Contexte Conflits armés Les conflits armés sont des luttes internationales entre deux États ou des luttes entre des groupes militaires internes qui s’opposent à l’État. L’Assemblée générale des Nations Unies et l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement reconnaissent les impacts des conflits armés non seulement sur la population citoyenne, mais aussi sur l’environnement. La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les écosystèmes (IPBES), un corps indépendant intergouvernemental qui réunit des scientifiques et des décideurs depuis 2012, a fait une prise de conscience sur les impacts négatifs des conflits armés dans leur premier rapport sous un point expliquant l’un des moteurs directs et indirects de changement en milieux naturels dans les derniers 50 ansScholes, Robert; Montanarella, Luca; Brainich, Anastasia; Barger, Nichole; ten Brink, Ben; Cantele, Matthew; Erasmus, Barend; Fisher, Judith; Gardner, Toby; Holland, Timothy G.; Kohler, Florent; Kotiaho, Janne S.; Von Maltitz, Graham; Nangendo, Grace; Pandit, Ram; Parrotta, John; Potts, Matthew D.; Prince, Steephen; Sankaran, Mahesh; Willemen, Louise (eds.). 2018. Summary for policymakers of the assessment report on land degradation and restoration of the Intergovernmental Science- Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES secretariat, Bonn, Germany. 44 pages. Le rapport indique que les conflits armés sont un moteur indirect qui entraine la perte de biodiversité par la destruction des écosystèmes à la suite des déplacements des personnes et des activités humaines. Le rapport explique également que les conflits armés sont présents dans des pays émergents avec une richesse en ressources naturelles et en biodiversité.
Enjeux de la biodiversité La perte de biodiversité est associée avec les changements d’usage de sols et d’espaces marins, le réchauffement climatique, la surexploitation, la pollution, les espèces envahissantes, etc. Cette liste est non-exhaustive et elle simplifie les moteurs de la dégradation de la biodiversité en les présentant comme des sujets sans liens entre eux. C’est en observant tous ces facteurs travaillant ensemble que les chercheurs peuvent faire le lien entre la perte de la biodiversité et les conflits armés. Entre 2010 et 2020, le nombre de conflits armés internes a doublé, ainsi que le nombre de réfugiés, ce qui entraine des stress imprévus sur les écosystèmes, des ensembles d’habitats qui abritent des êtres vivants, et particulièrement sur la biodiversité. C’est estimé que 80% des conflits armés se sont passés dans des régions avec une haute richesse d’espèces, des hotspots de la biodiversité. Une proportion importante de la biodiversité mondiale habite dans des pays en développement qui subissent des périodes d’instabilité dû à la corruption, la pauvreté, et les conflits autour des ressources naturelles. Cela qui rend l’engagement et le financement des organisations non-gouvernementales importants quand les acteurs locaux manquent de soutien institutionnel quant à la protection de la biodiversité.
Répercussions des guerres sur la biodiversité Historiquement, les guerres et les occupations de territoire ont eu des impacts divers sur la biodiversité locale. Les conflits armés perturbent la biodiversité par la destruction des habitats uniques, la destruction des milieux naturels, la chasse, la pollution, les perturbations dans les cycles de reproduction et de migration et l’introduction des espèces envahissantes. Les maladies zooniques impactent la biodiversité mammifère moins que la présence des conflits armés, mais c’est une pression incluse dans les rapports sur les menaces à la biodiversité. Ils ont aussi déterminé que l’intensité et l’étalement temporal du conflit armé influencent le niveau d’impact sur la biodiversité, ce qui concorde avec des études d’autres chercheurs qui ont observé que la durée du conflit n’est pas un bon indicateur du taux de perte de biodiversité. Dans une étude sur les conflits armés au Sahel en Afrique subsaharienne, les chercheurs ont observé que c’est la fréquence qui est proportionnelle à l’effondrement des populations locales pour des espèces de mégafaunes, par exemple les éléphants et les rhinocéros. Tous ces moteurs vont ensuite réduire les populations locales au point d’extinction.
Avant la guerre L’établissement des terrains d’entrainement, les champs de bataille et tout terrain dans des zones de conflit pousseront la faune hors de ses habitats là où elle risque d’être moins adaptée et deviendrait vulnérable. Par exemple, les bases militaires et les routes contribuent à la destruction des milieux naturels, à la fragmentation des habitats en petits morceaux ainsi qu’à la déforestation. Autour des terrains d’entrainement à Fort Riley, la biodiversité et la couverture folique ont baissé à cause de l’intensité des entrainements de soldats.
