Maxime Gorki, (), nom de plume d’Alekseï Maksimovitch Pechkov (), est un écrivain russe né le à Nijni Novgorod et mort le voir Encyclopédie Larousse . Certaines sources donnent une date erronée : les reproductions des journaux du montrent que sa mort a été annoncée le 18, voir L'Humanité du et L’Ouest-Éclair du en ligne sur Gallica à Moscou. Il est considéré comme un des fondateurs du réalisme socialiste en littérature et fut un homme engagé politiquement et intellectuellement aux côtés des révolutionnaires bolcheviques.

Enfant pauvre, autodidacte, formé par les difficultés et les errances de sa jeunesse, passé par le journalisme, il devient un écrivain célèbre dès ses débuts littéraires. Auteur de nouvelles pittoresques mettant en scène les misérables de la Russie profonde (Essais et Histoires, 1898), de pièces de théâtre dénonciatrices comme Les Bas-fonds en 1902 ou de romans socialement engagés comme La Mère, publié en 1907, il racontera aussi sa vie dans une trilogie autobiographique : Enfance (1914), En gagnant mon pain (1915-1916), Mes universités (1923).

Dès ses débuts littéraires, Gorki partage l'idéal des partis progressistes et se lie avec les bolcheviques et avec Lénine. Plusieurs fois emprisonné pour ses prises de position, en particulier lors de la révolution de 1905, il quitte la Russie et voyage aux États-Unis pour collecter des fonds pour le mouvement bolchevique. À son retour en 1906, il doit s'exiler à Capri pour des raisons à la fois médicales et policières.

Rentré en Russie à la suite d'une amnistie en 1913, Maxime Gorki est proche de Lénine et des révolutionnaires, mais formule des critiques dès qui lui valent les menaces du pouvoir : inquiet et malade de la tuberculose, il quitte la Russie en et se fixe de nouveau dans le sud de l'Italie en 1924.

Encouragé par Staline, il revient plusieurs fois en URSS après 1929 et s'y réinstalle définitivement en 1932 : il devient un membre éminent de la nomenklatura soviétique et participe à la propagande du régime qui l'honore mais le surveille en même temps. Il meurt en dans des circonstances qui ont prêté au soupçon. Le régime lui organise des funérailles nationales et en fera l'écrivain soviétique par excellence.

Biographie Formation vignette|redresse|Maxime Gorki, portrait par Ilia Répine (1899). Alexis Maximovitch Pechkov, le futur Maxime Gorki, est né le à Nijni Novgorod sur la Volga dans un milieu modeste. Il passa les premières années de sa vie à Astrakhan, où son père était agent maritime après avoir quitté son atelier d'artisan ébéniste de Nijni Novgorod. L'enfant revint dans sa ville natale à la mort de son père emporté par le choléra en 1871. Alexis avait alors trois ans. Sa mère retourna chez ses parents qui tenaient un petit atelier de teinturerie mais mourut de la tuberculose. Orphelin de mère à dix ans, il fut élevé durement par un grand-père violent et une grand-mère excellente conteuse, douce et pieuse : il apprit ainsi à survivre dans un contexte difficile mais pittoresque qu'il évoquera dans le premier volet de son autobiographie, Enfance.

Forcé par son grand-père de quitter l'école à douze ans, il pratiqua plusieurs petits métiers comme cordonnier ou graveur dans la ville de Kazan. Très affecté par la mort de sa grand-mère et voyant s'échapper son rêve de devenir « homme de lettres » (il n'avait pu se préparer ni à l'université ni même à l'examen d'instituteur), il tenta de se suicider en mais survécut à la balle qu'il s'était tirée près du cœur ; toutefois, celle-ci endommagea gravement son poumon gauche et il souffrit toute sa vie de faiblesse respiratoire. Il entreprit ensuite une très longue errance à pied de plusieurs années dans le sud de l'empire russe et les régions du Caucase, lisant en autodidacte, effectuant différents métiers comme docker ou veilleur de nuit et accumulant des impressions qu'il utilisera plus tard dans ses œuvres : il racontera cette période de formation dans Mes universités.

