Fausta Flavia Maxima (vers 289-326) est la fille de l'empereur Maximien Hercule et de sa femme Eutropia. Elle est mariée à l'empereur Constantin en 307. Elle lui donne trois fils, futurs empereurs, et trois filles. En 324, elle reçoit le titre suprême d'Augusta. En 326, après l'exécution de son beau-fils Crispus, elle meurt, enfermée dans des bains surchauffés. Aucun jugement, aucune justification officielle ne sont fournis, mais sa disparition est suivie de et engendre les réactions partisanes des auteurs antiques.
Eusèbe de Césarée et Sozomène, historiens chrétiens favorables à Constantin, taisent l'existence et la fin de Fausta, tandis que les auteurs de résumés historiques ne mentionnent que son exécution sur l'ordre de son mari, sans autre précision. L'arien Philostorge puis le païen Zosime font un récit des exécutions de Fausta et de Crispus qui semble inspiré par la tragédie de Phèdre, puis Zosime relie la culpabilisation de Constantin à sa conversion au christianisme. Les apologistes chrétiens démentent cette assertion sur la conversion de Constantin pour ne retenir que la responsabilité d'une Fausta séductrice, manipulatrice et adultère, thèse qui perdure, et inspire au quelques pièces de théâtre. Certains historiens modernes se rallient à cette version, d'autres spéculent sur les causes du décès ou les mobiles de l'exécution. Les circonstances de la fin de Fausta, documentées par des sources incomplètes ou partiales, restent à jamais incertaines.
Biographie Origine et mariage
vignette|alt=statue, tête d'homme barbu|Maximien Hercule, père de Fausta. Musée Saint-Raymond, Toulouse. Fausta est la fille du tétrarque Maximien Hercule et de sa femme Eutropia. Son père gouverne la partie occidentale de l'Empire romain avec le titre d'Auguste, en collaboration avec le César Constance Chlore. Fausta nait à RomeJulien, Premier panégyrique de Constance, 5. à une date inconnue, qu'Otto Seeck (1850-1921) situe dans une fourchette entre 293 et 298. Timothy Barnes propose une date plus précoce, 289 ou 290. Les données historiques connues montrent que Fausta n'a d'enfant que neuf ou dix ans après son mariage en 307, indice possible d'une immaturité sexuelle lors de cette union.
En , Maximien doit abdiquer et céder son titre d'Auguste à Constance Chlore. La mort soudaine de Constance Chlore en désorganise la tétrarchie mise en place. Constantin, fils de Constance, puis Maxence, fils de Maximien, mécontents d'être écartés de la succession, s'attribuent le titre de César. Maximien tente de revenir au pouvoir mais il est chassé de Rome par son fils. Réfugié en Gaule, il s'entend avec Constantin, et concrétise cette alliance en l'investissant du titre d'Auguste et lui donnant Fausta comme épouse. On ne sait si Fausta est alors la seconde épouse de Constantin, ou la seule, car Constantin a déjà un fils, Crispus, avec l'obscure Minervina. Les historiens sont divisés sur la nature de cette union, concubinage ou mariage légitime, et ignorent sa destinée.
Le mariage de Constantin et Fausta est célébré en 307 en Arles ou à Trèves, mais le jour précis n'est pas connu. Le est souvent avancé, mais Pierre Maraval objecte que Constantin n'est pas Auguste avant novembre, et place le mariage fin . L'événement est commémoré par l'émission d'une monnaie d'argent légendée (« Fausta, très noble femme ») et (« Vénus heureuse »). Cette union est le sujet du panégyrique prononcé à Trèves, par un auteur inconnu. Son poème décrit notamment un tableau exposé dans la salle de banquet du palais de Maximien à Aquilée, qui représente Fausta, petite fille () qui offre un lourd casque d'apparat à Constantin, encore tout jeune () mais qui va bientôt revêtir la toge virile (il aurait donc un peu moins de seize ou dix-sept ans). Le panégyriste désigne cette offrande comme un cadeau de fiançailles des deux enfants, mais selon le traducteur du panégyrique Édouard Galletier, ce n'est probablement qu'une interprétation rétrospective du poète. Jean-Rémy Palanque place ces éventuelles fiançailles en 293 à Milan, seul moment où Constance et Maximien sont réunis avant qu'ils ne gagnent leurs territoires respectifs. Contredisant Otto Seeck, il suppose que l'âge de Fausta lors de ces fiançailles se situe entre cinq et dix ans. À l'inverse, Jan Willem Drijvers estime que Fausta n'était pas née en 293, et Pierre Maraval considère comme très peu vraisemblables des fiançailles avec Constantin, qui n'est en 293 qu'un fils bâtard de ConstanceConstantin est né du concubinage de Constance et d'Hélène, une servante d'auberge..
