Satrianum est un ancien site fortifié médiéval situé sur la colline de Torre di Satriano, entre les communes de Tito et Satriano di Lucania, en Basilicate.. Occupé depuis l’âge du bronze, le site est particulièrement actif à l’époque lucanienne puis au Moyen Âge, lorsqu’il devient un centre fortifié doté d’un évêché.

Géographie Satrianum occupe un sommet des Apennins méridionaux, culminant à environ d’altitude. Cette hauteur domine les vallées du Melandro, du Noce, de l’Agri et du Basento, qui s’ouvrent vers les mers Tyrrhénienne, Ionienne et Adriatique.. Ce positionnement explique l'importance stratégique du site, situé à la convergence de plusieurs voies de passage, dont l’ancienne strazzera degli stranieri, utilisée dès l’âge du Fer.

Les analyses environnementales montrent une alternance historique de zones boisées ouvertes, de prairies et de cultures, favorisant une économie mêlant élevage, transhumance et polyculture.. vignette|Le bourg de Satriano di Lucania, à l’est du site archéologique.

Toponymie Le nom « Satrianum » apparaît dans les documents médiévaux sous les formes Satrianum, Satranum ou Castrum Satrianum. Il dérive très probablement d’un anthroponyme latin, Satrius ou Satrinus, suivi du suffixe toponymique -anum, indiquant une propriété ou un domaine rural à l’époque romaine..

L’hypothèse d’une racine pré-latine *Sat-* a également été avancée, en relation avec d’autres toponymes lucaniens présentant des formes similaires, mais elle demeure moins assurée que l’interprétation fondée sur un nom de personne romain.

Au cours du Moyen Âge, la forme Satrianum évolue dans l’usage local vers Satriano, attestée dès la période angevine et restée en usage pour désigner la zone environnante et le bourg moderne de Satriano di Lucania..

La désignation actuelle « Torre di Satriano » se réfère spécifiquement au sommet de la colline où se dressait la fortification médiévale, devenue l’élément le plus visible du site archéologique après l’abandon du centre fortifié au .

Histoire Frise chronologique Cette frise résume les principales phases d’occupation et de transformation du site archéologique de Satrianum.

Période Datation Événements principaux Préhistoire – Âge du Bronze Premières occupations protohistoriques sur la colline. Âge du Fer – Lucaniens Mise en place d’un habitat polycentrique lucanien (plus de quarante implantations autour du sommet). Période hellénistique / romaine Fréquentation sporadique du site ; maintien d’un sanctuaire lié aux routes inter-vallées. Antiquité tardive – haut Moyen Âge Occupations diffuses ; continuité des circulations sur la hauteur. Réoccupation médiévale Réoccupation organisée ; intégration dans le réseau de hauteurs fortifiées du haut Potentino. Fondation du centre fortifié Fin Fondation du comté et du diocèse ; construction de la tour, de la cathédrale et de l’épiscopium. Période souabe et angevine Apogée : extension du cimetière, pavement moulé, développement des habitats de versant. Déclin médiéval – début Déclin progressif ; recomposition du peuplement ; abandon du site ; transfert du siège épiscopal. Période moderne Le site reste abandonné ; ruines partiellement conservées. Reprise des fouilles 2006 Lancement du Progetto Satrianum (UNIBAS) : fouilles stratigraphiques, relevés 3D, analyses pluridisciplinaires. Valorisation contemporaine 2010–2025 SIG, photogrammétrie, modélisation 3D, études paléobotaniques ; Festivalia ; résidence artistique RESTARE. Chantier international 2022–2025 Participation régulière de l’Université Rennes 2 ; fouilles et formation d’étudiants.

Antiquité Les premières fréquentations de la colline remontent au , sous la forme d’occupations protohistoriques liées à l’exploitation saisonnière des pâturages et à la circulation entre les vallées du Melandro, du Basento et de l’Agri. À partir du , une organisation plus complexe apparaît : plus de quarante sites ont été identifiés autour de la colline, constituant un réseau d’habitats lucaniens de type polycentrique.