À 24 ans, il décida de rentrer dans le rang et devint journaliste pour plusieurs publications de province. Il écrivait sous le pseudonyme de Jehudiel Khlamida () puis commença à utiliser aussi le pseudonyme de Gorki (qui signifie littéralement « amer », surnom que portait son père) en 1892 dans un journal de Tiflis, Kavkaz ( qui signifie « Le Caucase ») : ce nom reflétait sa colère bouillonnante à propos de la vie en Russie et sa détermination à dire l'amère vérité.

Il collabore à partir de 1893 avec le Bulletin russe dirigé alors par Mikhaïl Sabline, qui publie notamment Emelian Piliaï (Емельян Пиляй). En Volgar (Batelier de la Volga) publie son Makar Tchoudra (Макар Чудра) déjà paru dans Kvakaz un an plus tôt. Gorki profite de cette occasion pour soumettre au rédacteur en chef du journal Alekseï Drobych-Drobychevski quelques autres de ses récits. Il tente ensuite sa chance dans le célèbre mensuel Rousskoe bogatstvo ( qui signifie « La Richesse russe ») en lui proposant trois poèmes, mais les trois seront refusés. Toujours en 1893, Gorki est embauché comme rédacteur permanent au Journal de Samara. Puis, en 1895, il conquiert enfin le poste de rédacteur en chef de Rousskoe bogatstvo Nikolaï Mikhaïlovski, avec son Tchelkach qu'il soumet toutefois sur le conseil de Mikhaïlovski à la rédaction de son ami Vladimir Korolenko, un auteur beaucoup plus aguerri. Le mensuel moscovite Rousskaïa mysl en donne une critique élogieuse. En , Le Messager du Nord publie son récit Le Chenapan (Ozornik).

Débuts littéraires et premiers engagements politiques gauche|vignette|redresse|Léon Tolstoï avec Gorki. vignette|Anton Tchekhov et Gorki. Yalta, 1900.

Le premier ouvrage de Gorki Esquisses et récits (en ) parut en 1898 et connut un succès extraordinaire, en Russie et à l'étranger, qui lança sa carrière d'écrivain pittoresque et social. Il y décrivait la vie des petites gens en marge de la société (les « bossiaks », les va-nu-pieds), révélant leurs difficultés, les humiliations et les brutalités dont ils étaient victimes mais aussi leur profonde humanité. Gorki acquit ainsi la réputation d'être une voix unique issue des couches populaires et l'avocat d'une transformation sociale, politique et culturelle de la Russie, ce qui lui valut d'être apprécié à la fois de l'intelligentsia - il entretiendra des liens de sympathie avec Anton Tchekhov et Léon Tolstoï -, et des travailleurs les plus « conscientisés ». Une des nouvelles s'intitule Les Époux Orlov.

En 1895, il rencontra à Samara Ekaterina Voljina (1876–1965), correctrice à la rédaction du journal local, qui appartenait à la franc-maçonnerie et était acquise à ses idées révolutionnaires. Il l'épousa le , le couple ayant deux enfants, Maxime (né en 1897) et une fille nommée Ekaterina (1898, morte à l'âge de cinq ans d'une méningite).

Dans le même temps, à partir de 1898, il s'affiche proche du mouvement social-démocrate marxiste naissant. Le , selon plusieurs sources, Gorki participe à un attentat d'un groupe se réclamant de cette mouvance. Leur cible est l'icône miraculeuse de Notre-Dame de Koursk, l'une des plus vénérées de Russie, que les hommes du groupe veulent détruire dans le but de « ridiculiser » la religion... Dans ce but, une bombe est cachée discrètement à côté de l'icône, dans la Cathédrale qui l'abrite. L'explosion provoque des dégâts, notamment les vitres du bâtiment qui sont toutes détruites, mais l'icône sort de l'attentat complètement intacte.