Expansion territoriale et familiale vignette|alt=Tête en pierre d'homme barbu, nez cassé|Maxence, frère de Fausta. Musée du Louvre. vignette|alt=mosaïque, personnage masculin|Basilique patriarcale d'Aquilée, personnage identifié comme Crispus par Heinz Kähler. L'alliance entre Constantin et Maximien dure peu de temps, car Maximien intrigue pour reprendre son pouvoir impérial. En été 310, Constantin le contraint au suicide après avoir évité l'attentat qu'il préparaitEusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VIII, 13, 15.. Selon Lactance, proche de Constantin, Maximien aurait demandé la complicité de sa fille pour localiser la chambre de Constantin, éloigner ses gardes et le poignarder durant son sommeil. Fausta aurait informé de la machination son mari, qui la déjoue en faisant dormir et tuer un vieil eunuque à sa placeLactance, De la mort des persécuteurs de l'Église, 30.. La narration rocambolesque de Lactance parait peu crédible, et est peut-être une invention destinée à noircir Maximien.
Puis en 312, Constantin élimine devant Rome le frère de Fausta, Maxence et devient seul maître de la partie occidentale de l'Empire.
Selon la Chronique de Jérôme de Stridon, Fausta est durant cette période la mère de six enfants.Certains historiens indiquent cinq enfants, mais Pierre Maraval concilie tous les spécialistes en comptant cinq enfants dans son édition de 2011, et six dans celle de 2013.. Les trois garçons, qui deviendront empereurs, sont Constantin le jeune, né en 316, Constance, né en Arles en 317 et nommé comme son grand-père, et Constant, né en 320, date retenue par la plupart des historiens, ou 323 selon Otto Seeck. Les trois filles sont Constantina, mariée ultérieurement à son cousin Hannibalien puis à Gallus, Eutropia, nommée comme sa grand-mère maternelle, et Hélène, nommée comme sa grand-mère paternelle et mariée à un autre cousin, Julien.
Fausta vit dans les résidences impériales de la partie occidentale de l'Empire. Elle habite peut-être à Rome, selon la localisation du concile de 313 donnée par Optat de Milève (). Toutefois, cette maison pourrait plus vraisemblablement être celle d'une noble romaine Anicia Fausta.
Des peintures antiques découvertes en 1965-1968 dans l'extrémité de la nef de la cathédrale de Trèves, l'ancien palais impérial, montrent une série de portraits de la famille de Constantin, dont un est identifié comme celui de Fausta, tenant un miroir et portant une couronne de laurier. Sur la grande mosaïque de sol de la basilique sud d'Aquilée, autre résidence impériale, l'archéologue Heinz Kähler identifie une autre série de portraits de famille, Fausta entourée de quatre figures masculines, Crispus et ses trois fils.
En 317, les deux fils de Constantin reçoivent le titre de César, Crispus et Constantin le jeune, le premier enfant de Fausta, encore bébé. Ce titre les désigne comme les princes héritiers.
Fausta Augusta En 324, Constantin devient le seul Auguste, maître de tout l'Empire après avoir éliminé en Orient son beau-frère Licinius avec l'aide militaire de Crispus. Il décerne le titre d'Augusta à son épouse Fausta et à sa mère Hélène, titre qui apparaît sur les monnaies émises à leur effigie. Les historiens remarquent sur ces portraits de profil qu'Hélène porte toujours un diadème, tandis que Fausta n'en porte que rarement. Certains comme Andreas Alföldi en déduisent une différence de rang entre les deux femmes, Hélène ayant la préséance sur sa belle-fille Fausta. Pour Jan Willem Drijvers, ce n'est qu'une variante de coiffure, car le port féminin du diadème ne devient un symbole impérial que soixante ans plus tard.
