vignette|La République des Deux Nations (Pologne-Lituanie) en 1697-1763. vignette|381x381px|Les Divisions administratives de la république des Deux Nations à l'époque saxonne. vignette|222x222px|Auguste II sur un tableau de Louis de Silvestre. vignette|Armoiries d'Auguste II le Fort, roi de Pologne, grand-duc de Lituanie et électeur de Saxe, monogramme royal en bas. vignette|La première phase de la Troisième Guerre du Nord. vignette|Stanisław Leszczyński lors de son premier règne. vignette|366x366px|Le palais de Wilanów, résidence d'Auguste II le Fort de 1730 à 1733, avec des ailes latérales ajoutées à l'époque saxonne.

La période s'étendant de 1697 à 1763 de l'histoire de la Pologne, aussi qualifiée d'Époque saxonne, correspond à un moment où la République des Deux Nations était dirigée par des rois de la maison de Wettin. Durant la première moitié du , la République des Deux Nations connaît une grave crise politique. La Pologne était alors gouvernée par les rois saxons Auguste II (1697-1733) et Auguste III (1733-1763). Leur règne fut cependant interrompu par des élections successives et par les deux règnes de Stanislas Leszczyński (1704-1709 et 1733-1736).

Histoire politique L'élection d'Auguste II le Fort L'interrègne qui suivit la mort de Jean III Sobieski (1696) est marqué par la rivalité franco-habsbourgeoise. Louis XIV cherche à faire élire le prince François Louis de Conti, qui doit cependant faire face à un adversaire redoutable en la personne de l'électeur de Saxe. Ce dernier, converti au catholicisme, est finalement couronné au château de Wawel sous le nom d'Auguste II (1697-1733), dit « le Saxon » ou « le Fort ».

Pendant l’élection libre, un corps d'armée russe sous les ordres du prince Mikhaïl Grigorievitch Romodanovsky est stationné à la frontière lituano-russe ; sa présence devait forcer le retrait de la candidature françaiseJacek Staszewski, August II Mocny, Wrocław 1998, s. 91..

En 1698, Auguste II tient une conférence secrète avec le tsar Pierre de Russie à Rawa Ruska, durant laquelle les deux dirigeants discutent d'une guerre offensive conjointe contre la Suède (la future Grande guerre du Nord) et entament des négociations sur un traité d'assistance mutuelle en cas de rébellion de leurs sujets.

L'élection d'Auguste donne naissance à une union personnelle polono-saxonne. Les différences entre les deux parties étaient fondamentales : la Saxe, État luthérien doté de villes économiquement prospères, d'un commerce et d'une industrie florissants, et d'une bourgeoisie influente, possédait un système de gouvernement proche du système dit absolu. Auguste II considérait le trône de Pologne comme un atout politique destiné à renforcer la position des Wettin au sein du Saint-Empire romain germanique et à faciliter son accession à la couronne impériale.

Guerre civile en Lituanie en 1700

Pour briser la suprématie de la famille Sapieha en Lituanie, la noblesse locale proposa la coéquivalence des droits de la Couronne du royaume de Pologne et du Grand-duché de Lituanie, mise en œuvre le . L'égalisation des droits polonais et lituaniens visait à limiter les attributs des charges d'hetman et de trésorier, plaçant ainsi le contrôle de l'armée et du trésor entre les mains de la noblesse. Cette coéquivalence était censée abolir les divergences constitutionnelles en Lituanie, qui conféraient un avantage à la noblesse. Face à la guerre civile, les chefs de l'opposition anti-Sapieha demandèrent l'envoi de troupes saxonnes en Lituanie. Un apaisement survint fin grâce à la médiation saxonne, approuvée par Auguste II. De nouveaux combats éclatèrent en 1700, aboutissant à la défaite des Sapieha à la Kazimierz Piwarski, Opozycja litewska pod koniec XVIII wieku, in: Pamiętnik V Zjazdu Historyków Polskich w Warszawie, t. I, Lwów 1930, p. 265–272.

