Cette époque, classique, de la sculpture grecque antique, environ de 480 à 320 avant l'ère commune, fait suite à la sculpture grecque archaïque, entre la fin du . Elle est suivie par une autre époque de création, celle de la sculpture hellénistique, environ de 320 à 31 avant l'ère commune.
Pour les anciens, la sculpture de la seconde moitié du « siècle de Périclès », le , a vu le succès récurrent à travers les siècles de deux sculpteurs, Polyclète et Phidias. Le premier mit au point un art équilibré et rationnel propre à sa génération en fondant sur un système de rapports mathématiques les proportions idéales du corps humain ; le second participa au renforcement du prestige d'Athènes, par la célébrité et l'influence du Parthénon et des monuments construits sur l'Acropole de 447 à 404. Un peu plus tard, Praxitèle, au , est le sculpteur grec dont les sources nous parlent le plus, plus encore que Phidias et Lysippe. Le fait qu'il ait été l'auteur du premier nu féminin en ronde bosse indépendante, autour duquel le regard pouvait se déplacer, a joué et joue encore un rôle incontestable. Ces sculpteurs sont les représentants majeurs de ce que l'on appelle le classicisme, entre 480 et 338 ou 325. Cette longue période a été découpée en plusieurs styles : le préclassicisme ou « style sévère » entre, 490-480 et 450, le premier classicisme, entre 450 et 400, et enfin le second classicisme, entre 400 et 338/325. ou 338. Au cours de cette période où le renouvellement est constant, ce découpage, sur des dates aussi précises, doit être considéré avec souplesse, , .
Mis à part quelques originaux dont le nombre n'augmente que lentement, nous devons nous appuyer sur des sculptures qui sont à peu près toutes des copies en marbre d’époque romaine. Ces copies, parfois très nombreuses tout en étant dérivées du même modèle ou de modèles proches, permettent de nous faire une idée de la sculpture grecque aux s. Il s'agit de celle qui était appréciée dans le monde grec, mais qui a été surtout retenue par le goût des Romains, avec toutes les variations de ce goût dans le temps jusqu'à l'Antiquité tardive, dès la fin du de notre ère, où le modèle grec classique s'estompe progressivement. Le goût des grandes collections d'art antique, surtout depuis la Renaissance, ont donné une nouvelle vie à ces formes héritées, survivantes jusque dans l'art contemporain.
Quelques repères en image
Généralités Périclès et Athènes
Au début des années 440, Périclès est assez sûr du côté de la Perse - les guerres médiques se sont achevées en 479 - aucun danger de ce côté là ni du côté des cités soumises à la Perse. Il entame alors une politique de grands travaux dans tout l'Attique, mais surtout sur l'acropole d'Athènes. Le trésor de la Ligue de Délos est transféré à l'Acropole en 454, il va servir en grande partie à financer ces travaux. Il s'agit alors d'assurer le plein emploi en temps de paix et de donner l'occasion au savoir-faire de l'Attique, jusque là absorbé dans les arsenaux et par la flotte, de se redéployer dans la construction et dans les arts. Cet investissement colossal permet de rassembler les sculpteurs les plus renommés, venus de tout le monde grec. Ils vont se mesurer à des défis considérables, rapidement, et apprendre, sur le chantier du Parthénon, à travailler en commun tout en se surpassant.
Les grands centres panhelléniques, Olympie et Delphes, reçoivent aussi les effets de ce qui se passe à Athènes.
Fonctions de la sculpture grecque classique Afin de créer une image simple et claire de la sculpture grecque dans sa diversité celle-ci a été répartie en plusieurs "catégories" : , cité par .. Mais il ne faudrait pas considérer cette présentation comme une liste de catégories étanches et fixes.