La propagande impériale diffusée grâce aux émissions monétaires fait de Fausta, selon l'expression de Jean-Pierre Callu.. Ainsi, l'atelier monétaire de Trèves émet en 324 un médaillon d'or honorifique à l'effigie de Crispus, dont le revers montre Fausta entourée de Crispus et Constantin le jeune, avec la légende (« heureuse progéniture de Constantin Auguste »)Médaillon catalogué Cohen Crispus C73 et RIC VII, p. 203 n° 442..
De nombreuses monnaies émises à partir de 324 montrent aux revers Fausta debout ou assise, tête voilée, tenant contre sa poitrine deux enfants identifiés à ses fils Constantin et Constance. Toutefois, ces monnaies donnent à Fausta le titre d'Augusta, et lorsqu'elle obtient ce titre, Constantin et Constance ont huit et sept ans, donc ce n'est pas une représentation familiale réaliste, mais un symbole de fécondité dynastique. Les légendes de ces monnaies, (« Espérance de la République ») ou (« Sécurité de la République »), expriment l'avenir porté par la dynastie constantinienne. Curieusement, l'image donnée à Fausta ne correspond pas à l'iconographie habituelle, une femme tenant un rameau fleuri pour , ou nourrissant un serpent pour , mais ressemble à celle de , déesse fertile et nourricière romano-celtique, dont des statuettes ont été trouvées en Gaule et en Bretagne. Cette représentation de propagande accorde à Fausta un statut de déesse de la fertilité, peut-être de façon volontairement et subtilement ambigüe, l'association à la familière étant plus admissible que la Vénus du panthéon traditionnel romain.
Mort de Fausta vignette|alt=monnaie face et revers couronne entourant VOT/XX| émis pour la commémoration des vingt ans de règne de Constantin VOT XX. vignette|alt=relief avec deux aigles surmontés de cinq bustes|Camée incrusté sur la couverture de l'évangéliaire d'Ada du , représentant la famille impériale. De gauche à droite : Hélène, Constantin, Constantin le jeune, Fausta, Crispus. L'année 326 célèbre les vingt ans de pouvoir de Constantin. C'est aussi l'année où Fausta disparaît dans ce que Paul Petit nomme une , exécutée sur l'ordre de son époux Constantin, selon l'expression de Lucien Jerphagnon.. Sa fin est précédée par les exécutions de CrispusAmmien Marcellin, Histoire de Rome, XIV, 11, 20., fils aîné de Constantin issu d'une précédente union, et de Licinius le Jeune, neveu de Constantin. Là encore, la datation précise fait débat, les propositions du décès de Crispus allant de février à , Fausta étant mise à mort peu après selon Eutrope.
Aucune justification n'est fournie, mais la décision est officielle, car elle est suivie pour les trois victimes des rituels de : abattage de leurs statues publiques et martelage de leur nom figurant dans les inscriptions. Les inscriptions honorifiques devaient être nombreuses dans tout l'Empire après l'investiture de Fausta comme , il n'en subsiste qu'une, martelée, sur un socle de statue à SorrenteInscription ., dont le texte est reconstitué par Theodor Mommsen.
Une trace d'opposition est rapportée par Sidoine Apollinaire, qui cite ce distique sarcastique de Flavius Ablabius, consul en 331, placé secrètement aux portes du palais impérial : Mise en parallèle de Constantin et de Néron, aussi responsable de plusieurs meurtres familiaux..
Le silence officiel s'observe aussi dans les écrits. L'évêque Eusèbe de Césarée, biographe de Constantin et contemporain de ces événements, occulte l'existence de Crispus et de Fausta, ainsi que leur mort dans la dernière édition de son Histoire ecclésiastique comme dans sa Vie de Constantin. Il fait néanmoins allusion à dont il tait les suitesEusèbe de Césarée, Vie de Constantin, I, 47 lire en ligne..