Le fief de Cozoro, attesté dans la documentation médiévale sous les formes Cozoro, Cozur et Cosur, est une seigneurie relevant de l'Église d'Aquilée, située en Istrie orientale, dans le territoire d'Albona, aujourd'hui Labin en Croatie. Il est principalement connu par un acte du , par lequel le patriarche d'Aquilée Bertrand de Saint-Geniès en investit le Florentin Pietro Davanzo. L'acte qualifie le lieu d'ancien fief de l'Église d'Aquilée, formule qui suppose une dépendance patriarcale antérieure à la concession.

Le toponyme n'a pas été identifié sur le terrain : les répertoires toponymiques istriens l'enregistrent sans localisation ni équivalent croate.

Le toponyme et le problème de l'identification

La forme du nom varie selon les sources. La citation de l'acte de 1341 donnée par l'érudit istrien porte « villa di Cozoro (Cozur) in Istria », tandis que le régeste dressé par Pietro Kandler dans le Codice Diplomatico Istriano retient la seule forme Cozur et situe le bien dans l'Albonais.

Aucune localité actuelle ne porte ce nom. Le répertoire toponymique istrien le plus étendu consultable en ligne enregistre l'entrée Cozur sans coordonnées, sans équivalent croate et sans rattachement communal, en renvoyant pour seule attestation au Razvod istrianski.

Le seul élément de délimitation transmis est celui de l'acte d'investiture, qui étend les droits concédés « a flumine Arse usque ad aquas safeas », soit du fleuve Arsa jusqu'aux eaux salées. L'Albonais dans lequel Kandler place le fief est défini par la géographie historique comme l'espace compris entre la Raša (Arsa), la plaine de Čepić, le golfe de Plomin, le versant méridional de l'Učka et le golfe du Kvarner.

Les mentions antérieures et le Razvod istrianski

Cozur figure dans l'instrument de délimitation des frontières istriennes daté du 5 mai 1325, connu en croate sous le nom de Razvod istrianski. Ce texte énumère des confinations plus anciennes, dont deux concernent le fief : l'une, de 1150, entre Barbana, Santivanaz et Cozur ; l'autre, de 1170, entre Cozur et Albona. Le même document range Cozur, aux côtés de Cosliaco, Chersano et Sumberg, parmi les possessions du comte d'Istrie.

La portée de ces mentions dépend de l'authenticité de l'instrument. Dans l'étude qu'il lui consacre en 1885, Carlo De Franceschi conclut à son caractère apocryphe et y voit une fabrication tardive destinée à servir dans les litiges frontaliers opposant Venise aux princes autrichiens. Il en situe la rédaction entre 1400 et 1502, sous l'administration du capitaine de Pisino Giorgio Ellacher ou de son vice-capitaine Bartolomeo Raunoch. Il admet néanmoins que, si le rédacteur s'est appuyé sur d'authentiques actes de délimitation conservés aux archives du château de Pisino, le texte conserve une valeur historique.

L'investiture du 24 octobre 1341

Le 24 octobre 1341, indiction IX, le patriarche Bertrand de Saint-Geniès investit Pietro Davanzo, originaire de Florence, de la villa de Cozur. Kandler indique pour source les actes du notaire d'Udine Gubertino da Novate.

Le texte de l'acte, tel que le cite De Franceschi, définit le bien comme un lieu qui « fuit et est feudum antiquum Ecclesie Aquiljensis » et concède les droits « a flumine Arse usque ad aquas safeas ». La même année, le patriarche intervient de nouveau dans l'Albonais en confirmant le statut communal d'Albona.

La famille Davanzo di Cozur

Selon le Dizionario storico-blasonico delle famiglie nobili e notabili italiane de , les Davanzo sont une ancienne famille florentine, inscrite à l'art de la soie dès le premier tiers du , pourvue de onze priorats entre 1298 et 1342 et qui donne à la République un Gonfalonnier de justice en 1330. Le même répertoire rapporte que Pietro quitte Florence en 1342 pour échapper à la dureté du duc d'Athènes, se réfugie à la cour du patriarche d'Aquilée et y obtient l'investiture du fief de Cozur, dans la province d'Albona. La concession donne son nom à la branche istrienne du lignage, dite Davanzo di Cozur.

La date de 1342 retenue par la tradition héraldique ne coïncide pas avec celle de l'acte, fixée au 24 octobre 1341 tant par le régeste de Kandler que par la citation de De Franceschi.

Cozur dans les rivalités territoriales istriennes

De Franceschi fait de l'investiture de 1341 une pièce de sa démonstration contre l'authenticité du Razvod : le patriarche disposant encore librement de Cozur en 1341, le comte d'Istrie ne pouvait ni le posséder en 1275 ou en 1325, ni en faire donation à Filippo Macich de Cosliaco comme le prétend l'instrument. Il en conclut que, dans les années 1275-1325, le comte d'Istrie ne possédait ni Cosliaco, ni Chersano, ni Cozur.

Ce raisonnement s'inscrit dans le contexte d'une compétition prolongée entre le patriarcat, les comtes de Gorizia et d'Istrie et Venise pour le contrôle de la péninsule, marquée par des trêves brèves et des guerres répétées. Albona et son territoire relèvent des patriarches d'Aquilée à partir de 1208 et passent sous domination vénitienne en 1420.

État de la documentation

L'acte de 1341 est connu par le régeste qu'en donne le Codice Diplomatico Istriano et par la citation partielle qu'en fait De Franceschi en 1885. Les sources citées ne désignent le lieu que comme villa et comme feudum antiquum.

Les actes de la chancellerie des patriarches d'Aquilée ont fait l'objet d'une édition critique moderne, qui constitue l'instrument de référence pour l'examen de la concession.

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes Patriarcat d'Aquilée Bertrand de Saint-Geniès Istrie Labin

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