La Société de Karakol (également désignée sous l'appellation de La Société de la Garde) est un service de renseignement clandestin ottoman, opérant en concours avec le Mouvement national turc au cours de la Guerre d’indépendance turque. Son établissement remonte à . Cette structure déclina toute fusion avec l’Association pour la défense des droits de l’Anatolie et de la Roumélie, placée sous l’égide de Mustafa Kemal Atatürk. La direction de l’organisation fut décapitée à la suite des élections de la Grande Assemblée nationale turque en 1920, ce qui conduisit à sa dissolution définitive en 1926.
Opération vignette|270x270px|Les membres de la société Karakol|gauche L'Organisation Karakol fut instituée en . Elle se détacha comme la première société clandestine à s'élever contre l'occupation des Alliées à Constantinople, perpétuant ainsi l'œuvre de l'Organisation Spéciale, l'agence de renseignement du Comité Union et Progrès, dont elle tirait la plupart de ses membres fondateurs. Sa constitution fut l'apanage de Kara Vâsıf Bey et de Kara Kemal, exécutant les directives de Talaat Pacha quelque temps après la fuite de ce dernier. L'appellation de la société, une contrepèterie des patronymes de ses auteurs, fut adoubée, de conserve avec un mot de passe énigmatique (KG). L'aréopage central de Karakol comprenait Kara Vâsıf Bey, Baha Said Bey, Refik Ismail Bey, Ali Riza Bey (Bebe), Edip Servet Bey (Tör), Kemalletin Sami Bey et Galatali Sevket Bey. Cette entité avait pour desiderata de sanctuariser l'unité nationale et, en cas de défaillance de cette dernière, de la raffermir par des moyens licites et discrets. Des dispositions révolutionnaires devaient être échafaudées contre les contempteurs de la liberté et de la justice. Le troisième article de l'acte fondateur mettait en exergue la vocation socialiste de Karakol.
Durant son séjour dans la capitale ottomane, de à , Mustafa Kemal Atatürk s’aboucha avec plusieurs personnalités, dont Ali Fethi Okyar, Kara Kemal, Ismail Canbulat et un quatrième individu demeuré non identifié. De ces conciliabules émergea la formation d’un comité révolutionnaire occulte. L’objectif primaire de cette coterie était le renversement du gouvernement impérial et l’assassinat du sultan Mehmed VI, tout en envisageant d’exercer une pression substantielle sur toute autorité qui lui eût succédé. Toutefois, les tergiversations et les scrupules d’Ismail Canbulat suspendirent momentanément l’exécution du projet. Finalement, les conspirateurs y renoncèrent, concluant d’un commun accord que la seule destitution du souverain ne saurait suffire à préserver un Empire ottoman agonisant. Mustafa Kemal quitta alors Constantinople pour gagner l’Anatolie, qui allait devenir le foyer de la résistance nationale. Dans le même temps, l’organisation clandestine Karakol établissait un réseau complexe de communication et de transit entre la capitale et l’intérieur anatolien. Cette filière permit l’acheminement subreptice de volontaires, d’armements et de matériel militaire. Des émissaires de Karakol assistèrent aux congrès d’Erzurum et de Sivas, où ils appuyèrent la fusion des diverses sociétés de défense nationale sous l’égide de l’Association pour la défense des droits de l’Anatolie et de la Roumélie (ADRAR). C’est également à Karakol que l’on doit la publication du Protocole d’Amasya, document fondateur de la résistance. Néanmoins, une fracture ne tarda pas à apparaître entre la direction de Karakol et Mustafa Kemal. Refusant de reconnaître Ankara comme le centre légitime de la lutte nationale, Karakol persista à agir de manière autonome, se considérant comme le véritable noyau de la résistance. Méfiant à l’endroit des intentions de cette organisation, Kemal lui intima l’ordre de cesser ses activités.
Chute Le , Baha Said Bey s'achemina vers Bakou, où il ratifia un pacte avec les bolcheviks, s'affublant de l'identité d'un émissaire de la résistance turque. Le , Kara Vâsıf Bey notifia à Kémal cette convention, que ce dernier répudia comme illégitime, car contractée à l'insu et sans l'acquiescement de l'ADRAR (Association pour la Défense des Droits de la Région d'Anatolie et de Roumélie). Kémal exhorta derechef (une nouvelle fois) Karakol à s'agréger à l'ADRAR. L'organisation Karakol persista dans son obstination et perpétra ses activités jusqu'aux élections de la Grande Assemblée nationale turque de 1920, entravées par l'incursion des troupes britanniques au sein du Parlement et l'appréhension (arrestation) de plusieurs députés le . Une fraction des cadres de Karakol fut alors rejetée en exil à Malte, tandis que d'autres rejoignirent Kemal à Ankara ou Enver Pacha dans le Caucase. Des lambeaux (vestiges) insignifiants de Karakol subsistèrent jusqu'en 1926, mais Kemal avait déjà consolidé sa prééminence à la tête du Mouvement national turc. Les attributions de Karakol en tant qu'agence de renseignement furent reprises par plusieurs autres congrégations, parmi lesquelles le groupement Yavuz, le groupement Zabitan et le groupement Hamza. Celles-ci continuèrent d'œuvrer jusqu'à l'armistice de la guerre d'indépendance. Karakol est réputée comme l'une des organisations propédeutiques (précurseurs) de l'Organisation nationale du renseignement (MIT) contemporaine.
Notes et références
Catégorie:Service de renseignement turc Catégorie:Société secrète ou fraternité