Pour préciser cette idée, l'étude du second monument à Harmodios et Aristogiton, placé sur l'Agora d'Athènes - deux héros qui étaient célébrés pour avoir mis à mort le tyran Hipparque en 514 - montre qu'il est impossible de lui assigner une fonction unique, votive, cultuelle, funéraire ou honorifique, car il aura assumé toutes ces fonctions selon le contexte. La figure d'Harmodios qui s'inspirait des représentations d'Apollon dans les gigantomachies, prouve qu'une image divine pouvait servir à composer une image humaine. De même la distinction que l'on fait traditionnellement entre « statue votive » et « statue cultuelle » est, aujourd'hui, critiquée : rien ne pouvait les distinguer au premier coup d'œil, elles pouvaient être désignées par le même "mot" grec, et la confusion est devenue encore plus grande à l'époque hellénistique et romaine. Certaines statues changèrent ainsi de fonction dans l'Antiquité. .
Pour le grand public dans l'époque contemporaine, les sculptures grecques classiques ce sont surtout les statues de beaux athlètes nus (ils concouraient nus), en marbre blanc. Là encore l'étude montre que ces statues étaient pour la plupart en bronze, de taille humaine. Les statues en marbre étaient peintes lorsqu'elles étaient plus ou moins à l'abri des intempéries, leurs copies, en marbre, ont été nettoyées à l'époque moderne. Les sculptures grecques classiques sont apparues vers 460, à la suite du groupe sculpté en 477 en hommage aux deux héros de la démocratie, Harmodios et Aristogiton - les Tyrannoctones - et elles étaient déjà nombreuses à la fin de cette même époque, fin . Chaque statue d'athlète nu célèbre la victoire aux Jeux Olympiques (antiques) d'un jeune homme, et la statue en fait un héros, un « fils d'Héraclès ». Ce type de statue se trouvait en général à Olympie mais aussi, souvent, dans la cité de naissance du héros, sur l'agora, et parfois dans de nombreuses autres cités. En effet un culte pouvait lui être rendu dans tout l'espace de la culture grecque. La pose classique est celle de l'athlète faisant une libation en offrande à une divinité, une phiale à la main, mais cet objet a presque toujours disparu. Une statuette, conservée au Louvre, en donne une bonne image. Mais il peut être en train de réaliser son exploit, ou au repos et parfois en train de mettre sur sa tête le bandeau de la victoire.
Correspondant à cette perfection atteinte par le héros, sportif ou autre, et plus encore dans la perfection de l'image que l'on offre au dieu, dans l'édifice qu'on lui dédie, la recherche de l'harmonie des proportions est partout présente : et ce système de proportions en vient à exprimer,
Une statuette, conservée au Louvre, en donne une bonne image. Mais il peut être en train de réaliser son exploit, ou au repos et parfois en train de mettre sur sa tête le bandeau de la victoire.
Ces statues, et toutes les statues des dieux et des héros, les sculptures et reliefs figurant les défunts, les portraits officiels ainsi que les figurines, toutes ces images participaient aux fêtes et rituels, stimulaient les discours sociaux produits au cours de ces pratiques. Elles étaient dans le monde de la vie des Grecs et non dans un domaine réservé à ce que nous appelons les « œuvres d'art », destiné à des « spectateurs », domaine qui n'existait pas, pour eux. Plusieurs lieux recevaient ces images : au centre de la cité, le sanctuaire principal et l'agora, les maisons (où l'on a trouvé des figurines) ; à la périphérie immédiate : des sanctuaires secondaires et des nécropoles ; puis des sanctuaires situés dans les espaces cultivés, mais aussi dans les friches et les bois de la cité ; enfin les sanctuaires des limites, dans les zones frontières.
Au début du les premières statues d'athlètes, qui sont donc placées dans l'espace public de l'agora, peuvent choquer et sont parfois l'objet d'outrages en raison de ce qui peut passer pour une manifestation dhubris, révélatrice d'ambitions tyranniques par les communautés qui les accueillent. En effet, jusqu'à la fin du , dans des cités qui comptent peu de monuments, les statues de mortels se trouvent uniquement dans les sanctuaires - à titre d'offande - ou dans les nécropoles - comme monuments funéraires.
