Visoko (en cyrillique : ) est une ville et une municipalité de Bosnie-Herzégovine située dans le canton de Zenica-Doboj et dans la fédération de Bosnie-et-Herzégovine. Selon les premiers résultats du recensement bosnien de 2013, la ville intra muros compte habitants et la municipalité ..

Visoko est une ville du centre de la Bosnie-Herzégovine, riche de culture et d'histoire. Elle est située à mi-chemin sur la route reliant Zenica et Sarajevo. Visoko est traversée par la rivière Bosna, à la confluence avec la rivière Fojnička ().

Géographie La municipalité couvrant regroupe plusieurs vallées aux caractéristiques morphologiques différentes, et inclut une partie des contreforts du massif central bosnien dont les monts Ozren, Vranica et Zvijezda. Les altitudes s'étendent de 400 à .

L'environnement naturel de Visoko est composé des bassins de la rivière Bosna et de la Fojnička rijeka, un affluent gauche de la Bosna.

vignette|centre|La rivière Bosna

Les villes limitrophes de la municipalité sont Kiseljak, Busovača, Kakanj, Vareš, Breza, Ilijaš et Ilidža, et elle est relièe par voie ferrée à la côte Adriatique. Elle est également située sur l'artère routière menant vers Sarajevo–Zenica au nord.

Climat

Histoire La région de Visoko a été le cœur de la Bosnie au Moyen Âge. Après l'annexion de la Bosnie par l'Autriche-Hongrie, Visoko conserve son style oriental en vogue pendant le règne ottoman. Au sein de la première Yougoslavie, Visoko se développe peu, et est donc fort peu abîmée par la Seconde Guerre mondiale. L'expansion de la ville s'amorce seulement avec la Yougoslavie communiste. La guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) ne l'épargne pas, mais elle reste sous le contrôle de l'armée bosniaque pendant les quatre ans de guerre. Aujourd'hui, Visoko est une ville riche d'histoire et de culture, mais son économie a beaucoup perdu de ses capacités d'avant-guerre.

Période préhistorique Il existe des témoignages d'une longue période d'occupation ininterrompue, dont les premières traces remontent à 4000 av. J.-C. Du fait de la présence des deux rivières Bosna et Fojnička, l'emplacement de la ville a toujours été habité. Des sites néolithiques ont été découverts sur les rives des rivières en des lieux appelés aujourd'hui Arnautovići, Donje Mođtre, Okolište, Zbilje, Ginje, et Dvor. Les fouilles ont permis de découvrir des outils et autres objets datant de cette période.

La région occupe une position centrale en Bosnie entre la côte adriatique et le cœur des Balkans. Les cours de la Neretva et de la Bosna furent des artères d'échanges commerciaux entre les métropoles qu'elles reliaient. Depuis 2002, des fouilles et prospections géophysiques sont menées dans le grand site des collines Okolište. Les premiers résultats permirent de découvrir cinq hameaux avec des maisons alignées et connectées. Les excavations entreprises et les analyses effectuées confirmèrent leur origine néolithique tardif.

Illyrie et Empire romain La région de Visoko a aussi été habitée par les tribus illyriennes. L'Empire romain l'occupe à partir de 9 ap. J.-C., et y construit des routes et forteresses comme celles de Kralupi, Seoča et Mokronozi.

Bosnie médiévale (958-1463) right|thumb|Charte de Stefan Tvrtko Ier de Bosnie

Visoko tire son nom du château et de la ville de Visoki qui se tenaient sur la colline Visočica. Avec Podvisoki, Mile (appelée aujourd'hui Arnautovići), Biskupići et Moštre, elles formaient l'ensemble appelé alors la Vallée de Visoki. Visoki et son château étaient le centre du puissant royaume de Bosnie. Plusieurs chartes historiques en sont originaires, dont notamment in castro nostro Vizoka vocatum, la charte du premier roi bosnien Stefan Tvrtko Ier de Bosnie, de 1355, par ailleurs descendant de la puissante lignée serbe des Nemanjići de Rascie du côté de sa grand-mère paternelle.

