la première guerre judéo-romaine (66-73), qui débute la douzième année du règne de Néron, quand l’armée romaine de Cestius Gallus subit une grave défaite (5000 morts), le peuple des campagnes craint les représailles de l’armée romaine et se hâte de recruter un chef militaire et de fortifier les agglomérations. À cette époque, les chefs militaires étaient nommés pour toute l’Idumée, c’est-à-dire la région au sud et au sud-ouest de Jérusalem, dont les villes de Bethletephon, Betaris (Begabris), citing Reland qui cite lui-même Rufin d'Aquilée, qui se base sur sa traduction de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe (4.8.1.)., Kefar Tobah, et Marésha. Plus tard au cours de la révolte, au printemps 68, la ville est détruite par les légions de Vespasien et de Titus, comme mentionné par Flavius Josèphe.

Toujours d’après les écrits de Flavius Josèphe et les découvertes archéologiques, la ville et sa région sont majoritairement juives jusqu’à la révolte de Bar Kokhba en 132–135.

Une borne milliaire datée de 162 a été découverte à 3 ou 4 kilomètres au sud-est de Bayt Nattif ; elle indiquait la distance depuis Jérusalem et portait l’inscription latine et grecque suivante80–81 (§ 288) in: Mentionné également par Clermont-Ganneau dans Archaeological Researches in Palestine During the Years 1873–1874, vol. 1, Palestine Exploration Fund : Londres 1899, 470 (note 3).Ze'ev Safrai, Boundaries and Administration (גבולות ושלטון בארץ ישראל בתקופת המשנה והתלמוד), Ha-kibbiutz Ha-meuchad: Tel-Aviv 1980, 89 (hébreu). :

Imp(erator) Caesar M(arcus) Aurelius Antoninus Aug(ustus) pont(ifex) max(imus) trib(uniciae) potest(atis) XVI co(n)s(ul) III et Imp(erator) Caesar L(ucius) Aurelius Uerus trib(uniciae) potest(atis) II co(n)s(ul) II [diui Anton]ini fili diui Ha[driani nepotes] diui Traia[ni Par]thici [pronepotes] diui [Neru]ae abnepotes [ἀπὸ Κ]ολ(ωνίας) Αἰλ(ίας) μέχρι ὧδε μίλι(α) ΙΗ.

De la révolte de Bar Kokhba à l’Empire byzantin (de 135 au début du

Des découvertes archéologiques indiquent qu’après la révolte de Bar Kokhba, la ville est colonisée par des citoyens romains et des vétérans, dans le cadre de la romanisation de la région autour d’Aelia Capitolina (Jérusalem) jusqu’à Éleuthéropolis. La ville est toujours importante à cette époque.

Une construction rectangulaire avec un sol de mosaïque découverte en 1934 est interprétée comme les restes d’une église byzantine du cinquième ou du sixième siècle.

Un sol de mosaïque, appartenant probablement à une église byzantine, a été mis au jour à Bayt Nattif. Ce type de mosaïque est habituellement datés des ou siècles.

Période arabo-musulmane (7–11 siècles)