La théologie de l'enfouissement, ou pastorale de l'enfouissement, est une doctrine qui a prévalu dans l'Église catholique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement à la suite du concile Vatican II. Proche des idées de la gauche chrétienne, cette doctrine insiste sur la nécessité de garder un caractère confidentiel à la foi catholique, afin de ne pas heurter les incroyants ni les fidèles d'autres religions. Elle est en déclin depuis les années 1980-1990.

Origines vignette|La Parabole du levain par John Everett Millais. Selon la doctrine de l'enfouissement, la foi catholique, et plus généralement la foi chrétienne, doit rester confidentielle, voire secrète.. Aucun signe visible ne doit permettre de l'identifier, sous peine de choquer les fidèles d'autres religions ou les athées que les catholiques côtoient fréquemment dans les milieux de la gauche politique et des organismes caritatifs comme le Secours catholique..

La pastorale de l'enfouissement trouve son origine scripturaire dans la parabole du levain mentionnée dans deux des Évangiles synoptiques : Matthieu 13:33 () et Luc 13:20-21 (). De même, selon cette pastorale, en demeurant discrets parmi les autres hommes, les chrétiens jouent le rôle du levain actif qui fait lever la pâte.

La théologie de l'enfouissement, qui tente de répondre à la question de la place du christianisme dans un monde de plus en plus empreint de laïcité, se développe après la Seconde Guerre mondiale et connaît son apogée au lendemain du concile Vatican II. Si elle ne rencontre que peu d'opposition dans la hiérarchie catholique, ses détracteurs comparent cette période à des pour l’Église..

Le problème de l'évangélisation et de la forme qu'elle doit prendre se pose en effet à partir de 1945, dans le cadre associatif et dans le monde de l'entreprise, avec notamment les prêtres ouvriers qui travaillent en usineChloé Andries, « Les curés « chandail » et les curés « col romain » », Le Nouvel Observateur, 28 mai 2012.. Il continue de se poser vingt ans plus tard, d'une manière sensiblement analogue, dans le contexte du dialogue interreligieux préconisé par le concile. La stratégie de l'enfouissement correspond alors chez de nombreux prêtres à une volonté de ne pas se singulariser, de se fondre dans la masse, en adoptant un aspect passe-partout afin d'être plus proches des milieux où ils exercent leur ministère. Toute une génération de prêtres renonce à porter des signes distinctifs tels que le col romain et la soutane, en refusant de se voir identifiés, « étiquetés » en tant qu'hommes d'Église.

Déclin Si le mouvement des prêtres ouvriers a été reconnu par le concile, après avoir été interdit par le Vatican entre 1954 et 1965, il perd peu à peu de sa popularité, jusqu'à une disparition quasi totale au cours des années 2010. Le tournant apparaît dans les années 1980-1990.

C'est sous le pontificat de Jean-Paul II que la doctrine de l'enfouissement entame son déclin, lorsque la nouvelle évangélisation appelle les croyants à une annonce explicite de l’Évangile.. Un responsable de l'enseignement catholique en France note que le temps n'est plus où « la logique de l'enfouissement » correspondait à une époque « où l'Église pensait devoir se faire pardonner son triomphalisme passé ».

Dans un même esprit, le pape François, lors d'une audience générale en , met en garde contre une attitude de renfermement de l’Église catholique sur elle-même qui nuirait à sa mission d'évangélisation :

Dans son commentaire de la parabole des talents (Matthieu 25:14-30), le pape François revient sur la spiritualité de l'enfouissement en considérant que , et que Il ajoute :

Enjeux À compter des années 2010, le déclin de la théologie de l'enfouissement tend à s'accentuer : les impératifs de l'évangélisation la relèguent à l'arrière-plan et, en sens inverse, mettent en lumière la vocation missionnaire des fidèles, prêtres et laïcs confondus dans un même idéal apostolique« Semaine de l'unité des chrétiens - La mission : aujourd'hui, l'enfouissement, c'est fini ! », Famille chrétienne, 18 janvier 2016..

Cependant, un autre facteur, cette fois d'ordre sociétal, vient conforter cette tendance : entre la baisse de la pratique des catholiques et la crise des vocations sacerdotales, les prêtres deviennent de plus en plus minoritaires au sein des sociétés occidentales, comme l'observe le sociologue Nicolas de Bremond d'Ars. Il leur faut alors un signe distinctif, notamment dans leur tenue vestimentaire, d'autant plus qu'ils doivent se mesurer à la concurrence de « pasteurs évangéliques, qui n’hésitent pas à porter l’habit ecclésiastique ». Après les années d'enfouissement, la signification du col romain a donc évolué, écrit la sociologue Céline Béraud : s'il procédait encore d'un « réflexe identitaire » dans les années 1990, trente ans plus tard il exprime surtout un certain attachement à l’institution ecclésiale. Depuis les années 2010, la coexistence de ces deux conceptions, l'une issue du courant moderniste des années 1950-1960, l'autre issue des changements de paradigme à partir des années 1980, incite à se demander laquelle des deux relève le plus d'une vision traditionnelle, « classique », du catholicisme.

Notes et références

Bibliographie Céline Béraud, Le Métier de prêtre, éd. de l'Atelier, 2006, 158 p. Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d'être chrétien, anatomie d'un effondrement, Paris, 2018, Éditions du Seuil, 288 p., réédition coll. « Points Seuil Histoire », 2020 Guillaume Cuchet, Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux : La Passion de L’Évangile - Indifférence religieuse, Visibilité de l'Église et évangélisation, Paris, Bayard / Cerf / Fleurus-Mame, 2010. Laurent Grzybowski, « Synode sur l'évangélisation : le grand retour de l' « enfouissement » ! », La Vie,

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