L'industrie minière en Mongolie constitue un secteur central de l'économie du pays depuis la transition vers l'économie de marché au début des années 1990. En 2024, elle représente environ 30 % du PIB mongol et 94 % de ses exportations, faisant de la Mongolie l'une des économies les plus dépendantes de l'extraction minière au monde.
Les activités d'extraction et de métallurgie remontent au millénaire av. J.-C., les sociétés nomades développant des savoir-faire dans le travail de l'or, de l'argent, du cuivre, du bronze et du fer. Sous la dynastie Qing, l'exploitation minière est strictement encadrée pour préserver l'équilibre territorial et spirituel, avant qu'un tournant industriel ne s'amorce au début du avec la création de la compagnie . Durant la période communiste de 1924 à 1992, le secteur se structure autour de grandes entreprises d'État et de coentreprises avec l'Union soviétique, notamment la Erdenet Mining Company pour l'exploitation du cuivre et du molybdène.
La libéralisation économique des années 1990 transforme le secteur : une législation favorable aux investissements étrangers est adoptée en 1997, entraînant une forte croissance de la production aurifère et l'arrivée de capitaux internationaux. Cette ouverture suscite toutefois des tensions, conduisant dans les années 2000 à l'émergence d'un nationalisme économique qui se traduit par l'introduction de la notion de « gisements stratégiques » et un renforcement de la participation de l'État. Le pays possède d'importantes réserves de charbon, de cuivre, d'or, d'uranium, de terres rares et de fluorite, exploitées par des entreprises publiques comme Erdenes Tavan Tolgoi ainsi que par des opérateurs étrangers.
Le développement minier contemporain s'organise autour de mégaprojets comme Oyu Tolgoï (cuivre et or), Tavan Tolgoi (charbon) et Erdenet (cuivre), coexistant avec un dont les « », estimés à près de personnes. Cette expansion soulève d'importants défis environnementaux, notamment la dégradation des ressources en eau, la déforestation et les conflits d'usage avec le pastoralisme traditionnel, ainsi que des enjeux de gouvernance liés à la corruption et à la dépendance économique vis-à-vis de la Chine, principal débouché des exportations mongoles.
Histoire Époque ancienne vignette|Casque en bronze datant de l'âge du bronze (musée national de Mongolie). (Note : Malgré un intérêt international croissant pour l'archéologie mongole, les études archéométallurgiques restent sous-représentées dans la littérature occidentale. Si la recherche sur la production du fer a fait des progrès significatifs, l'étude de la production du bronze est en retard, l'approche actuelle privilégiant le concept de chaîne opératoire. De plus, la compréhension de la démographie et des structures sociales de l'âge du bronze est limitée par la prédominance des fouilles funéraires, soulignant la nécessité de recherches supplémentaires axées sur l'artisanat et les aspects économiques de la production.)
Des sources historiques et archéologiques attestent de pratiques d'extraction métallique et de métallurgie en Mongolie remontant au millénaire av. J.-C.. Des traces d'exploitation antique ont été retrouvées sur des gisements d'importance mondiale identifiés plus récemment, tels qu'Erdenetiin Ovoo (identifié en 1964) et Oyu Tolgoï (identifié dans les années 1990). La métallurgie constituait un secteur technologique et économique important pour les sociétés nomades, mobilisant l'or, l'argent, le cuivre, le bronze et le fer pour la production d'artefacts variés (armes, outils, objets cérémoniels, bijoux et équipements équestres). Ces objets donnent un aperçu des réseaux d'échanges étendus reliant la Mongolie aux régions voisines.
vignette|gauche|Ornemenents en or datant de la culture de Pazyryk (musée national de Mongolie). Les recherches archéologiques sur le terrain ont mis au jour d'anciens vestiges, incluant des carrières, des fourneaux de fusion, des poches de coulée, des moules, et des marteaux en pierre, témoignant d'un ensemble d'outils diversifiés. L'étendue des activités préhistoriques est illustrée par l'identification de trente-quatre sites d'extraction du cuivre répartis dans seize localités. L'analyse des objets à base de cuivre a permis d'établir une chronologie affinée des pratiques, s'étendant de l'Énéolithique (culture d'Afanasievo) jusqu'aux périodes Xiongnu. Cette chronologie englobe l'âge du bronze ancien (), l'âge du bronze moyen (), et la transition vers l'âge du fer (cultures , et de Pazyryk).
Les fouilles menées à Baga Gazriin Chuluu attestent de l'existence d'une métallurgie du cuivre entièrement locale, maîtrisant l'intégralité de la chaîne opératoire, de la réduction du minerai à la fabrication des objets. L'analyse micrographique des scories confirme la nature des procédés de réduction employés sur place. Durant la période pré-Xiongnu, l'artisanat local se caractérisait par l'usage exclusif du bronze à l'arsenic, ce qui est une adaptation pragmatique à une contrainte géologique majeure : l'absence de gisements d'étain exploités localement. Bien que technologiquement autonome, des différences chimiques entre les résidus locaux et ceux des provinces voisines suggèrent une gestion complexe de l'approvisionnement en matières premières à l'échelle régionale. L'avènement de la période Xiongnu marque une évolution technologique majeure qui se caractérise par l'adoption en masse d'alliages riches en étain et en plomb. Ce changement n'est pas le résultat de nouvelles découvertes minières locales, mais témoigne de l'intensification des échanges politiques et commerciaux, introduisant des matériaux et des savoir-faire extérieurs.