La Guerre du Nord

Auguste II entreprit de conquérir les territoires baltes, perdus face à la Suède par le traité d'Oliva (1660). Il s'était en effet engagé, comme le voulait la coutume, à recouvrer les terres perdues de la République des Deux Nations. Après avoir reconquis la Podolie pour la Pologne (traité de Karlowitz en 1699), il porta son attention sur la Livonie. Les États membres de la Ligue du Nord cherchaient à affaiblir la position de la Suède sur la mer Baltique. Auguste II espérait reconquérir la Livonie, qui devait devenir un domaine héréditaire de la dynastie des Wettin. Le roi entendait utiliser cette acquisition pour renforcer l'autorité monarchique en PologneJacek Staszewski, August II Mocny, Wrocław 1998, s. 94–101.. L'électeur de Saxe conclut en ce sens une alliance avec le Danemark et la Russie en 1699.

En 1700, une attaque saxonne contre la Livonie déclencha la Troisième Guerre du Nord. Auguste II entra en guerre sans l'accord de la Diète. La République des Deux Nations n'était pas officiellement partie prenante au conflit. Le roi Charles XII de Suède vainquit rapidement les Danois et se retourna contre la Russie, qu'il vainquit à la bataille de Narva. En 1701, l'armée suédoise envahit la République des Deux Nations.

Première élection de Stanisław Leszczyński La noblesse royale se divisa alors en deux camps opposés : début 1704, les opposants à Auguste formèrent la Confédération de Varsovie et proclamèrent un interrègne, tandis les partisans d’Auguste formèrent une confédération générale à Sandomierz. En juillet, un groupe d’opposants à Auguste II, sous la pression militaire suédoise, élut Stanisław Leszczyński, voïvode de Poznań, comme roi de Pologne.

Guerre civile en Pologne

C'est le début de la guerre civile. En , à Narva, Auguste conclut une alliance avec la Russie au nom de la République des Deux Nations. La Pologne entrait ainsi officiellement en guerre contre la Suède, aux côtés de la Russie. L'occupation suédoise de l'Électorat de Saxe contraignit Auguste à abdiquer en vertu du traité d'Altranstädt en 1706. Après la victoire de Pierre sur les Suédois à la bataille de Poltava, à l'été 1709, Leszczyński, privé du soutien de Charles XII, s'enfuit à Szczecin. Bien que la Grande Guerre du Nord n'ait pas réduit le territoire polonais, elle causa d'énormes destructions, aggravées par des épidémies. Auguste II regagna le trône de Pologne et tenta de renforcer l'autorité royale, profitant de la présence de troupes saxonnes au sein de la République des Deux Nations. Cette politique provoqua des protestations anti-royales.

Confédération de Tarnogród

Le comportement des troupes saxonnes stationnées en République des Deux Nations, affectée par de mauvaises récoltes, engendra des tensions avec la noblesse, qui commença dès 1714 à former des confédérations locales contre les Saxons. En fut créée la Confédération de Tarnogród, qui avait pour objectif d'expulser les troupes saxonnes et Auguste II de Pologne. Grâce à la médiation russe, un accord fut conclu à Varsovie le et confirmé par la Diète silencieuse le . Le roi et la noblesse rejetèrent fermement la tentative de Pierre d'étendre la garantie russe aux dispositions du traité de VarsovieJacek Staszewski, August II Mocny, Wrocław 1998, s. 197–199.. Les dispositions de la Diète régissaient les relations polono-saxonnes sur la base d'une union personnelle. Les fonctionnaires polonais et les ministres saxons ne pouvaient décider que des affaires concernant leur propre pays, sans s'immiscer dans la politique de leur voisin. D'autres décisions sont également prises :

Il était interdit au roi de quitter le pays, pour quelque durée que ce soit. Les constitutions de la Diète silencieuse ont introduit des réformes modérées. Les pouvoirs des hetmans en matière de politique étrangère étaient limités. Réformes fiscales. Garantie de l'indépendance des assemblées régionales. Adoption du budget de l'État. Le roi ne pouvait pas déclarer la guerre sans le consentement de la Diète. Une armée permanente de est créée.

