Henri Massis, né le dans le de Paris et mort le dans le , est un critique littéraire, essayiste politique d'extrême droite, et historien de la littératureselon le site de l'Académie Française. Il créa des revues comme Roseau d'Or et la Revue universelle qu'il mit sur pied avec son ami Jacques Bainville, et est connu pour sa participation à l'Action française. Il occupe des postes dans l'administration du régime de Vichy, ce qui lui vaut d'être arrêté lors de la Libération de la France. Resté pétainiste, il est néanmoins élu à l'Académie française en 1960.
Biographie Un intellectuel de la droite catholique maurrassienne Élève d'Alain au lycée Condorcet, Henri Massis poursuit en lettres à la Sorbonne une licence de philosophie qu'il obtient en 1908. Pendant ses études, il publie son premier ouvrage de critique littéraire, Comment Émile Zola composait ses romans alors remarqué par Émile Faguet comme début prometteur. Politiquement, le jeune Massis est alors barrèsien. Massis est très tôt attiré par Charles Maurras et l'Action française. Fervent polémiste, il rejette la diffusion de la culture allemande à la Sorbonne et le déclin de la culture classique (enquête avec Alfred de Tarde sous le pseudonyme d'Agathon). Un second « Agathon » suivit en 1913 : « Les Jeunes gens d'aujourd'hui » dont il applaudit le goût de l'action, la foi patriotique, la renaissance catholique et le réalisme politique.
Durant les années 1920, Massis renouvelle ce type de critique à propos des écrivains de son temps comme André Gide ou Romain Rolland. Au premier il reproche, notamment, ses mœurs « sataniques » et ses attaques contre l'institution familiale (Nourritures terrestres) ; il dénonce le penchant socialiste du second et voit en lui un traître qui pactise avec « l'ennemi ».
Au début de la décennie 1930, Henri Massis se lie d'amitié avec les jeunes Robert Brasillach, Thierry Maulnier et Maurice Bardèche, alors encore étudiant à l'École Normale Supérieure.
Massis s'est longuement consacré au journalisme. Il a fait ses débuts à L'Opinion avant d'être rédacteur en chef à la Revue universelle, proche de l'Action française, de 1920 à 1936, puis directeur de ce même journal de 1936 à 1944. Il assiste aux banquets du cercle Fustel de Coulanges, proche aussi de l'Action française ; il le préside en 1935.
Pour faire contre-feu à la condamnation de l'Italie par la Société des Nations en 1935 après l'invasion de l'Éthiopie, Massis, partisan d'une entente avec la dictature fasciste de Mussolini, se fait le porte-parole d'une certaine droite lorsqu'il rédige le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe. Avec son ami Robert Brasillach, il publie un ouvrage à la gloire de la dictature franquiste : Les cadets de l'Alcazar. En 1938, il visite le Portugal et manifeste son appui au dictateur Salazar. Comme pour ses confrères de l'Action française, la germanophobie de Massis lui fait condamner — logiquement — le régime hitlérien(Chefs, 1939 ; constitué de trois dialogues politiques avec Franco, Salazar et Mussolini)Dans le numéro 26 de l'hebdomadaire L'Insurgé du 7 juillet 1927 L'Honneur de servir, cité par .
Face à la NRF, Henri Massis essaie de mettre sur pied avec Jacques Maritain une sorte de NRF catholique avec la collection du Roseau d'Or publiée chez Plon.
Journaliste et pétainiste sous l’Occupation Officier d'état-major du général Charles Huntziger durant la « drôle de guerre », il est, après l'armistice, brièvement chargé de mission à l'état-major du général Maxime Weygand - il y gagne une seconde croix de guerre - puis au cabinet du ministre des anciens combattants et de la famille Jean Ybarnégaray : il affirme alors qu'il veut
La Revue universelle qu'il dirige s'installe à Vichy et y défend le régime de Vichy et sa Révolution nationale. Il donne des conférences, littéraires ou plus politiques comme en 1943 à Lyon une conférence sur la Russie et l'Occident, sous les auspices du ministère de l'Information et du comité de l'exposition « Le bolchevisme contre l'EuropeBNF/gallica: Le Journal, 16/4/1943, . » Il contribue à la revue Idées, l’organe intellectuel du régime de Vichy. Massis est désigné, en 1941, membre du Conseil national mis en place par Vichy (il est membre de sa commission de la constitution en 1941 et de sa commission d'études des questions de jeunesse en 1942), membre en 1943 du conseil supérieur du travail obligatoire et des chantiers de jeunesse présidé par Abel BonnardBNF/gallica: Informations générales, 27/4/1943, . Il obtient la Francisque. Il rédige le dernier message de Pétain où est évoquée la thèse du bouclier et de l'épée qui sera utilisée par la défense lors du Procès Pétain en juillet-. Chargé de mission au secrétariat à la jeunesse de Georges Lamirand, il s'oppose avec succès à la mise en place d'une organisation de « jeunesse unique » voulue par les collaborationnistes.
Il fait l'objet d'un mois d'internement administratif à la Libération : arrêté et incarcéré, il est transféré à la prison de Fresnes le puis libéré le Patricia Sorel, Plon : le sens de l'histoire (1833-1962, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, . Son nom figure dans la Liste des écrivains indésirables dressée par le Comité national des écrivains en 1944. Néanmoins, en retrait, il n'est pas davantage inquiété au moment de l’épuration.