Sculptures grecques classiques : les matériaux
Pour les Grecs, peinture et sculpture étaient autant estimées l'une que l'autre. La peinture a quasiment disparu, mais la céramique grecque, peinte - et bien présente dans les musées - évoque encore l'art de la peinture. Et pourtant seule la sculpture représente l'art grec aujourd'hui, pour la majorité des gens. Le marbre, mais aussi la pierre calcaire ont assez bien résisté au temps. D'autres matériaux utilisés dans l'Antiquité par les sculpteurs ont néanmoins disparu : la peinture qui recouvrait un grand nombre de sculptures, le bois, la terre-cuite mais surtout les sculptures réalisées en bronze fondu et les métaux travaillés par martelage, la toreutique. Des trouvailles exceptionnelles, en Méditerranée (les bronzes de Riace) et dans les tombes de Macédoine, en ont révélé les qualités particulières pour des œuvres tout à fait prestigieuses. La recherche de prestige a motivé cette création de sculptures qui étaient des défis devant les difficultés à relever. Les cités les plus riches montraient alors un grand nombre d'entre elles dans les espaces publics. Mais ce que l'on a du mal à imaginer c'est que la plupart étaient en bronze et régulièrement entretenues pour briller dans toute la splendeur du métal poli, éblouissantes.
À l'époque classique, le bois, mais seulement le plus dur - le cèdre, le cyprès, le lotus de Libye, le buis, l'olivier... - utilisé pour un art raffiné, était peint et parfois incrusté d'ivoire, de pierres dures, comme celles réalisées par Phidias à Olympie et au Parthénon, ou moins luxueuses mais toujours conservé dans les temples ou à l'abri. La pierre calcaire, peinte, plus disponible que le marbre était aussi plus facile à travailler ; des sites moins riches que les grandes cités en ont conservé des traces. Le marbre, plus résistant mais bien plus difficile à extraire et à travailler était déjà très présent à l'époque archaïque. À côté de l'excellent marbre de Paros, travaillé dès le , le Pentélique n'entre en exploitation qu'après 490 avec la construction du Pré-Parthénon. À l'époque classique, c'est en modelant la terre que le sculpteur élaborait d'abord le modèle d'une commande importante, à réaliser ensuite en bronze ou en marbre (y compris pour les reliefs). Actuellement, la modélisation numérique 3D permet de revenir à l'acte créateur, celui du modelage et de l'expérimentation de la meilleure place de telle figure, ou de la meilleure formule pour le thème commandé..
La grande sculpture en terre-cuite et les antéfixes ont quasiment disparu, mais de nombreuses terres cuites votivesSur ce vase apulien de la fin du et , on peut distinguer, accrochés à une fontaine monumentale, deux "masques" et, dessous, deux figurines en terre cuite (moulées et peintes?) d'un type courant ()., dont les célèbres « Tanagra » mais aussi des vases plastiques, de types très variés, ont été déposés dans les tombes et ainsi préservés.
L'amélioration de la technique de la fonte en creux, en bronze, après les guerres médiques, après 490, a permis ces statues plus grandes que nature qui convenaient aux offrandes destinées aux dieux et à la mémoire des héros ou des personnages au comportement exemplaire, dont les cités voulaient garder l'image permanente. Le prix d'une sculpture en bronze étant de beaucoup plus élevé que celui d'une sculpture en marbre. Les plus célèbres sculpteurs de l'époque classique au sont tous des bronziers. Le marbre a de nouveau la faveur des grands sculpteurs - ou de leurs commanditaires - au siècle suivant. Les statues honorifiques étaient, en général, aux frais de la cité. La statue d'Athéna Promachos - en bronze - de près de 10 mètres (étayée de l'intérieur par une armature), sur l'Acropole, fut aussi aux frais de la cité pour la commémoration de la victoire sur les Perses, et à l'initiative de Périclès dans un programme de constructions qui allait faire d'Athènes la plus puissante cité de Grèce.