L'industrie minière au Cambodge repose principalement sur l'exploitation de l'or, des pierres précieuses (rubis, saphirs, zircons) et du minerai de fer, ainsi que sur l'exploration de gisements de bauxite et de pétrole non exploités. Bien que l'activité métallurgique soit attestée dès l'âge du fer avec des preuves de production locale de fer et de bronze, et qu'elle se soit poursuivie durant l'Empire khmer (- siècle) pour soutenir les grands programmes de construction d'Angkor, le secteur minier cambodgien demeure historiquement modeste à l'échelle régionale.

Durant la période coloniale française de 1863 à 1953, l'exploitation se concentre principalement sur les pierres précieuses de Pailin, les phosphates de Battambang et, dans une moindre mesure, le minerai de fer de Phnom Dek. Après l'indépendance, l'extraction de gemmes à Pailin est instrumentalisée par les Khmers rouges durant leur guérilla pour financer l'achat d'armes, puis alimente une économie parallèle contrôlée par d'anciens commandants. Au début du , une ruée vers les ressources minérales s'enclenche à partir de 2006, avec l'octroi de plus de 100 licences d'exploration et d'exploitation, principalement pour l'or, la bauxite et le fer.

En 2024, le secteur génère près de 100 millions de dollars de recettes non fiscales, marquant une croissance de 80 % par rapport à 2023, portée notamment par la mine d'or d'Okvau. Le gouvernement cambodgien considère désormais l'industrie minière comme un élément central de sa stratégie de diversification économique. Toutefois, le secteur fait face à des contraintes structurelles majeures, notamment des infrastructures sous-développées, une opacité administrative et des préoccupations environnementales et sociales. Le Cambodge se classe parmi les industries extractives les moins transparentes au monde selon le , avec des cas documentés de corruption, d'accaparement de terres et d'exploitation non réglementée dans les zones protégées.

Histoire Époque ancienne (Note : La connaissance de l'histoire industrielle et culturelle du Cambodge est compromise par le pillage intensif des sites. L'extraction illégale d'artefacts, motivée par la valeur marchande des métaux et des antiquités, entraîne la destruction irrémédiable des contextes archéologiques. Des sites majeurs comme , Bit Meas, ou le Village 10.8 subissent des fouilles clandestines systématiques, souvent réalisées par des villageois locaux pour le compte de réseaux de trafic d'antiquités. On estime qu'environ 90 % des objets nouvellement découverts, incluant des tambours de bronze Heger-I et des parures en or, disparaissent dans ces circuits illicites, effaçant des pans entiers du récit historique de la technologie minière cambodgienne.)

vignette|300px|À dans la province de Siem Reap ont été découverts de nombreux objets en fer et en bronze qui témoignent d'un artisanat métallurgique développé. Plusieurs sites du nord-ouest et du centre-ouest du Cambodge, datant de l'âge du fer (environ 87 à 526 apr. J.-C.), fournissent des preuves matérielles directes d'une activité métallurgique active. À , les fouilles ont révélé des résidus de fusion, notamment des pièces de scorie de fer dans différentes unités stratigraphiques, ainsi que des amas d'argile cuite interprétés comme des fragments de fours ou des zones de cuisson industrielle. Le site de confirme cette tendance avec la découverte, dans les couches domestiques, d'une masse de fer (iron bloom) et de gâteaux de scories (slag cakes), démontrant un processus de production sur place ou à proximité immédiate. L'outillage lithique associé, comprenant des pilons en grès et une meule, suggère également des activités liées à l'exploitation ou à la transformation de matériaux bruts.

vignette|gauche|300px|Le site de dans la province de Prey Veng, riche en objets en or et argent (bijoux), a permis de mieux comprendre les marqueurs de stratification sociale du Cambodge ancien. L'activité métallurgique alimente une consommation locale variée, visible dans les contextes funéraires. Le fer est transformé en outils agricoles (faucilles, instruments de creusage), en armes (lances, pointes de projectile) et en objets divers. Le bronze et le cuivre sont privilégiés pour l'ornementation, sous forme de bracelets, d'anneaux d'orteils et de mains, ainsi que de cloches. Parallèlement à la métallurgie, l'exploitation et le commerce de matériaux minéraux non-métalliques jouent un rôle central dans l'économie. Les sépultures de l'âge du fer recèlent une grande quantité de perles en verre, en agate et en cornaline. La présence de ces matériaux, souvent d'origine exogène (Inde ou Chine), ainsi que l'analyse de leur composition (verre sodo-aluminique), témoignent de l'insertion des communautés cambodgiennes dans des réseaux commerciaux à longue distance. L'accumulation de ces biens, particulièrement visible sur le site de où abondent l'or et l'argent, sert de marqueur de stratification sociale, distinguant des niveaux de richesse relative au sein de la population.

