Marcel Amédée Eugène Delangle, né le dans le et mort le à Verdun (Meuse), est un architecte et ingénieur français, diplômé par le gouvernement. Il est principalement connu pour son rôle majeur dans la reconstruction de la Meuse après la Première Guerre mondiale et pour son œuvre architecturale Art déco.

Biographie

Formation et débuts Marcel Delangle naît le dans le 15e arrondissement de Paris. Il est le fils aîné d'Émile François Delangle (1863-1952), architecte, et de Victorine Duponnois. Formé à l'Institut Polytechnique de Grenoble, il obtient le titre d'ingénieur et devient également architecte diplômé par le gouvernement. Il occupe également le poste d'assistant à la Faculté des Sciences avant de se consacrer pleinement à l'architecture.

Le , il épouse Suzanne Louise Barrault à Paris, dans la mairie du 19e arrondissement.

L'agence familiale « Delangle & fils » (1919-1927) En 1919, Marcel rejoint son père Émile à Verdun pour participer à l'immense chantier de reconstruction de la région dévastée par la bataille de Verdun. L'agence « Delangle & fils » s'établit alors parmi les douze agences d'expertise et d'architecture reconnues par la société pour le relèvement du pays meusien.

Durant cette période de collaboration avec son père, Marcel se forme aux différents aspects de la reconstruction. En 1920, l'agence Delangle et Chenevrier est chargée de la reconstruction de Belleville. L'année suivante, après la définition de la Zone rouge, « E & M Delangle» devient l'architecte des coopératives de reconstruction de trois communes entièrement détruites : Bras-sur-Meuse, Champneuville et Vacherauville.

En 1923, Marcel participe, aux côtés de son père et de Paul Chenevrier (1848-1923), architecte à Verdun, à la reconstruction du théâtre municipal de Verdun, un édifice à l'italienne. Cette première expérience dans le domaine patrimonial marque le début d'une longue carrière consacrée à la restauration d'édifices historiques dans la Meuse.

En 1920, Émile et Marcel Delangle présentent un projet pour l'ossuaire de Douaumont, la plus grande nécropole de la bataille de Verdun. Leur proposition éclectique, caractérisée par un dôme central et des colonnades latérales, n'est pas retenue au profit du projet des architectes Léon Azéma, Max Edrei et Jacques Hardy, jugé plus moderne dans ses lignes.

Carrière indépendante (1927-1958) À partir de 1927, Marcel Delangle devient pleinement le seul architecte des productions « Delangle », marquant la fin de la collaboration avec son père. Cette période coïncide avec l'achèvement de la reconstruction et le début d'une nouvelle phase architecturale marquée par l'évolution stylistique vers l'Art déco.

À la mort de Paul Chenevrier en 1923, Marcel avait déjà repris ses charges d'architecte du département et des hospices de la Meuse, ainsi que celle d'architecte des Monuments historiques. En 1932, il est nommé architecte des hôpitaux de Verdun.

Contrairement à son père qui retourne probablement exercer à Paris, Marcel fait de Verdun sa terre d'adoption. Il s'installe au 9 rue Saint-Louis à Verdun, où il réside jusqu'à sa mort le , près de quarante ans après son arrivée dans la région. Vers 1930, il est très probablement l'architecte le plus en vue du territoire meusien.

Durant ces décennies, Marcel Delangle poursuit l'œuvre de reconstruction et se consacre à la restauration de nombreux édifices historiques dans la Meuse, développant un style personnel marqué par les Arts Décoratifs.

Œuvre architecturale

Reconstruction rurale et régionalisme lorrain (1919-1927) L'œuvre de Marcel Delangle, en collaboration avec son père puis de manière indépendante, s'inscrit dans le mouvement du régionalisme architectural qui domine la reconstruction française des années 1920. Face aux 344 communes meusiennes au moins partiellement détruites sur les près de 500 que compte le département, les architectes Delangle adoptent le « régionalisme lorrain » imposé par les directives nationales.