Cet habitat se caractérise par : des fermes dispersées, installées sur des terrasses naturelles ; un contrôle visuel large, permettant la communication entre communautés voisines ; la présence d’un petit édifice quadrangulaire orienté à l’est, interprété comme un sanctuaire archaïque placé au croisement d’un axe de transhumance et d’un ancien chemin de voyageurs (*strazzera degli stranieri*).

Le paysage antique de Satrianum reflète un environnement rural stable : cultures céréalières de pente, clairières pastorales, forêts basses, zones de transhumance convergeant depuis les vallées. À partir des , l’occupation décline mais ne disparaît pas : le sommet reste fréquenté, notamment comme point de repère et de passage.

Antiquité tardive et haut Moyen Âge vignette|Vue depuis le sud-est du site archéologique. La documentation archéologique de cette période reste limitée, mais plusieurs indices confirment une fréquentation continue, bien que diffuse. Les terrasses sont réutilisées pour l’agriculture et l’élevage, et les voies de circulation antiques persistent dans le paysage médiéval.

Entre les , la colline acquiert un rôle stratégique accru : sa position dominante en fait un point clé pour le contrôle des routes transapennines reliant Potenza, le Vallo di Diano, le golfe de Policastro et la vallée de l’Agri. Des castra de hauteur se forment dans toute la Basilicate centrale ; Satrianum est en communication directe avec Tito, Picerno, Savoia et Brienza.

Cette réorganisation territoriale prépare la transformation plus radicale opérée à l’époque byzantine et normande.

Période byzantine () Pour la période byzantine, la documentation archéologique reste limitée, mais le contexte historique permet de proposer certains cadres d’interprétation. Aux , la Basilicate se trouve dans une zone de contact entre les pouvoirs lombard et byzantin, et la région de Satrianum appartient à un espace disputé où les hauteurs stratégiques jouent un rôle central dans le contrôle des routes et des vallées. La colline, déjà marquée par des occupations plus anciennes, est réinvestie et intégrée dans un système de points forts de crête qui surveillent les passages entre la vallée de l’Agri, le Vallo di Diano et le bassin du Basento ; Satrianum se trouve ainsi en relation visuelle avec les castra de Tito, Picerno et Brienza, ce qui suggère une fonction de relais militaire et de poste d’observation avant même la pleine mise en place du pouvoir normand.

Les sources écrites sont plus allusives que précises, mais certains documents conservés en grec pour la région, analysés notamment par Giacomo Racioppi, ont conduit à formuler l’hypothèse de la présence d’une communauté de rite grec, héritière de l’implantation byzantine dans le Sud de l’Italie. Dans ce scénario, Satrianum aurait accueilli, au moins transitoirement, une population liée à la tradition liturgique orientale, avant que la réforme institutionnelle et la conquête normande n’imposent définitivement le cadre latin. Cette hypothèse reste débattue : l’archéologie ne fournit pas de preuve matérielle directe d’un complexe cultuel byzantin sur le site, mais la persistance de cultures mixtes gréco-latines dans la région à cette époque ne permet pas de l’exclure.

Dans l’état actuel de la recherche, la phase byzantine de Satrianum apparaît donc comme un moment de transition : réutilisation d’un relief déjà structuré, insertion dans un réseau défensif de moyenne montagne et possible coexistence de traditions liturgiques différentes, sans que l’on puisse attribuer à cette période les grandes constructions monumentales visibles aujourd’hui, qui relèvent essentiellement de la phase normande et postérieure.