L'assemblée du Velikog rusaga bosanskog (Grand Rusag Bosnien) se tenait à Mile, où Tvrtko I fut couronné en 1377 et plus tard enterré aux côtés de son oncle et prédécesseur, le Ban de Bosnie Stjepan II Kotromanić.

Les Archives de l'État Médiéval Bosnien étaient également situées ici. Mile est aujourd'hui fameuse pour ses nombreuses tombes ornementées de rois, bans et autres anciens dirigeants. En 1340, Mile était le centre de la province paroissiale de Saint Kuzma et Damjan (mentionnée pour la première fois en 1244), et les restes de l'église sont encore visibles sur le site. La Plaque de Ban Kulin (datant de 1193) fut découverte à Biskupići, avec les restes d'une autre ancienne église médiévale, d'un cimetière et de fondations d'autres édifices médiévaux. L'université de Moštre, fondée en 1175, fut l'une des premières d'Europe, et était connue pour son enseignement en médecine, théologie, cosmogonie et éthique, bien que du fait de son rattachement avec l'Église bosnienne, rien n'a subsisté de ses archives et son existence n'est attestée que par quelques documents des Archives du Vatican, son ennemi catholique.

Les autres lieux médiévaux remarquables sont les villes de Sebinje, Čajan en Gračanica — qui protégeait les routes entre Visoko et Bobovac — et la ville de Bedem i Goduša.

Période ottomane (1463-1878) thumb|right|Peinture de Visoko et de sa mosquée sous le règne Ottoman La région de Visoko fut conquise par l'Empire ottoman vers 1463, et le nom a pris cette forme depuis. Le fondateur de la cité de Visoko (Visoki et Podvisoki ne s'étant pas plus développées) était le pacha Ajas-beg qui en était originaire et était bogomile, mais se convertit à l'Islam. En 1483, Visoko était une municipalité (nahija) gouvernée par un voïvode. Il y avait un imam principal qui en plus de son ministère religieux, remplissait des fonctions sociales. La justice était rendue suivant le code de la charia par un naib assisté d'un jury composé de citoyens honorables de Visoko.

Jusqu'en 1477, Ajas-Beg fit construire hammams, mektebs (écoles primaires religieuses), aqueduc, pont sur la rivière Bosna et madrassa (université théologique), il fit aussi ériger un tekke derviche (monastère) encore préservé aujourd'hui. Dans cette courte période, Visoko s'est développée en centre administratif de la municipalité, foyer de commerce et d'artisanat et aussi de culture et de spiritualité. L'aspect de Visoko s'est alors imprégné d'un style islamique oriental.

Période Austro-Hongroise (1878-1918) thumb|right|Exemple de bâtiment en style néo-mauresque construit pendant la période Austro-Hongroise Malgré la résistance d'une milice locale, la Bosnie fut officiellement annexée par l'Autriche-Hongrie en 1878. Au début de ce règne, Visoko ne changea pas beaucoup et garda son aspect architectural. En 1882, les archives font état d'une colonisation organisée avec le développement du commerce, de l'administration et d'autres institutions. L'immersion dans la culture occidentale modifia l'aspect de Visoko par des constructions de style pseudo-maure. La ville s'étendit jusqu'aux rives de la Fojnička au-delà du pont sur la Bosna de telle sorte que la mosquée Tabhana se retrouva dans l'agglomération de Visoko.

Les édifications de cette période comprennent la gare (1882), le palais de justice (1895), une église franciscaine et son gymnase (1899 - 1900), la mairie et une école primaire (1910). Toutes furent bâties dans le style pseudo-maure. Les développements suivants furent réfrénés par jangija, le grand incendie de 1911 qui détruisit complètement la ville haute ainsi que les habitations de l'axe principal, la mosquée Shadrvan et un lycée. En tout, 450 bâtiments furent brûlés. La reconstruction de la ville commença au printemps 1912 et le gouvernement imposa que les constructions fussent en briques toiturées de tuiles dans le style bosniaque traditionnel. Il en résulta un mélange unique de styles oriental et occidental. Certaines maisons de cette époque subsistent dans les vieux quartiers.

