Maurice Feltin, né le à Delle (territoire de Belfort) et mort le dans le , est un ecclésiastique français fait cardinal en 1953.

Biographie Carrière ecclésiastique Fils de Charles Feltin et de son épouse Marie Haas, Maurice Feltin, après des études classiques chez les bénédictins de Mariastein réfugiés à Delle, puis chez les jésuites de Lyon, reçoit sa formation philosophique et théologique au séminaire de Saint-Sulpice de Paris et est ordonné prêtre le . Jusqu'en 1927, il exerce son ministère dans le diocèse de Besançon.

Âgé de 31 ans quand éclate la Première Guerre mondiale, il sert comme sergent à la section du groupe des brancardiers du Corps d'Armée. Il est « remis » caporal à sa demande le et transféré au régiment d'infanterie. Il est de nouveau nommé sergent le . Il est évacué pour maladie du au . Il est démobilisé en 1919 et reçoit de nombreuses décorations militaires. Il est décoré de la médaille militaire, de la croix de guerre 1914-1918 et de la Légion d'honneur.

En 1927, le pape Pie XI le nomme évêque de Troyes où il érige canoniquement les Dominicaines missionnaires des campagnes. Il est consacré le par l'archevêque de Besançon Henri Binet avec comme co-consécrateurs l'évêque titulaire de Paul Rémond et l'évêque d'Ajaccio Jean-Marcel Rodié. En 1932, il est nommé archevêque de Sens, en 1935 archevêque de Bordeaux où il incite l'électorat de son diocèse à voter pour les candidats du Front populaire mais se soumet au régime de Vichy.

Sous l'Occupation Archevêque de Bordeaux lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, il se rallie au maréchal Pétain. Il approuve ainsi la Charte du travail, à laquelle il recommande de participerJacques Prévotat, article Feltin (Maurice, ), dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 299.. Partisan d'un modèle social corporatiste, il invite ses séminaristes à partir pour le Service du travail obligatoire (STO). Cependant, il reste patriote et, sous l'influence du pasteur Marc Boegner, refuse l'antisémitisme. Il participe à la déclaration des évêques de France du qui condamne : cité par Michèle Cointet, article Chrétiens, dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 159..

À la Libération, il fait partie des prélats que le gouvernement souhaiterait voir écartés pour leur attitude jugée conciliante envers le régime de Vichy.

Après-guerre En 1949, il est nommé archevêque de Paris. À partir de cette date, son épiscopat est surtout marqué par son soutien à l'Action catholique et par sa préoccupation de l'apostolat en banlieue et dans les quartiers populaires.

En 1950, il accepte la présidence de Pax Christi, mouvement catholique international pour la paix et en devient le . Le , jour de Pâques, c'est lui qui officie en tant qu'archevêque de Paris lors de la messe pontificale à Notre-Dame interrompue par le faux dominicain Michel Mourre et quelques comparses venus de Saint-Germain-des-Prés dont Serge Berna, auteur du violent discours lu en chaire proclamant la mort de Dieu et passé à la postérité sous le nom de « Scandale de Notre-Dame »Combat du 10 avril 1950 et Ce soir du même jour.. Ce même Berna qu'il retrouve quelque temps après le dimanche , toujours entouré d'amis lettristes du Soulèvement de la Jeunesse, venus perturber la célébration de « l'hommage à sainte Thérèse » présidé par l'archevêque de Paris se déroulant à l'Œuvre des orphelins-apprentis d'AuteuilCombat du 20 juin 1950..

Pie XII le crée cardinal en 1953 avec le titre de cardinal-prêtre de Santa Maria della Pace. Il prend parti en faveur de Joseph Colomb lors de l'affaire du catéchisme Colomb.

En 1954 et en 1959, il prend la défense du mouvement des prêtres ouvriers, lancé dans les années 1940 par Jacques Loew, sous réserve d'un encadrement de l'Église locale mais s'oppose à un refus de la part du Saint-Siège, qui sera cependant levé en 1965 sous Paul VI. vignette|upright=0.8|Plaque dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris Le , il est présent à la bénédiction d'une plaque commémorative en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, par le nonce apostolique Angelo Roncalli, pour le souvenir du vœu de Willette, réalisé par Pierre Regnault le mercredi des Cendres 1926 avec l'Union des catholiques des beaux-arts.