Période normande (fin ) L’arrivée des Normands en Italie méridionale, à la fin du , constitue un tournant pour Satrianum. Dans le cadre de la réorganisation territoriale conduite par les nouveaux princes, la colline est choisie comme siège d’un pouvoir à la fois ecclésiastique et seigneurial. La première mention explicite du diocèse de Satriano remonte à une bulle du pape Urbain II, datée du , qui énumère la diocèse parmi les suffragantes de l’archidiocèse de Conza. Au début du , le premier évêque connu, Giovanni, apparaît dans les actes, suivi d’un homonyme en 1135 ; l’évêque Pietro est quant à lui documenté lors du IIIᵉ concile du Latran en 1179, ce qui confirme l’intégration de Satrianum dans le réseau épiscopal latin et sa reconnaissance par la papauté.

Sur le terrain, la conquête normande se traduit par une transformation en profondeur du sommet. Les fouilles montrent que l’acropole est remodelée en un complexe fortifié cohérent : une tour quadrangulaire est construite au point le plus élevé de la crête, véritable signal architectural et poste d’observation sur les vallées ; une cathédrale à trois nefs, dédiée à saint Étienne protomartyr, est édifiée à proximité immédiate de la tour ; un palais épiscopal (episcopium) vient compléter cet ensemble monumental. Les enceintes successives, les portes monumentales et l’articulation entre espaces liturgiques, résidentiels et administratifs témoignent d’un projet unitaire, répondant à la fois aux besoins de défense, de représentation et de contrôle territorial. vignette|Vue depuis l'intérieur de la tour

Satrianum devient ainsi un véritable nœud de pouvoir normand, à l’échelle régionale. Sa position centrale lui permet de surveiller les routes reliant la vallée de l’Agri au Vallo di Diano et aux plateaux intérieurs, tandis que l’institution épiscopale assure un encadrement religieux et juridique du territoire. La topographie même du site renforce ce rôle : l’acropole domine les pentes où s’installent les habitats de versant, formant un système hiérarchisé dans lequel le sommet concentre les fonctions de commandement, d’administration et de culte. La période normande marque donc la véritable naissance de Satrianum en tant que centre fortifié structuré, doté d’un diocèse, d’un appareil monumental et d’un paysage de pouvoir clairement lisible dans les vestiges mis au jour.

Période souabe et angevine () Sous Frédéric II et ses successeurs souabes, Satrianum connaît un développement significatif. L’administration impériale renforce les centres de hauteur capables d’assurer la surveillance des vallées et des routes militaires. Satrianum participe à ce système avec un rôle intermédiaire entre Potenza, Brienza et la vallée de l’Agri.

À cette période : le cimetière s’étend autour de la cathédrale ; plusieurs sépultures privilégiées apparaissent près du chevet, appartenant probablement à des membres du clergé ou des élites locales ; la cathédrale est restaurée et dotée d’un pavement moulé à motifs animaliers et végétaux ; le réseau d’habitats sur les versants se densifie, formant une véritable « ville en cascade » en relation directe avec l’acropole.

Sous les Angevins, au , Satrianum apparaît dans les sources comme un centre stable, structuré autour de son évêché. Plusieurs évêques issus d’ordres religieux différents (cisterciens, franciscains, dominicains) témoignent de l’importance du siège.

Déclin et abandon () Le marque une crise profonde. Selon la tradition rapportée par Racioppi, Satrianum aurait été détruite en 1430 sur ordre de Jeanne II de Naples, dans un contexte de conflits féodaux. Cette information reste discutée, mais elle concorde avec une dégradation visible des structures.

Le séisme de 1456 contribue à la fin de l’occupation : le castrum est abandonné et la résidence épiscopale transférée à Sant’Angelo Le Fratte. Le diocèse subsiste jusqu’en 1525, date à laquelle il est uni *aeque principaliter* avec celui de Campagna. Il est définitivement supprimé en 1818.

Depuis 1968, Satrianum est un siège titulaire ; son titulaire actuel est l’archevêque Emilio Nappa.

Fouilles

Depuis 2006, le Progetto Satrianum, dirigé par l’Université de la Basilicate, applique une méthodologie interdisciplinaire incluant :

fouille stratigraphique ;