Royaume de Yougoslavie, NDH et Seconde Guerre mondiale (1918-1945)

Après la Première Guerre mondiale et la défaite de l'Autriche-Hongrie en 1918, Visoko intégra le jeune royaume de Yougoslavie. Dans cet état, la ville n'évolua ni en taille ni en aspect. Quand la Seconde Guerre mondiale éclata, Visoko fut absorbée dans le nouvel État indépendant de Croatie (NDH) soutenu par le Troisième Reich. Les bombardements alliés harcelant les forces allemandes et la NDH atteignirent Visoko où neuf bombes détruisirent des cibles stratégiques. Durant la guerre, la ville n'étant pas sur le front n'en souffrit pas directement. Cependant, 142 des soldats que comptait la région furent tués. Visoko fut libérée le par les , et de Krajina, Dixième division des Partisans yougoslaves.

République fédérative socialiste de Yougoslavie (1945-1992) thumb|right|Lotissement moderne Naselje Luke construit à la fin des années 1980 et au début des années 1990

Après la Seconde Guerre mondiale, Visoko, comme d'autres villes bosniennes, commença son industrialisation et une nouvelle phase d'expansion. À partir de 1950, la ville s'étend sur les plaines bordant la Bosna et la Fojnička anciennement dévolues à l'agriculture vivrière. La ville était réputée depuis longtemps pour son industrie du cuir de qualité (plus que de quantité), et ce nouvel essor industriel amena la plus grande manufacture de cuir de Yougoslavie KTK à installer sa maison mère à Visoko. En plus de cette industrie, Visoko se distinguait aussi par celles du textile, la métallurgie, son agriculture et ses activités commerciales, faisant de la ville une des plus exportatrices de l'ancienne Yougoslavie (en 1991, Visoko réalisait pour 92,5 millions de dollars d'exportations dont 80 par KTK). Pour sa réussite économique, Tito vint à Visoko pour visiter toutes les usines, ce qui marqua l'esprit des habitants.

Durant cette période, la ville développa ses institutions essentielles telles que postes, commissariats, casernes de pompiers, services de santé, hôtels, supermarchés, stades et foyers. La culture s'épanouit avec un théâtre, des cinémas et des bibliothèques. L'éducation fut aussi améliorée par la construction de trois nouvelles écoles : la primaire Safvet-beg Bašagić, deux collèges avec gymnase et le lycée mixte Hazim Šabanović. La fin des années 1980 et le début des années 1990 vécurent une urbanisation intense et la construction de lotissements tels que Luke qui constitue la zone la plus densément peuplée de Visoko.

En 1953, le club de handball de Visoko, RK Bosna (anciennement Vitex), fut fondé et gagna le premier championnat yougoslave. Un club de football nommé Bosna fut créé la même année par la fusion des clubs Jadran (datant de 1923) et Radnički (de 1934). L'aéroclub Izet Kurtalić eut aussi un certain succès avec plusieurs victoires dans des compétitions yougoslaves.

Visoko dans la guerre de Bosnie (1992-1995) thumb|Vue extérieure de Visoko, avec les lotissements modernes et les collines environnantes dont Visočica à gauche Le , l'état d'urgence fut proclamé à cause de rumeurs propagées par le parti SDA insinuant d'une façon ou d'une autre que les Serbes de Bosnie au sein de la ville et des alentours de cette dernière étaient des « occupants et agresseurs » de l'État indépendant de la BIH. Les habitants s'armèrent donc eux-mêmes ou par l'intermédiaire du parti bosniaque SDA. La réaction rapide de la population évita la prise de la ville grâce à la capture de deux casernes de la JNA le . La défense territoriale (TO) composé essentiellement de l'ethnie musulmane, purent ainsi saisir leur arsenal et renverser le cours du conflit dans la région de Visoko. Le village voisin de Zimča était le pivot de l'encerclement de la ville par les serbes du SDS ; le , une offensive de l'ensemble des unités partisanes permit sa libération, capturant ou tuant les « assiégeants » serbes. Les armes capturées permirent d'apporter un soutien d'artillerie aux troupes bosniaques de Sarajevo, ce dont Sefer Halilović félicita Visoko le .