Sous les Qing vignette|Le mode de vie nomade des Mongols et leur croyances attachées aux esprits de la terre ont été pendant des siècles un obstacle au développement de mines dans les steppes. L'exploitation minière en Mongolie sous la dynastie Qing se caractérise par une tension constante entre l'intérêt économique suscité par les gisements aurifères et la volonté impériale de préserver le territoire comme zone tampon stratégique. Dès le milieu du , une structure appelée altan-u qaraγul (« patrouille de l'or ») est mise en place par des nobles des bannières Zasagt khan et afin de protéger les ressources naturelles contre la contrebande pratiquée par des migrants chinois et russes. Cette action s'inscrit dans une vision plus large de l'administration Qing, qui considère le sol mongol comme un espace à la fois stratégique et profitable, désigné comme li yuan (« source de profit »).
Les enjeux de l'extraction aurifère émergent plus nettement au , dans un contexte international marqué par la diffusion de la « fièvre de l'or » à partir de 1848. La perspective de découvertes dans l'Asie intérieure attire voyageurs et aventuriers, même si les récits de l'époque décrivent une interdiction stricte du travail minier dans les territoires mongols. Certaines traditions locales, comme l'histoire du « royaume d'Ouniot », relatent des épisodes où la découverte d'or provoque des troubles majeurs, suivis d'interventions militaires se soldant par la mort des mineurs. Ces récits ont été interprétés par plusieurs chercheurs comme reflétant le rejet de l'extraction minière parmi les populations locales, qui y voient une ingérence étrangère et une menace pour l'équilibre spirituel du pays. Le sol est perçu comme une entité animée, et l'idée de retirer l'or est associée à la perte de la « chance de la terre » et au risque de déclencher une « malédiction pour la terre et le peuple ».
vignette|gauche|Action émise par datant de 1911 en russe et en français, ce qui témoigne de l'intérêt à l'étranger pour les ressources de Mongolie à une époque où la Chine des Qing est très affaiblie et proche de l'effondrement. Face à ces résistances, la cour Qing élabore une doctrine de la « pureté de la terre » destinée à préserver le mode de vie mongol (banjire doro) et à contenir les migrations chinoises jugées perturbatrices. Les lieux identifiés comme aurifères sont classés comme « zones restreintes » (cayajilaysan yajar) et ne doivent pas devenir productifs. Les directives impériales insistent sur la nécessité de maintenir ces régions exemptes de dégradations telles que la surexploitation forestière, la surpêche, la chasse excessive ou l'extraction minière, qui exigent ensuite des opérations de « purification de la terre » (yajar i ariyun boly-a). Malgré ces interdictions, des tentatives de légalisation émergent ponctuellement. En 1774, le prince Lobsangdorji organise une opération minière autorisée, dans laquelle les mineurs sont regroupés par unités de dix et rémunérés en argent à hauteur du double de la valeur de l'or extrait. L'entreprise attire environ mineurs et produit l'équivalent de 352 taels d'argent,. Les autorités locales se voient confier la responsabilité de faire respecter l'interdiction, notamment après la promulgation en 1841 des premières lois explicitement consacrées à l'activité minière. Les sanctions prévues établissent une hiérarchie singulière où l'identité du mineur compte davantage que l'acte lui-même : une extraction réalisée par un migrant chinois entraîne une perte de trois mois de salaire pour le jasay (noble mongol gouvernant une bannière), tandis qu'une extraction effectuée par un Mongol lui fait perdre six mois. La collusion entre Mongols, Chinois et fonctionnaires constitue l'infraction la plus sévère, sanctionnée par une amende équivalente à deux ans de revenu.
Un tournant industriel s'opère en mars 1900 avec le lancement officiel de la compagnie , financée par des capitaux russes, belges et Qing, et considérée comme la première compagnie minière multinationale d'envergure dans la région. L'entreprise emploie des ingénieurs français, des hydrologues américains et des mineurs locaux, chinois et russes, mais elle se heurte à une résistance persistante des communautés mongoles et de l'aristocratie, pour lesquelles l'extraction reste incompatible avec le mode de vie traditionnel et les croyances attachées aux esprits de la terre. De 1901 à 1921, l'activité de Mongolor dans la ceinture aurifère du Nord Khentii, dominée par les investissements étrangers, voit l'exploitation des bassins de Yeröö, de Sharyngol et de la , pour une production totale évaluée à ,4 kg, tout en étant traversée par des phénomènes de contrebande.
À la suite de la proclamation d'indépendance du gouvernement théocratique du Bogdo Khan en 1911, l'industrie minière est nationalisée et devient un instrument de financement de l'État. Des Règlements miniers sont adoptés en 1913 afin d'attirer des capitaux étrangers tout en maintenant la propriété publique des ressources. Selon certaines interprétations historiques, la date du 25 décembre 1922 est retenue comme le point de départ symbolique de l'industrie minière moderne en Mongolie, correspondant à la mise en exploitation de la première mine du pays, la , officiellement déclarée propriété d'État.
Période communiste (1924-1992) Après l'établissement de la République populaire mongole, le Premier Grand Khoural ratifie la qui est souvent citée comme le texte fondateur affirmant la propriété de l'État sur les ressources minérales, la terre et les forêts. Sur le plan géopolitique, les années 1920 sont le théâtre de tensions entre les aspirations du gouvernement mongol, qui tente d'attirer des capitaux et technologies occidentales (notamment allemands) et d'accueillir des conseillers européens, et l'influence de l'Union soviétique qui perçoit ces concessions étrangères comme une forme d'exploitation capitaliste et décourage cette ouverture pour privilégier ses propres prospections géologiques.
vignette|La est la première mine industrielle de Mongolie. Son ouverture en 1922 est considérée comme le point de départ symbolique de l'industrie minière moderne du pays.