Gorki sympathise en outre avec de nombreux révolutionnaires, devenant même l'ami personnel de Lénine après leur rencontre en 1902. Il gagna encore en célébrité quand il démontra la manipulation de la presse par le gouvernement lors de l'affaire Matvei Golovinski, qui fut contraint à l'exil après la dénonciation de Gorki prouvant l'implication de la police secrète, l'Okhrana, dans la rédaction et la publication du Protocole des sages de Sion. Son élection en 1902 à l'Académie impériale fut annulée par l'empereur Nicolas , ce qui entraîna par solidarité la démission des académiciens Anton Tchekhov et Vladimir Korolenko.

Les années 1900-1905 montrent un optimisme grandissant dans les écrits de Gorki et ses œuvres les plus déterminantes dans cette période sont une série de pièces de théâtre à thèmes politiques dont la plus célèbre est Les Bas-fonds, représentée après des difficultés avec la censure en 1902 à Moscou avec un grand succès et montée ensuite dans toute l'Europe et aux États-Unis. Maxime Gorki s'engagea alors davantage dans l'opposition politique et fut même emprisonné brièvement pour cet engagement en 1901. En 1904, chez le célèbre critique Vladimir Stassov, il fit la connaissance du poète Samuel Marchak et l'invita chez lui en Crimée. Il fut de nouveau incarcéré à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg durant la révolution avortée de 1905 : il y écrivit sa pièce Les Enfants du soleil, formellement située durant l'épidémie de choléra de 1862, mais clairement comprise comme représentant les événements de l'actualité. Sa maîtresse officielle de 1904 à 1921 est l'ancienne actrice Maria Andreïeva, bolchévique de la première heure et future directrice des théâtres après la révolution d'Octobre.

vignette|redresse|Gorki peint en 1905 par Valentin Serov.

Devenu riche par ces activités de romancier, de dramaturge et d'éditeur, il apporta son aide financière au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en même temps qu'il soutenait les appels des libéraux pour une réforme des droits civiques et sociaux. La brutale répression de la manifestation des travailleurs demandant une réforme sociale le , événement connu sous le nom de « Dimanche rouge » qui marqua le début de la révolution de 1905, semble avoir joué un rôle décisif dans la radicalisation de Gorki. Il devint alors très proche du courant bolchevique de Lénine sans qu'il soit assuré qu'il adhéra à ce mouvement : ses relations avec les Bolcheviques et Lénine demeureront d'ailleurs difficiles et conflictuelles.

En 1906, les Bolcheviques l'envoyèrent aux États-Unis pour lever des fonds de soutien et c'est pendant ce voyage que Gorki commença son célèbre roman La Mère (Мать ; qui paraît d’abord en anglais à Londres, puis en russe en 1907) sur la conversion à l'action révolutionnaire d'une femme du peuple à la suite de l'emprisonnement de son fils. Il rencontra Theodore Roosevelt et Mark Twain, mais dut aussi subir les critiques d'une presse qui se scandalisait de la présence à ses côtés de sa maîtresse Maria Andreïeva et non de sa femme Yekaterina Pechkova. Cette expérience de l'Amérique l'amena à approfondir sa condamnation de « l'esprit bourgeois » et le confirma dans son admiration pour la vitalité du peuple américain.

Le premier exil à Capri De 1906 à 1913, Gorki vécut à Capri à la fois pour des raisons de santé et pour échapper à la répression croissante en Russie. Il continua cependant à soutenir les progressistes russes, particulièrement les Bolcheviques, et à écrire des romans et des essais. Il bâtit aussi avec d'autres émigrés bolcheviques comme Alexandre Bogdanov ou Anatoli Lounatcharski, un système philosophique controversé intitulé « Construction de Dieu » qui cherchait, en prenant appui sur le mythe de la révolution, à définir une spiritualité socialiste où, riche de ses passions et de ses certitudes morales, l'humanité accéderait à la délivrance du mal et de la souffrance, et même de la mort. Bien que cette recherche philosophique ait été rejetée par Lénine, Gorki continua à croire que la « culture », c'est-à-dire les préoccupations morales et spirituelles, étaient plus fondamentales pour la réussite de la révolution que les solutions politiques ou économiques. C'est le thème du roman Une confession, paru en 1908.

Le compagnonnage bolchevique