Pendant la guerre D’après des chercheurs ukrainiens, la plus importante corrélation observée avec la perte de la biodiversité dans la région de Kyiv est avec les variables suivantes : les actions militaires directes et la déforestation. Les mammifères sont spécialement impactés par la surexploitation humaine parce qu’ils servent d’alimentation et de marchandise lucrative, par exemple l’ivoire. Les bombardements augmentent les risques de feux forestiers et endommagent les infrastructures, ce qui entraine une augmentation de la pollution atmosphérique, des sols et des eaux, des moteurs indirects de la perte de la biodiversité. Certains chercheurs soulignent la montée de la chasse à viande de brousse et la culture de plantes sauvages par des soldats, des réfugiés et des citoyens pour se nourrir : un résultat direct de la dégradation des systèmes d’agriculture et d’élevage de bétail dans des régions peu protégées par les gardes forestiers. Pendant l’occupation japonaise de la Malaisie, les entreprises d’exploitation japonaises et les locaux sans logement ont dépeuplé les forêts pour récolter le bois. Les réfugiés de la guerre civile dans la région des Volcans de Virunga ont déboisé de la forêt dans le parc national de Virunga. Parfois, les combattants se cachaient dans les forêts, alors les locaux évitaient de déboiser ou chasser dans ces forêts pour ne pas être confondus pour des combattants, ce qui a réduit les impacts sur la biodiversité. C’était le cas pendant les conflits armés en Sierra Leone dans une réserve forestière entre les années 1997 et 2002.
Après la guerre La Deuxième Guerre mondiale a mis une grande pression sur les populations de harengs à cause des technologies développées pendant la guerre pour pêcher plus efficacement avec le plus haut rendement possible pour nourrir les soldats et les civils. L’échec était que ça a dépeuplé les populations au point d’épuisement, ce qui a conduit à une révision de la gestion des eaux afin de prévenir les épuisements de populations de poissons essentiels pour l’industrie de la pêche. Autrement, les oiseaux en régions de conflits qui subissent des pressions par la pollution et la conversion de leurs habitats en terrains agricoles et usines ont autant de mal à se rétablir que les oiseaux hors des zones de conflits. Certains chercheurs déclarent que les mines terrestres abandonnées par les groupes militaires auraient des risques non anticipés pour la biodiversité si elles se déchargeaient lors des migrations de la faune sauvage. Par exemple, de nombreux gorilles de l’Est sont morts en marchant sur des mines terrestres au Rwanda. Une meilleure gestion des dégâts laissés par les conflits armés pourrait améliorer le rétablissement des populations humaines et fauniques. Cependant, la responsabilité de la reconstruction retombe sur des gouvernements vulnérables, ce qui donne libre accès à l’exploitation environnementale des ressources pour tenter de reconstruire l’économie. Malheureusement, la protection de la biodiversité est perdue de vue quand il s’agit de préparer pour un conflit armé, par exemple une guerre, parce que les fonds du gouvernement sont redirigés vers le budget de défense.
Solutions et propositions Toutefois, certaines alliances comme le traité de la sécurité des eaux entre le Pakistan et l’Inde et les « parcs de paix » visent à prévenir le plus d’insécurité écologique causée par les conflits armés. Quant aux infrastructures militaires, certains anciens sites d’entrainement ont été transformés en aires protégées, des terrains dont l’objectif est la conservation et l’empêchement de la surexploitation des ressources naturelles, y compris par la chasse illégale. De plus, les technologies militaires de surveillance sont réadaptées pour la recherche en conservation pour la surveillance des terrains et la protection de la biodiversité. Les zones de conflit peuvent créer des espaces sécuritaires pour la faune sauvage sans que ce soit l’intention initiale. Des exemples pertinents de ces sanctuaires écologiques sont la zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, la frontière entre le bloc soviétique et le reste de l’Europe occidentale, et les bases militaires aux États-Unis et en Europe. En revanche, ce point reste difficile à prouver parce que plus souvent les zones de conflits armés sont les plus dégradées par l’activité militaire.
Gestion de la biodiversité et conflits armés Cooccurrence des guerres et des hotspots de la biodiversité Les hotspots de la biodiversité sont des habitats uniques qui abritent des espèces endémiques, c’est-à-dire des espèces qui ont évolué pour vivre seulement dans des écosystèmes avec des conditions particulières. En conséquence, les espèces endémiques ont le plus de difficulté à s’adapter à un nouvel habitat si elles devaient s’échapper des stress locaux. Alors que les conflits armés sont souvent dans ces zones de haute biodiversité, la conservation durant la guerre est compliquée et les priorités dans les décisions politiques d’après-guerre ne l’incluent pas. D’après une étude sur la présence des conflits armés sur le continent africain dans des aires terrestres protégées, des zones qui sont créées par les gouvernements régionaux pour la protection de la biodiversité et de l’environnement, il y a beaucoup de chevauchement entre les deux.
Entre 1946 et 2010, environ 71% des aires protégées étaient impactées par les conflits et, tel que mentionné plus tôt, l’indicateur de perte de biodiversité était la fréquence des conflits. De plus, les écosystèmes impactés par des conflits armés ont quatre fois le taux de déforestation comparés aux écosystèmes dans des cycles de paix. Cette tendance est analogue pour les espèces à statut vulnérable : une plus importante proportion d’espèces vulnérables va éprouver des déclins de populations quand elles sont dans des régions déstabilisées par les conflits armés comparée à la proportion d’espèces vulnérables dans des régions stables. Néanmoins, il faut comprendre que la cooccurrence des conflits armés et ces stress ne signifient pas une causation certaine, et que les données qualitatives de l’UICN sont sujet au biais, alors la recherche empirique et la surveillance de terrains sont essentiels pour assurer une meilleure confiance.
Vulnérabilité écologique et conflits armés