Leur architecture se caractérise par :

L'utilisation de matériaux locaux (calcaire de Lérouville, pierre d'Euville) Des baies droites ou cintrées avec appuis de fenêtre et linteaux en pierre de taille L'intégration de techniques modernes : poutrelles en acier, linteaux en béton, procédé Hennebique pour les dalles de béton armé Des toitures en tuiles mécaniques rouges à pente prononcée Le respect des principes hygiénistes : pièces d'au moins ou 25 m³, sols en plancher ou ciment granité (terrazzo), fenêtres dans toutes les pièces, plafonds hauts (2,80 à 3 m)

Cette architecture régionaliste, destinée principalement aux demeures paysannes et aux exploitations agricoles, intègre également des innovations remarquables pour l'époque, comme l'aménagement systématique des étages et l'anticipation des besoins futurs plutôt que la seule réponse aux nécessités immédiates.

Architecture bourgeoise et éclectisme (années 1920) Parallèlement à leur production régionaliste rurale, les Delangle développent pour une clientèle bourgeoise fortunée une architecture éclectique nettement distincte, héritière de la formation parisienne d'Émile aux Beaux-Arts.

Parmi leurs réalisations prestigieuses figurent :

La demeure de Georges Lecourtier, sénateur de la Meuse, à Bras-sur-Meuse : véritable hôtel particulier articulant deux maisons dans un plan d'une symétrie parfaite, intégrant en annexe un garage, élément rare pour l'époque. L'édifice se distingue par ses murs en pierre de taille, ses encadrements de baies richement sculptés, sa toiture à mansardes couvertes d'ardoises et de zinc, et ses décors de ferronnerie représentant des feuilles et pommes de pin.

La propriété de Madame Dubreuil à Verdun : ensemble apparaissant depuis la rue comme un petit château, articulant cinq logements et une loge de gardien. L'architecte y a également conçu un jardin à la française en escaliers. Les ornementations déclinent le thème des branches de pommier en sculpture et ferronnerie.

Ces demeures se caractérisent par un refus total du régionalisme, privilégiant la pierre de taille, les encadrements sculptés, les corniches ouvragées, et développant les mêmes niveaux de confort que les constructions rurales contemporaines.

Architecture urbaine à Verdun (années 1920-1930) À Verdun, les Delangle édifient plusieurs bâtiments commerciaux et hôteliers qui témoignent d'une évolution stylistique rapide au début des années 1920.

L'Hôtel Terminus, construit face à la gare de Verdun (probablement vers 1923), constitue l'une de leurs premières réalisations urbaines. L'édifice développe une écriture résolument « Beaux-Arts » avec un soubassement traité en bossages, des linteaux, balcons et consoles ornés de fleurs et mascarons. Les ferronneries des garde-corps représentent des bouquets de fleurs sauvages avec deux torches croisées au centre, symbolisme qui pourrait faire référence à la flamme du Soldat inconnu (d'origine verdunoise) placée sous l'Arc de Triomphe en 1920. Un bas-relief représentant deux cigognes dans un nid surmonte l'entrée, possiblement en référence au récent rattachement de l'Alsace-Moselle à la France.

Dans les rues Mazel et Saint-Pierre, les Delangle réalisent plusieurs immeubles qui témoignent d'une évolution stylistique : si les édifices des 48 et 26 rue Saint-Pierre, du 16 rue du Président-Poincaré et des 15-17 et 19 rue Mazel restent fidèles au style « Beaux-Arts », ceux du 62 et du 11 rue Mazel marquent une transition vers l'Art nouveau tardif, reconnaissable à l'abondance des courbes, des motifs floraux en bas-reliefs et aux arcs déprimés ou brisés-tronqués caractéristiques.

Édifices religieux : transition et évolution stylistique (1927-1933)

Églises paroissiales À partir de 1927, Marcel Delangle, désormais seul maître de son architecture, réalise plusieurs églises qui témoignent de son évolution stylistique du néo-roman vers l'Art déco.

