Le quartier antique des Farges regroupe les vestiges d'époque gallo-romaine (entre et la fin du ) découverts au nord de la rue des Farges, sur une pente de la colline de Fourvière, à Lyon en région française Auvergne-Rhône-Alpes.
La fouille archéologique est la première fouille de sauvetage importante menée à Lyon en parallèle d'une opération immobilière. Démarrée en 1974 dans des conditions difficiles, et poursuivie jusqu'en 1980, elle découvre un quartier aménagé en terrasses qui regroupe une maison à péristyle et des demeures plus modestes, des boutiques et des entrepôts, ainsi que les grands thermes de Lugdunum, dont la localisation était indéterminée. Les vestiges des thermes sont très endommagés, seule subsiste une partie sud-ouest du soubassement des salles chauffées.
Peu d'objets remarquables sont mis au jour, hormis deux rarissimes de la fin de la République romaine et des fragments métalliques d'un attelage de charrette. L'étude des milliers de débris de poteries variées a permis l'établissement d'une chronologie d'installation du site, et a alimenté les connaissances sur l'activité commerciale de Lugdunum. Les fouilles ont aussi révélé l’importance des constructions en terre dans l’architecture romaine, peu étudiées jusque-là.
Après les fouilles, la partie non détruite du site est partiellement recouverte de terre et aménagée en espace archéologique libre d'accès. Les artefacts découverts, de menus objets du quotidien, enrichissent les collections du musée Lugdunum et sont présentés lors d'une exposition organisée en 1985-1986.
Histoire Ancienneté du quartier vignette|gauche|alt=plan ancien, voie bordée de maisons|Le quartier au début du , entre la croix de Coulle et la porte Saint-Just. Plusieurs découvertes fortuites démontrent l'antiquité de ce quartier en contre-bas du plateau de Fourvière, centre de la colonie romaine. Au , une lampe de laraire est mise au jour devant la croix de Coulle. Un fragment sculpté d'un serpent et dédié à Mithra est découvert dans un mur d'une maison de la rue des FargesRéférence et photo = CAG 69/2 p. 597., tandis qu'une citerne romaine, dite grotte Bérelle, est repérée dans le quartier. Au , un autel dédié à Erennius est découvert au 43 de la rue = CAG 69/2 p. 596., tandis qu'à proximité l'autel funéraire du vétéran Flavius Super Cepula est mis au jour dans le lycée de Saint-Just = CAG 69/2 p. 597..
Sondages alt=dessin de bâtiments sur cour|vignette|Maison du , détruite. Entre 1908 et 1912, l'archéologue Rogatien Le Nail réalise des sondages dans la partie nord du site contigüe à l'actuel lycée Jean-Moulin. Aucune publication de ces fouilles ne fut faite, seul un compte-rendu succinct fut adressé au Comité des travaux historiques et scientifiques. Ce document indique la découverte de divers débris de décoration tels que pilastres cannelés en marbre de couleurs diverses, fragment de statue en marbre blanc, pavage de salles en mosaïques. Les fouilles organisées ultérieurement n'ont pu trouver de trace de salles au sol en mosaïque.
En 1966, le service d'assainissement de la Ville de Lyon, chargé de consolider les galeries du sous-sol du lycée, atteint en perçant un puits les vestiges de deux salles voutées, soubassement d'un édifice inconnu. Ces salles sont vidées des déblais qui les encombrent, détruisant sans contrôle les couches archéologiques. Les extrémités des salles sont ensuite murées par des parois de béton. L'archéologue Amable Audin fait le rapprochement avec le lieu d'emprisonnement en 177 des martyrs de Lyon, interprétation hâtive que la découverte des thermes invalida.
