L'expression « éducation à » est utilisée dans le champ de l’éducation pour désigner un ensemble de dispositifs et de thématiques transversales visant à former les élèves à des enjeux contemporains tels que la citoyenneté, la santé, l’environnement, les médias ou encore la sexualité.
Ces « éducations à » se distinguent des disciplines scolaires classiques par leur dimension interdisciplinaire, leur orientation vers l’action et la transformation des comportements, ainsi que par leur ancrage dans des questions de société.
Historique L’essor des « éducations à » s’inscrit dans une évolution des finalités de l’école, qui ne se limite plus à la seule transmission de savoirs disciplinaires mais intègre de plus en plus la formation du citoyen, la prévention des risques et la préparation à des enjeux globaux.
Apparues dans les années 1970, elles se diffusent durant les années 1990 et au début des années 2000 avec l’ambition de transformer l’école et les pratiques enseignantes et la volonté de prendre en charge des problématiques de société identifiées comme prioritaires par les pouvoirs publics.
On assiste ainsi en France à l’émergence de nombreuses « éducations à… » (développement durable, santé, citoyenneté, solidarité internationale, médias et information, patrimoine, paix, etc.), parfois aussi dénommées « éducations transversales » dans l’espace institutionnel francophone, ou encore « education for », dans l’espace anglophone.
L’expression « éducation à » est employée par les chercheurs en sciences de l'éducation tandis que l’Éducation nationale privilégie l'expression de « thématiques transversales ».
Dans le système éducatif français, une telle approche est notamment mise en œuvre dans le cadre de la réforme de l'enseignement au collège de 2015 avec l'introduction des « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI).
Caractéristiques communes Les « éducations à » présentent plusieurs caractéristiques récurrentes mises en évidence par la communes :
Elles sont thématiques (et non strictement disciplinaires) et relatives à des enjeux sociétaux : elles sont de ce fait généralement interdisciplinaires ; Elles accordent une place importante aux valeurs, comportements, attitudes, aux dépens des savoirs. Ces dispositifs privilégient fréquemment des démarches de projet, des pédagogies actives et des situations authentiques, afin de favoriser l’engagement des élèves et le transfert des apprentissages vers la vie quotidienne. Ils mobilisent des connaissances issues de plusieurs champs (sciences, sciences humaines et sociales, droit, etc.), mais visent explicitement le développement de compétences transversales (esprit critique, responsabilité, collaboration) et la modification de comportements individuels ou collectifs.
Exemples d’« éducations à » L'éducation à l'environnement et au développement durable L'éducation aux médias et à l'information (EMI) L'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) D’autres domaines, tels que l’« éducation à la sécurité routière » ou l’« éducation à l’orientation », sont parfois rattachés à cette famille de dispositifs en fonction des contextes nationaux et des textes réglementaires.
En Belgique, il existe depuis 2015 une « éducation à la philosophie et à la citoyenneté ».
Controverses et limites Le développement des « éducations à » suscite des débats sur leur légitimité, la définition de la place et du rôle de l’enseignant recruté sur une base disciplinaire académique ou encore la surcharge des missions de l’école et la dispersion des objectifs pédagogiques.
Certains y voient .
À l’inverse, d'autres soulignent le potentiel des « éducations à » pour aborder la complexité du monde contemporain et pour faire évoluer les pratiques pédagogiques vers davantage de coopération, de participation et d’autonomie des élèves. Elles seraient même .
D’autres analyses mettent en avant le risque de transformer l’école en instrument de gestion de problèmes sociaux, au détriment de la transmission de savoirs structurés et de la lutte contre les inégalités scolaires.
Pour le chercheur Joël Lebeaume,
Une remise en cause de la forme scolaire ? Pour certains, cette expression est porteuse d'une logique éducative différente, en rupture avec la forme scolaire traditionnelle, entendue comme une certaine organisation spatio-temporelle et une structuration particulière des savoirs.
Des tensions sont relevées entre la logique disciplinaire, qui structure encore largement les systèmes d’enseignement, et la logique transversale portée par ces thématiques. La promotion des « éducations à » naît de la critique du cloisonnement disciplinaire. En effet, les « éducations à » font à l’inverse de l’interdisciplinarité une condition indispensable pour accéder à la complexité du réel.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
« Les éducations à… : quelles recherches, quels questionnements ? » (numéro dirigé par Maria Pagoni et Nicole Tutiaux-Guillon), Spirale. Revue de recherches en éducation, n°50, 2012. « Les éducations à ... » (numéro dirigé par Michel Fabre, Hélène Hagège et Christian Reynaud), Éducation et socialisation, n°36, 2014. « Didactiques et éducations à » (numéro dirigé par Anne Glaudel et Sébastien Charbonnier), Recherches en didactiques, n°30, 2020. « Quelle évaluation pour les "éducations à" ?» (numéro dirigé par Nicole Caparros-Mencacci et Angela Barthes), Travail et Apprentissages, n°26, 2023.
Articles connexes
Éducation à l'environnement et au développement durable (EDD) Éducation artistique et culturelle en France (EAC) Éducation aux médias et à l'information (EMI) Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) Éducation à l'image
Lien externe
Rubrique « Thématiques », sur Éduscol, le site web officiel français d'information et d'accompagnement des professionnels de l'éducation.
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