L'église Saint-Maurice de Bras-sur-Meuse (1927) marque un tournant décisif. Deux projets sont conservés aux archives : l'un signé de 1925, attribuable au duo père-fils, présente une architecture typiquement néo-romane avec plan en croix latine, porche à colonnes et chapiteaux à feuillages, et une voûte en plâtre sur structure bois. Le contre-projet de 1927, œuvre personnelle de Marcel, simplifie considérablement l'édifice avec un plan basilical à vaisseau unique, supprime les lucarnes du clocher et surtout introduit une innovation technique majeure : une voûte et des fermes en béton armé pour la nef (la flèche et le chœur conservant la charpente bois). À l'intérieur, l'Art déco fait ses débuts avec des pilastres aux arêtes taillées et un mobilier liturgique aux lignes caractéristiques. Cette église devient le modèle de référence pour les suivantes.

L'église Saint-Martin de Vacherauville (1928) poursuit cette évolution. De dimensions légèrement réduites (21,85 m contre 27,20 m pour Bras), elle reprend un plan basilical similaire mais avec le clocher déporté à droite, créant une entrée particulière donnant directement dans la nef. Sa flèche plus pentue lui confère un élancement supérieur malgré sa taille moindre. L'édifice affirme pleinement son appartenance à l'Art déco avec dix baies identiques présentant un intrados en arc anguleux tronqué (forme en « demi-pastille Vichy »), caractéristique du mouvement. Les chapiteaux intérieurs adoptent des lignes Art déco très affirmées.

L'église Notre-Dame de l'Assomption de Champneuville (1929-1931) constitue un cas particulier. Édifiée après les deux précédentes, elle semble aller à l'encontre de l'évolution stylistique entreprise. Cette singularité s'explique par une composition étonnante : l'église résulte de l'assemblage d'une chapelle du XIXe siècle, initialement construite à Verdun pour le petit séminaire du « Puty » en 1836, transportée pierre par pierre et reconstruite à Champneuville, à laquelle Delangle accolle une nouvelle abside à cinq pans et un clocher-porche quasi pyramidal portant l'édifice à 26,50 m de hauteur. Cette contrainte de réutilisation pousse Delangle à employer des techniques anciennes (voûtes en briques maçonnées sur cintres, charpentes en bois) tout en développant un style qualifié de « médiéval » avec des dessins d'autel en pierre de Savonnière inspirés du néogothique. Les trois églises ont été décorées entre 1933 et 1934 par le peintre Lucien Lantier.

Les chapelles-abris du champ de bataille (1930-1933) Entre 1930 et 1934, Marcel Delangle conçoit trois des neuf chapelles commémoratives édifiées sur les emplacements des villages « morts pour la France ». Ces « chapelles-abris », financées par les indemnisations de guerre, permettent de contourner la loi de 1905 grâce à un usage sémantique du terme. Elles témoignent d'une recherche stylistique intense.

La chapelle-abri de Bezonvaux (1930-1932), inaugurée le , se veut une réplique miniature d'église de village. Son plan en croix latine présente un maniérisme affirmé avec un jeu de courbes et contre-courbes sur les façades et des contreforts intégrés servant de piédroits. La façade principale arbore un pignon creusé accueillant une croix en bas-relief, percé d'une ogive à trois voussures. L'abside circulaire développe six vitraux rectangulaires séparés par des colonnes cylindriques. Bien que d'apparence classique (pierre calcaire, tuile rouge, ardoises en écailles), la structure utilise massivement le béton (voûte et charpentes, sauf le clocher). La chapelle associe style néogothique (arcs brisés, voussures) et influence Art nouveau (ornementations des portails et consoles). Sa façade évoque deux mains jointes en prière. Les vitraux sont signés Jean-Jacques Gruber et les peintures murales attribuées à Tollard. Delangle dessine personnellement un portail en ferronneries orné de croix et de motifs Art nouveau.