En 1970, pour élargir la rue des Farges à la suite de l'augmentation du trafic routier vers l'ouest lyonnais, plusieurs immeubles anciens sont détruits entre la place des Minimes et la montée du Télégraphe. Aucune surveillance archéologique n'est réalisée, et ces travaux détruisent des maisons anciennes et des structures antiques alors que ce site est connu comme le plus ancien de la colline de Fourvière. En , une demande d'autorisation de fouilles est refusée par la Ville de Lyon, propriétaire du terrain, et des terrassements au mois d'août détruisent de nouveaux vestiges.
À la fin de 1973, Amable Audin, directeur des fouilles municipales de Lyon, fait des sondages en creusant des tranchées à la pelle mécanique. Il repère les éléments d'un mur monumental et conclut à l’existence de demeures privées.
Fouilles de sauvetage Déroulement En , la direction des antiquités de Lyon organise sous la responsabilité d'Armand Desbat une fouille de sauvetage. C'est la première opération de ce type réalisée à Lyon avec cette ampleur, mais elle commence avec un manque de temps et de moyens. L'équipe initiale se réduit à Armand Desbat, deux terrassiers et quelques bénévoles non formés. Elle est renforcée par la participation bénévole d'étudiants en archéologie. Un délai est convenu avec le promoteur qui donne accès à l'ensemble du site à fouiller jusqu'au . Ce délai est prolongé au , tandis que des retards dans la construction permettent d'organiser en une visite publique du site avec présentation des découvertes archéologiques, qui attire quatre mille personnes.
Avant leur dégagement de surface, Amable Audin obtient que les deux salles souterraines découvertes en 1966 et présentées comme soient classées monument historique par arrêté du , sous la référence PA00117792..
L'équipe put obtenir les crédits de fonctionnement nécessaires dans le cadre d'une Action thématique programmée (ATP) sur le thème de l'architecture et de l'urbanisme à Lyon entre le et le faisant partie du programme de développement de la recherche en sciences humaines dans la région Rhône-Alpes, organisé par le CNRS et la Région.
Les travaux de construction sont arrêtés en , après la suspension du permis de construire par le tribunal administratif de Lyon, faisant droit à l'action intentée par l'association Sauvegarde et Embellissement de Lyon pour irrégularités administratives. Cette interruption permet une dernière campagne de fouille en 1977 sur le terrain appartenant à la SCI rue des Farges. L'organisation des fouilles est améliorée par la création en 1977 du Groupe lyonnais de recherche en archéologie gallo-romaine., constitué en association, ce qui permet de recevoir des subventions de la Ville de Lyon et du Conseil général du Rhône et de disposer de locaux de travail, qui faisaient jusque-là défaut.
La recherche archéologique est prolongée de 1978 à 1980 sur le terrain mitoyen, propriété de la Ville de Lyon, jouxtant le lycée Jean-Moulin qui recouvre la zone des thermes antiques. Les sondages qui y sont effectués ne montrent que des vestiges complètement détruits.
Les travaux immobiliers reprennent en 1982 après modifications du projet initial de la SCI. Cette dernière rétrocède à la Ville de Lyon la portion de terrain où subsistent les vestiges et prévoit d'aménager un passage sous les immeubles pour y accéder.
En 1987, un sondage préalable à la construction de la cantine scolaire du lycée a mis au jour des structures gallo-romaines appartenant à la partie nord-est de l’ensemble monumental, mais dont l’alignement n’a pas pu être mis en cohérence avec celui précédemment établi pour les thermes.
Périmètre fouillé alt=plan schématique|vignette|Les thermes (et l'emprise du lycée moderne) en bleu, les terrasses supérieure et médiane découvertes lors des fouilles en jaune et les voies romaines en orangé. Au nord, l'odéon. Les fouilles conduites de 1974 à 1980 par le Service archéologique de la Ville de Lyon couvrent une surface de plus d’un hectare environ, sur un terrain morainique en forte pente d'ouest en est ( de dénivellation pour ), et descendant plus doucement vers le sud. Elles ont mis au jour un quartier daté de la fin du et abandonné à la fin du ou au début du : l'urbanisme antique a structuré cet espace en trois terrasses superposées d'est en ouest, dites terrasses supérieure, médiane et inférieure, desservies par deux voies orientées nord-sud reliant ce quartier aux édifices de spectacle de Fourvière.
