Pendant la guerre froide, les relations entre l'Italie et l'Union soviétique (URSS) relèvent surtout du domaine commercial plutôt que politique. En effet, malgré son appartenance aux institutions du bloc de l'Ouest, Rome entretient avec Moscou des échanges économiques soutenus. À la fin des années 1950, deux entreprises italiennes, l'Ente Nazionale Idrocarburi (ENI) et la Fabbrica Italiana Automobili Torino (Fiat), deviennent les acteurs d'une Ostpolitik économique qui donnera lieu à des tensions et des débats au sein du bloc occidental.

La détente commerciale italienne L'ouverture vers l'Est reflète une vision qu'Enrico Mattei, président de l'ENI, adopte avec l'appui de Vittorio Valletta, chef de Fiat. Les deux dirigeants cherchent à s'offrir des opportunités économiques au-delà du Rideau de fer, tout en s'émancipant des marchés occidentaux : l'ENI vise à briser le monopole des grandes compagnies pétrolières anglo-américaines, tandis que Fiat, en situation de quasi-monopole en Italie, cherche de nouveaux débouchés. Cette détente commerciale est soutenue par le gouvernement d'Amintore Fanfani et par l'ambassadeur italien à Moscou, Luca Pietromarchi, qui partagent l'objectif d'une Italie autonome au sein du cadre atlantiste, tout en ayant des conceptions différentes de la démarche à suivreBagnato, 2003, p. 43..

L'accord ENI-URSS (1960) vignette|183x183px|Enrico Mattei (1906-1962).

Le , Mattei et le ministre soviétique du Commerce extérieur Nikolaï Patolichev signent un accord de troc d'une valeur de . La société soviétique Soiuznefteksport (SNE) s'engage à fournir douze millions de tonnes de pétrole brut et de fioul entre et , tandis que l'ENI livre du caoutchouc synthétique, des tuyaux d'acier et des équipements pour pipelines. Le pétrole soviétique, vendu autour d'un dollar le baril, contre plus de deux dollars en sur le marché international, répond aux besoins énergétiques croissants du miracle économique italien. Cet accord, que les documents américains qualifient « d'offensive pétrolière soviétique », provoque une controverse majeure. En effet, les États-Unis et plusieurs pays européens, notamment la France, y voient une menace pour leurs intérêtsCantoni, 2015, p. 193.. La construction de pipelines soviétiques intensifie ces inquiétudes, conduisant l'OTAN à approuver le un embargo sur les tuyaux de grand diamètre, malgré l'opposition britannique. L'embargo ne retarde les infrastructures que d'un an et n'empêche pas l'ENI de devenir un importateur majeur et réputé du pétrole soviétique.

L'accord FIAT-URSS (1966) vignette|198x198px|Vittorio Valletta (1883-1967).

Le , Fiat et l'URSS signent un contrat prévoyant la construction de « l'usine d'automobiles de la Volga » (VAZ), à Togliatti, capable de produire par an. Les échanges pétroliers ayant créé de bonnes relations, ils ont abouti à cet accord d'une valeur de , le plus important jamais conclu entre l'URSS et une entreprise occidentale. Valletta présente « l'affaire du siècle » comme un instrument de rapprochement entre l'Est et l'Ouest, diffusant l'idée que la motorisation détournera les ressources soviétiques du secteur militaire vers la consommation. Les relations positives de Fiat avec Washington facilitent l'approbation du projet par l'administration américaine, qui y voit une opportunité de promouvoir le modèle consumériste occidental en URSS, malgré certaines restrictions du SénatFava, 2018, p. 41-44.. La construction de l'usine, achevée qu'en , révèle les difficultés pratiques de la coopération avec une économie planifiée : l'établissement met du temps à atteindre sa pleine capacité.

Bibliographie

Notes et références

Catégorie:Relations entre l'Italie et l'Union soviétique