Fidélité à Maurras et à Pétain
Massis demeure fidèle au « nationalisme intégral » de l'Action française ; il participe, en faveur de Charles Maurras emprisonné, à un meeting organisé par Aspects de la France en , avec Pierre Boutang, Gabriel Marcel, Daniel Halévy, le colonel RémyLe Monde, 22/12/1949, Témoignage de Paul Sérant sur le meeting de 1949 dans Pierre Boutang, Les dossiers H/ L'Âge d'homme, Lausanne, 2002, , veille la dépouille de Maurras en 1952Paris-presse, L'Intransigeant, 18 novembre 1952, collabore à Aspects de la France dans les années 1950 et 1960 et à La Nation française, prend part au banquet annuel de la Restauration nationale (France)Aspects de la France, , 12/12/1963, 3 décembre 1964, Le Monde, 14 janvier 1966, accepte de parrainer le Centre d'études nationales en 1962, qui entend Le Monde, 7/81962 : Ce Centre est issu d'un cercle maurrassien, le Cercle du bocage normand constitué en 1960 : cf. Gérard Bourdin, « Groupuscules et cultures de nostalgie: l'Orne et l'Algérie française, 1958-1965 », dans Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault (dir.), La France en guerre, 1954-1962, Autrement, 2008. Autres parrains : le colonel Rémy, Raymond Dronne, Raymond Le Bourre, des colonels, le professeur Drieu La Rochelle.
Il reste fidèle aussi au maréchal Pétain. Membre du comité d'honneur de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP) à sa fondation en 1951, il participe volontiers à ses réunionsÀ la séance inaugurale du centenaire du maréchal fêté par l'ADMP en 1956, au déjeuner privé du centenaire au domicile de , à la réunion plénière des comités de l'association en mars 1961, à une réunion du comité directeur en mai 1967 et aux messes anniversairesCollection du Maréchal (organe de l'ADMP): messes à Paris (1959, 1960, 1964, 1965, 1966) ou à Vichy (1961, 1962, 1963) pour l'anniversaire de la mort de Pétain, messe du mai pour la Saint-Philippe à la basilique Notre-Dame des victoires à Paris: 1963, 1964. Il défend la thèse du « bouclier » selon laquelle le maréchal Pétain aurait protégé les Français en s'opposant aux demandes allemandes. Il est l'un des Académiciens les plus fidèles dans les années 1960 et est désigné membre d'honneur statutaire de l'ADMP en 1967Le Maréchal, , mai-juillet 1967.
Massis préside une association fondée en 1950, les Amitiés franco-espagnoles, avec comme vice-présidents Gustave Thibon et le banquier royaliste Marcel Wiriath et comme président d'honneur le général et académicien Maxime WeygandABC, 8/3/1951, ABC, 14/3/1952. Le docteur Rousseau du cercle des Amitiés françaises figure à son comité.Journal officiel, 3 mars 1951 (Déclaration à la Préfecture de police le 7 février 1951)Anne Dulphy, « Antoine Pinay et l’Espagne franquiste », dans Relations internationales, , printemps 2000, PP. 78-79 : L'auteure présente faussement Weygand comme président de l'association et donne la date de 1950 en ce qui concerne sa fondation. Jacques Pinglé est le secrétaire général de l'association, son principal animateur en tant que conférencier et le futur rédacteur en chef de la revue bilingue lancée en 1955 Amitié franco espagnole Amistad hispano-francesa. Pinglé est en 1951 secrétaire de l'association des Amis de Rivarol, lancée cette année-là (collection du périodique d'extrême droite Rivarol dans Retronews et Gallica). Massis participe à Paris à la réception donnée par l'ambassadeur d'Espagne en février 1955 à l'occasion du lancement de la revue, aux côtés d'anciens ambassadeurs, de Wiriath, d'hommes politiques comme Antoine Pinay et de chefs d'entreprises. Cf. aussi Eliseo Trenc, Amitié franco-espagnole, Amistad hispano-francesa. Première époque 1955-1964, une revue pro-franquistePatricia Sorel, Plon : le sens de l'histoire (1833-1962, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, .
Massis est membre du comité de patronage d'un cercle parisien politico-littéraire né en 1948 autour de la Librairie des Amitiés françaises (installée au 48, rue Mazarine) du docteur Louis Rousseau, le cercle des Amitiés françaises, aux côtés d'Académiciens (Henry Bordeaux, Jérôme Carcopino, Daniel-Rops, Antoine de Lévis-Mirepoix, Maurice Genevoix), d'intellectuels comme Daniel Halévy ou Gabriel Marcel, d'Edmond Michelet, de , du pasteur Marc Boegner. Ce cercle et cette librairie font partie du milieu maurrassien de l'après-guerreGuillaume Gros, Philippe Ariès (1914-1984): Un traditionaliste non-conformiste, de l'Action française à l'École des hautes études en sciences sociales, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008 (chap. VI : La fidélité à la communauté maurrassienne). Il fréquente une autre association, l'Union des intellectuels indépendantsHenry Coston (dir.), « Partis, journaux et hommes politiques d'hier et d'aujourd'hui », Lectures françaises, décembre 1960, ..
Académicien en 1960 Après la Seconde Guerre mondiale, ruiné, Henri Massis survit avec sa femme grabataire à Saint-Germain-des-Prés grâce à un très modeste emploi de lecteur chez Plon, vivant d' selon un témoignage de Michel Déon. Il se consacre en particulier à des études biographiques, s'intéressant entre autres à Renan, Barrès, Proust et Salazar.
Candidat déclaré dès 1955Le Monde, 7/5/1955, il est élu le membre de l'Académie française après une tentative avortée en 1956. Grâce au soutien charitable de François Mauriac, il est reçu en Le Monde, 5/6/1961, 7/6/1961 : retard dû aux travaux de réfection dans les bâtiments de l'Académie..