En 1952, il obtient un sursis à l'abbé Jean Boulier, intellectuel catholique de gauche engagé, parmi les fondateurs du Mouvement de la paix, accusé de et réduit à l'état laïc. Boulier avait soutenu le quotidien de gauche Ouest-Matin, qui avait publié la lettre du soldat Alexandre Lepan, accusant les troupes françaises d'avoir commis un certain nombre d'atrocités lors de la guerre d'Indochine. Selon lui, son ancien chef de bataillon, Clauzon, commandant le 22e régiment d'infanterie coloniale, poussait ses hommes au meurtre et au pillage. Dix ans plus tard, Boulier sera définitivement privé du droit d'exercer ses fonctions de prêtre en 1962 en raison de son étude laudative sur l'hérésiarque Jan Hus.

Le , il introduit le procès en béatification d'Élisabeth de France, sœur du roi Louis XVI.

En , il rend facultatif le port de la soutane et autorise le port du clergymanLuc Perrin, Paris à l'heure de Vatican II, Editions de l'Atelier, 1997, p. 69.

En 1963, il refuse les obsèques religieuses à Édith Piaf puisqu'elle avait vécu en dehors de l'Église, .

Maurice Feltin s'oppose à la doctrine de la guerre révolutionnaire (DGR) forgée par l'armée française, considérant que la torture et l'assassinat d'opposants politiques vont à l'encontre de la religion catholiqueEn ceci, il se démarque de certaines tendances de l'Église et de l'Armée, qui vont avoir une influence puissante en Argentine (le cardinal Antonio Caggiano et son successeur Adolfo Servando Tortolo ), ce mélange entre la doctrine de la guerre révolutionnaire et le national-catholicisme devenant par la suite un des éléments moteurs de la « guerre sale » livrée par la dictature militaire argentine (1976-1983) à l'encontre de la population civile.

Succession apostolique Maurice Feltin a ordonné les évêques suivants : Évêque , O.S.F.S. (1928) Cardinal Joseph-Marie-Eugène Martin (1940) Cardinal Louis-Jean-Frédéric Guyot (1949) Archevêque Marc-Armand Lallier (1949) Évêque Henri Alexandre Chappoulie (1950) Archevêque René-Louis-Marie Stourm (1951) Évêque Pierre Brot (1952) Cardinal Jean-Marie Villot (1954) Archevêque Jean-Édouard-Lucien Rupp (1955) Évêque Pierre-Marie Lacointe (1955) Évêque Jacques Le Cordier (1956) Évêque , C.M. (1958) Évêque Henri-Louis-Marie Mazerat (1958) Évêque Charles-Marie-Jacques Guilhem (1959) Cardinal Pierre Marie Joseph Veuillot (1959) Évêque Jean-Marie-Clément Badré (1964)

Il prépare avec son coadjuteur, Pierre Veuillot, la fondation des nouveaux diocèses de Créteil, de Nanterre et de Saint-Denis, effective en 1966, peu avant sa démission.

Il meurt le Archives en ligne de Paris, arrondissement, année 1975, acte de décès , cote 7D 283, vue 24/31 au monastère des Annonciades de Thiais près de Paris et est enterré dans le caveau des archevêques de la cathédrale Notre-Dame de ParisFrédéric Le Moigne, 1944-1951 : Les deux corps de Notre-Dame de Paris, in Vingtième Siècle. Revue d'histoire no 78, éd. Presses de SciencesPo, 2003/2, article en ligne.

Distinctions ()

(4 citations)

Dans la fiction 2002 : Jean XXIII: le pape du peuple, film de Giorgio Capitani, joué par Jacques Sernas.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Xavier François-Leclanché, Les Gens de Villiers-sur-Tholon - Grande guerre et après-guerre - 1914-1939, Perform, 2018

Liens externes

Notice biographique du cardinal Feltin, l'Église catholique à Paris

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