La partie sud-est de la zone accessible aux fouilles est vide de vestiges archéologiques, car ils ont été détruits par des constructions du ou par les démolitions du chantier en cours.
Les archéologues subdivisent l’espace de fouilles en zones, désignées chacune par une lettre : A, dit îlot III occupant la terrasse médiane ; B, alias îlot I, nord de la terrasse supérieure ; C voie occidentale, au bord est de la terrasse supérieure ; D terrasse inférieure ; E ou îlot II, sud de la terrasse supérieure ; F bâtiment thermal. Dans chaque zone dégagée, les locaux délimités par des murs sont repérés par une numérotation : A1, A2.
Chronologie d'occupation Les monnaies découvertes lors des fouilles permettent de dater l'occupation du site : sur 168 monnaies éparses collectées, deux seulement datent de l'époque moderne (), quatre sont gauloises et six de la République romaine, les autres datent du (environ 30% du total) et du (environ 33%), les dernières sont quatre bronzes du règne de Commode (180-192) et un denier de son épouse Crispine. La trouvaille la plus remarquable est matérialisée par deux rarissimes de émis par Quintus Cornificius en Afrique romaine, les autres monnaies antiques se répartissent entre 15 deniers et quinaires d'argent et 149 bronzes.
Les céramiques, recueillies en grand nombre sur le site sont aussi un moyen de datation des couches archéologiques. Plus de cent mille tessons ont été récupérés dans de nombreux dépotoirs et dans les couches d’abandon, majoritairement en céramiques communes sombre et claire. Aucun débris trouvé n’est antérieur à la fondation de Lugdunum ni contemporain. Les productions des ateliers lyonnais de la période augustéenne sont présentes. Une coupure assez nette se manifeste entre le et le pour la majorité des productions (céramique sigillée, céramiques à parois fines, céramiques à glaçure plombifère, céramique commune).
Trois périodes d'occupation du site sont caractérisées : état 1, entre et Aucune trace de construction antérieure n'est détectée. La voirie est en place, un habitat dit « maison augustéenne » et des boutiques ou des ateliers occupent une partie de la terrasse supérieure. La terrasse médiane n'est pas bâtie et semble servir de décharge aux activités de la terrasse supérieure. Des boutiques bordent le côté ouest de la terrasse inférieure, adossées au mur de soutien de la terrasse médiane ; état 2, entre et . Le quartier se développe. Les terrasses supérieure et médiane sont nivelées et bâties. Vers , la terrasse inférieure est rehaussée par les déblais de construction de grands thermes, au nord du site. Les études ultérieures ont permis d’affiner le phasage en 2a, époque de Tibère (14-37) et 2b, à partir du milieu du ; état 3, entre et environ, l'organisation générale du quartier évolue peu, les bâtiments connaissent des remaniements internes mineurs, tels que réfection de sols et déplacement de cloisons intérieures. Les thermes sont en partie reconstruits. Au début du , le site est à l'abandon, une partie des bâtiments sont détruits par un incendie. La terrasse inférieure sert de nécropole au et .
Voirie antique Un tronçon de rue est repéré entre la terrasse haute et la terrasse intermédiaire. Orientée nord-sud, cette rue apparait comme le prolongement de la voie pavée qui passe derrière l'odéon et le théâtre. Le tronçon découvert ne conserve aucun dallage, il descend rapidement (altitude restituée de 259 à , soit une pente à 6 %) tout en rétrécissant d'une largeur de d'une façade de maison à l'autre dans sa partie la plus haute à seulement au milieu du site fouillé. Dans la partie nord de la rue, un mur à deux mètres en avant des constructions semble être la base d’un portique. Au milieu de cette rue se trouvait un collecteur, détruit à l'exception de son extrémité nord, qui mesure un mètre de largeur pour de hauteur intérieure.