vignette|Affiche de propagande du régime de Vichy : en médaillon, le portrait du maréchal Philippe Pétain sous la devise « Travail, Famille, Patrie » au-dessus d'une francisque et d'une scène représentant la France rurale et industrielle, 1942.
Travail, Famille, Patrie est la devise officielle de l'État français pendant la période dite du régime de Vichy. Cette devise figure notamment sur les pièces de monnaie de cette époque. Elle remplace la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité.
Origines Dès 1933, la devise « Travail, Famille, Patrie » avait été celle des Croix-de-Feu nationalistes puis, après dissolution, celle du Parti social français (PSF, droite) qui leur succèdent, fondés par le colonel de La RocqueAlbert Kéchichian, Les Croix-de-feu à l'âge des fascismes – Travail, Famille, Patrie, Éditions Champ Vallon, 2006, , 7-10 .. Selon l'historien Albert Kéchichian, la devise a « pour fonction de remplacer le citoyen par le patriote et la politique démocratique par la morale traditionaliste »Albert Kéchichian, Les Croix-de-feu à l'âge des fascismes – Travail, Famille, Patrie, Éditions Champ Vallon, 2006, p. 122.. Les trois termes se trouvaient déjà dans le slogan « Patrie, famille, travail » lancé en 1902 par le syndicaliste jaune Paul Lanoir au sein de la Fédération nationale des Jaunes de France, structure marginale et orientée à droiteMaurice Tournier,« Les mots fascistes, du populisme à la denazification », Mots, juin 1998, 55, p. 157-158..
Instauration La loi du accordait au gouvernement du maréchal Pétain les pleins pouvoirs pour rédiger une constitution devant être soumise à l’approbation de la nation et garantissant « les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie ». Cette Constitution ne fut jamais promulguée.
Dans la Revue des Deux Mondes du , le maréchal Pétain écrit cette interprétation de la devise de la République française :
On a souvent écrit que ces trois mots « Travail, Famille, Patrie » caractérisaient bien la « Révolution nationale » entreprise par le régime de Vichy : on y retrouve en tout cas la philosophie de Gustave Thibon et la conviction, très répandue à l'époque dans toutes les idéologies antidémocratiques, que « la famille, la cité, la patrie » seraient non des constructions culturelles et historiques (donc susceptibles d'être débattues et modifiées) mais des « groupes naturels » c'est-à-dire indiscutables.
Léon-Paul Fargue persifla cette devise en .
Travail vignette|Couverture d'une brochure du Parti social français du colonel de La Rocque (1937). Le régime de Vichy abolit de nombreux droits des travailleurs : le droit de grève est supprimé, de même que la loi des 40 heures votée en par le Front populaire. La politique de Vichy consiste donc avant tout à augmenter le temps de travail. Selon l'historien Marc-Olivier Baruch, « régime essentiellement porté par les forces de droite et d’extrême droite, Vichy connaissait mal et appréciait peu le monde ouvrier »Marc-Olivier Baruch, Le régime de Vichy, Paris, Tallandier, 2017, chapitre II, partie « Travail et famille »..
Le , Philippe Pétain instaure officiellement par la loi Belin le 1er mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale »La propagande festive de Vichy RD Cairn.info 2002. : par son refus à la fois du capitalisme et du socialisme, le régime pétainiste recherche une troisième voie fondée sur le corporatisme, débaptisant la « fête des travailleurs » qui faisait trop référence à la lutte des classesFranck Ferrand, « L'histoire du » sur europe1.fr, 2013.. Le , à l’initiative de René Belin, ancien dirigeant de l’aile anticommuniste de la CGT (Confédération générale du travail, dissoute par le régime de Vichy en ) devenu secrétaire d’État au travail dans le gouvernement de François Darlan, le jour devient férié, chômé et payé* QUID 2002 Loi du 12 avril 1941, modifiée par la loi du 26 avril 1941, instituant le jour férié, fête du travail et de la concorde sociale. Art. : le est jour férié. Art. 2 : ce jour sera chômé comme fête du travail et de la concorde sociale sans qu’il en résulte une réduction du salaire des travailleurs. Dans les cas où, en raison de la nature du travail, celui-ci ne pourrait être interrompu, le travailleur bénéficiera d’une indemnité compensatoire à la charge de l’employeur.. La radio ne manque pas de souligner que le coïncide aussi avec la fête du saint patron du maréchal, saint Philippe. L’églantine rouge, associée à la gauche, est remplacée par le muguet.
Le corporatisme du régime pétainiste est rejeté dès par les syndicalistes du Manifeste des douze (qui participent par la suite à la Résistance). La Charte du travail du 4 octobre 1941 est d'esprit antisyndicaliste.
Le gouvernement de Vichy instaure, en 1941, les prémisses d'un système de retraites par répartition (qui était jusqu'alors par capitalisation), l'« allocation des vieux travailleurs salariés »Jacques George, « Retraites : une histoire récente, une situation fragile », , cahiers-pedagogiques.com, consulté le .Jacques Trémintin, Lien social, 649, , critique du livre : La protection sociale sous le régime de Vichy (sous la direction de Philippe-Jean Hesse et Jean-Pierre Le Crom, éd. Presses universitaires de Rennes, 2001), lien-social.com, consulté le ..
En , le régime de Vichy instaure le Service du travail obligatoire (STO), travail forcé au service de l'Allemagne nazie. Des résistants détournent alors la devise en écrivant : « TRAVAIL forcé, loin de la FAMILLE, contre la PATRIE »Cité par Bories-Sawala, Helga Elisabeth. « La réquisition en France dans ses différentes phases : enjeu central de la collaboration d’État ». Dans la gueule du loup, Presses universitaires du Septentrion, 2010..
Famille Le régime inscrit la fête des mères au calendrier. Il étend les allocations familiales aux non-salariés et les augmente pour les familles nombreuses. Il promeut une politique nataliste et économe avec la femme au foyer. Les femmes sont incitées à quitter le monde du travail et à se consacrer à leur famille : par exemple, la loi du interdit le recrutement des femmes mariées dans l'administrationLoi du 11 octobre 1940, sur Légifrance.
Patrie Bien que le nationalisme de Pétain se veuille le continuateur du nationalisme victorieux de 1918 et garde un certain degré d'antigermanisme de type maurrassien, cela ne l’empêche pas de collaborer avec le régime nazi, en occultant soigneusement l'annexion de l'Alsace-Lorraine par le Reich (qui n'est mentionnée sur aucune carte et dans aucun livre de géographie). Pétain n'avait pas d’antécédents pro-allemands ou anti-britanniques avant la guerre : au début de la guerre, il réaffirme à plusieurs reprises se considérer comme l'allié et l'ami de la Grande-Bretagne. Mais dans l'allocution radiodiffusée du , il reproche à Winston Churchill son discours du faisant suite à la signature de l'armisticeAllocution radio du , , consulté le ., et à partir de ce moment, le régime développe une hostilité croissante envers les Alliés, notamment les Britanniques, qui se nourrit de la bataille de Mers el-Kébir et d'autres combats aux côtés de l'Axe (guerre de Syrie, guerre d'Afrique du Nord, guerre contre l'URSS, SS français).
En pratique, le régime de Vichy se met au service d'une dictature étrangère, l'Allemagne nazie.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Liberté, Égalité, Fraternité, devise de la République française.
Liens externes
Centre d’études Edmond Michelet, « Politique familiale de Vichy », sur centremichelet.org. Académie de Rennes, « Propagande de Vichy et de la Collaboration », sur ac-rennes.fr.
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