Il était établi par certains travaux, s'appuyant sur des découvertes de l'âge des métaux précoce, qu'il y avait un manque de ressources locales au Cambodge pour la production de métaux. Selon cette perspective, le moulage de bronze local était très rare et les communautés dépendaient de sources extérieures, important des produits finis depuis la Thaïlande ou le Vietnam, ou faisant appel à des artisans itinérants. À l'opposé, des recherches initiées en 2021 dans la région de Chhaep (province de Preah Vihear) documentent l'existence d'un vaste complexe minier et métallurgique local qui atteste d'une tradition d'extraction et de production primaire de cuivre et de fer s'étendant sur deux millénaires, contredisant ainsi l'hypothèse d'une absence totale de ressources cuprifères rentables ou d'une dépendance exclusive aux importations. Ce complexe comprend une quinzaine de sites associés à l'extraction et au traitement du minerai. Deux sites principaux permettent de caractériser la chaîne opératoire de la production de cuivre : Phnom Chroap Phdau (PCP) et Trapeang Choan Sanlong (TCS). Le site de PCP présente une ancienne fosse d'extraction de minerai de cuivre d'un volume estimé à m³, entourée de vastes haldes (amoncellement de déchets miniers). Le site de TCS, quant à lui, témoigne des opérations de réduction avec des amas de scories répartis sur dix hectares et des fours de réduction identifiés par les fouilles. Les analyses physico-chimiques indiquent que si les scories écoulées sont homogènes, les scories plates présentent une composition variée suggérant des opérations distinctes de préparation ou de transformation secondaire. Cette activité s'étend chronologiquement de la fin du au début du .

Empire khmer et âge sombre vignette|350px|La construction de villes-temples sous l'Empire khmer, telles Angkor, a nécessité des masses considérables de matériaux en latérite et grès, provenant notamment du massif du Phnom Kulen, mais également en fer, cuivre et étain, ce qui a structuré tout le système d'extraction et de production métallurgique. Durant la période de l'Empire khmer (-), l'exécution de l'immense programme conçu par les rois-bâtisseurs d'Angkor exige des opérations d'extraction et de transport massives. D'une part, la latérite, une roche volcanique qui affiche une couleur brun rougeâtre et un aspect granulé, s'impose pour les parties des édifices nécessitant une taille particulièrement soignée. Les gisements de cette latérite constituent d'ailleurs le sous-sol même d'Angkor. D'autre part, le grès joue un rôle essentiel dans les parties des structures destinées à recevoir des sculptures. Cependant, ce grès ne se trouve pas à proximité de la capitale. Cette absence oblige les bâtisseurs à creuser de vastes carrières au pied des collines voisines pour garantir l'approvisionnement en roche. Les blocs qui émanent de ces carrières affichent une couleur gris-jaune ou légèrement rosée, ils offrent une taille facile et durcissent rapidement à l'air. Le massif du Phnom Kulen, situé à proximité, se compose par exemple d'un grès calcaire très tendre, il s'effrite et s'émiette lorsqu'il subit l'exposition au vent et à la pluie (ce qui fait qu'il n'existe plus de temple dont les sculptures ne soient pas plus ou moins altérées par l'action du climat tropical). Le transport des blocs débités sur place soulève un problème important pour les ingénieurs de l'époque et on a recours à l'usage d'éléphants pour assurer le déplacement des charges.

Des études archéométallurgiques révèlent également que l'industrie du bronze constitue un élément important du pouvoir royal dès le , principalement en raison de sa ressemblance avec l'or et de sa fonction en tant que matériau de choix non accessible au commun des mortels. L'étain pour sa fabrication était sans doute importé du Laos ou de la péninsule malaise. La fonderie du palais royal d'Angkor constitue la seule fonderie de cette époque connue au Cambodge. Sa proximité immédiate avec le palais royal renforce l'idée d'une mainmise du pouvoir sur cette production. Elle fonctionne pendant environ cent ans avant que l'activité bronzière ne s'arrête vers la fin du . Elle produit principalement de la grande statuaire en bronze, des images des divinités hindoues et bouddhiques et peut-être aussi des statues portraits de dignitaires, parfois recouvertes d'or et ornées d'incrustations de pierres précieuses, destinée à des sanctuaires majeurs, des sites religieux et de pèlerinage, comme Preah Khan.

vignette|gauche|300px|Les statues en bronze d'Angkor ont également nécessité une industrie métallurgique développée ainsi que des réseaux d'échange structurés car l'étain devait être importé de l'étranger, le territoire khmer en étant dépourvu. L'activité minière est intimement liée à l'expansion territoriale, aux besoins agricoles et à la puissance militaire de l'État angkorien. Les recherches récentes, notamment le projet IRANGKOR, ont mis en lumière l'importance cruciale des réseaux d'échange pour pallier l'absence de ressources métalliques à proximité immédiate de la capitale, Angkor. L'exploitation s'est concentrée principalement sur le fer, le cuivre, et, dans une mesure différente, sur l'or.