La Diète silencieuse de 1717 fut suivie d'une période de paix de 15 ans.

Guerre de Succession de Pologne

La deuxième élection de Stanisław Leszczyński vignette|Campagne dans les champs de Czerniaków en 1732. Après la mort d'Auguste II le Fort en 1733, la noblesse vote contre la nomination d'un étranger sur le trône de Pologne. En septembre, l'assemblée élit Stanislas Leszczyński, soutenu par la France, comme roi. Il avait déjà occupé le trône à deux reprises (de 1706 à 1709 et seulement formellement en 1733) ; lors de son premier règne, il avait aussi conclu un traité malheureux avec la Suède (1705), plaçant la Pologne sous sa dépendance jusqu'à la bataille de Poltava. Grand amateur d'art et mécène des artistes, c'était un écrivain politique progressiste, opposé au Liberum veto et partisan du renforcement du pouvoir royal et des institutions importantes. Il rejetait la servitude des paysans et écrivait avec respect sur leur travail.

Élection d'Auguste III de Saxe gauche|vignette|Portrait du roi Auguste III en costume polonais par Louis de Silvestre (1737). L'élection de Leszczyński alarma la Russie et l'Autriche. Les troupes russes et saxonnes entrent en Pologne en , ce qui permet l'élection d'Auguste III comme roi. La France déclare alors la guerre à l'Autriche, déclenchant ainsi la guerre de Succession de Pologne. En 1734, les partisans de Leszczyński forment la , qui opposera une résistance armée aux Russes et aux Saxons jusqu'en 1735.

Le règne d'Auguste III de Saxe Le règne d’Auguste III entraîne une paralysie quasi constante de la Diète ; durant son règne, seule une des quatorze Diètes organisées parvient à une conclusiob (la Diète de pacification de 1736) en raison du principe du liberum veto bloquant toute décision et couramment utilisé par les coteries de magnats (principalement la famille Czartoryski).

Les États voisins et la France ont alloué des sommes considérables pour rémunérer les hommes politiques polonais agissant pour le compte des cours étrangères. Les magnats polonais acceptaient volontiers cet argent, car les attentes des cours coïncidaient avec leurs propres intérêts : empêcher le renforcement du pouvoir royal et accroître leur influence et leur richesse. Les puissances qui influaient sur le destin de l’Europe centrale cherchaient à préserver la faiblesse intérieure et internationale de la Pologne. L’équilibre des influences étrangères étant ainsi maintenu, la noblesse croyait que l’inviolabilité de ses frontières était garantie. Le bon mot voulant que « La Pologne tient grâce à son désordre » exprimait la croyance, pernicieuse, que ses voisins toléreraient une République des Deux Nations faible, ne menaçant pas leurs intérêts. La faiblesse militaire de la Pologne a permis aux troupes étrangères de traverser son territoire, s'y comportant comme en pays conquis. vignette|La cour d'un magnat polonais en voyage sous le règne d'Auguste III. Après la Diète de pacification, la famille Czartoryski et le châtelain de Cracovie, Stanislas Poniatowski, père du roi, s'allièrent à la Russie, espérant ainsi regagner l'influence perdue après l'élection d'Auguste III. La famille Potocki conserva des contacts avec la France et la Prusse. Les Czartoryski soutenaient la réforme fiscale et militaire (vente aux enchères – agrandissement de l'armée). À la Diète de Grodno (1744), la famille Potocki, payée par le roi de Prusse, bloqua les réformes. La situation se répéta lors des Diètes suivantes.

Vers la fin du règne d'Auguste III, des voix s'élevèrent pour réclamer des réformes profondes. Auparavant, les Czartoryski et les Potocki avaient certes élaboré des programmes de réforme, mais avaient réussi à empêcher leurs rivaux de les mettre en œuvre.