Ilario Franco, né le à Caulonia et mort le à Naples, est un avocat, journaliste et homme politique fasciste italien.

Biographie

Jeunesse Fils d'un père inconnu et de Rosa Franco, celle-ci parvint à l'envoyer à l'école locale, puis à Locri. Il s'inscrivit par la suite en droit à l'Université de Naples, mais dut interrompre ses études car, après la défaite de Caporetto, il fut mobilisé et combattit lors de la Première Guerre mondiale, obtenant le grade de lieutenant sur le champ de bataille.  

Initiateur du mouvement fasciste en Calabre Alors qu'il servait encore dans l'armée à Vado Ligure, au sein du 5e régiment de bersagliers, en 1919, en tant que président de la section des combattants, il écrivit à Mussolini pour lui faire part de son intention de créer une branche des Faisceaux italiens de combat à Caulonia : « Illustre Président, ayant lu dans le n° 15 du Fascio le manifeste-programme du Comité fasciste triestin, j’ai pu me convaincre que les Fasci di Combattimento n’ont rien à voir avec les Associations de Combattants etc. Mes idées correspondant à celles établies par le programme fasciste, je souhaiterais faire naître dans ma lointaine petite ville calabraise un « Fascio ». Je m’adresse donc à vous pour savoir si vous voudrez bien être assez aimable de me fournir toutes les précisions possibles en me faisant parvenir en outre une copie du programme général et du Statut qui régit le fascisme. Avec une parfaite estime, Lt Ilario Franco, Président de la Section des Combattants, Caulonia (Reggio Cal.), 2.12.19 – Mon adresse actuelle est : Ilario Franco, 5° Régiment des Bersagliers – Vado Ligure (Gênes) »Le , Mussolini lui répondit : « Lieutenant Flavio (sic) Franco, président de la Section des Combattants, Caulonia, Province de Reggio Calabria. Je réponds à votre lettre du 12 courant en vous donnant les informations que vous me demandez. Dans le Fascio di Combattimento peuvent entrer des combattants et des non-combattants pourvu que tous aient pour but et pour objectif, sans préjugés politiques, le bonheur et la grandeur de la Nation, et pourvu qu’ils soient des antibolchéviques déclarés. Les Fasci Italiens de Combattimento n’ont pas de statut mais un bref programme que je vous joins ici et qui vise au renouvellement politique et économique de l’Italie. La tâche des Fasci di Combattimento est d’étudier et de résoudre au fur et à mesure toutes les questions d’ordre politique et économique qui se présentent dans la vie italienne et de se conformer aux délibérations des Congrès Nationaux. Lorsque vous aurez constitué le Fascio di Combattimento, envoyez à ce secrétariat l’adhésion ou la nouvelle de la constitution ainsi que le nombre des membres, les noms des composants du Conseil Directeur et le nom du Secrétaire et Fiduciaire avec l’adresse précise, avec lequel Secrétaire nous correspondrons. Après cela, nous vous expédierons les cartes de reconnaissance et à cet effet je vous joins également la circulaire « E ». Dans l’attente d’une réponse bienvenue de votre part, je vous salue distinguement. »À sa démobilisation, il fut parmi les fondateurs du mouvement fasciste calabrais. Le , il écrivit au secrétaire général des Faisceaux, Umberto Pasella, pour l'informer que la section calabraise des Faisceaux avait été fondée à la Casa del Popolo le . Première section des Faisceaux italiens de combat en Calabre, elle comptait 30 membres et s'inspirait du programme de 1919. gauche|vignette|300x300px|Ilario Franco (au centre) vers 1920, tenant un faisceau. Le , il assista au deuxième congrès du parti à Milan et y prononça un discours dénonçant les problèmes de la Calabre, région jugée comme abandonnée par le gouvernement. Après son discours, sur recommandation de Umberto Pasella, Ilario Franco fut intégré au Comité central à partir du . Dans le même temps, Elisa Mayer Rizzoli (1880-1930), présidente de l'association « Sœurs des Légionnaires de Fiume et de Dalmatie », lui remit un fanion brodé d'or puis, de retour à Caulonia, fonda les Avant-gardes de la jeunesse de Caulonia et de Gerace Marina, et en informa Pasella dans une lettre datée du . Il annonça également la création de plusieurs Avant-gardes fascistes à Gerace Marina, Bagnara Calabra et Monteleone.  

Convaincu que le fascisme était le mouvement capable d'élever la condition de la classe ouvrière, Ilario Franco fonda à Caulonia une coopérative ouvrière, et, pour combattre les grands propriétaires terriens, lança le journal Riscatto, organe fasciste du mouvement ouvrier calabrais, dont le premier numéro parut à Caulonia le et qui publiait des articles comme « Organisons les paysans pour détruire la grande propriété foncière ». Dans l’éditorial de première page, en soutien à son idée de libération du peuple et des masses du joug de la bourgeoisie, afin de s’attirer les sympathies des travailleurs des champs, il écrivit l’article intitulé « Saluto » :« À vous, travailleurs des champs au teint hâlé, infatigables scrutateurs de la nature, ivres de soleil et de fatigue ; à vous, ouvriers émaciés des ateliers, chercheurs inlassables, créateurs infatigables de nouveaux dispositifs de progrès ; à vous, humbles mineurs pâles comme la lumière de la lampe qui vous guide dans la recherche des vitalités mystérieuses de la nature souterraine, parvienne le salut reconnaissant du nouveau soleil de la liberté ! Vous qui souffrez en vain le poids brutal de l’exploitation, levez avec sérénité le front ; les temps de la revanche sont arrivés, ce sont les temps de la riposte ; l’âme pleine de foi dans la victoire certaine, en avant donc sur le sentier fleuri qui marquera le chemin, le triomphe de la nouvelle foi. Plus de despotes ni de tyrans, plus d’exploiteurs des énergies humaines ; aujourd’hui plus que jamais, compagnons travailleurs, s’élève haut le nom du droit et l’égalité et la liberté dans les classes sociales s’impose (…)

Personne n’aura le droit d’exploiter vos énergies, chaque propriétaire, chaque patron d’aujourd’hui sera, devra être notre compagnon de travail de demain ; vos enfants naîtront libres, grandiront forts, protégés par le droit et les lois ; vos créatures, comme celles du riche, pourront accéder aux plus hauts échelons de l’État dont vous-mêmes serez appelés à le représenter, à en contrôler l’action. Les luttes de caste n’existeront plus ; un nouveau sang ne sera plus versé pour le triomphe de l’autocratie néfaste ; de nouvelles méthodes, de nouveaux régimes s’imposent aujourd’hui et nous les aurons. Et vous, compagnons travailleurs, vous verrez couronné de succès le rêve que tant ont caressé, vous verrez enfin se briser vos chaînes, vous verrez resplendir en vous, reconstituée, la plus belle, la plus noble des vertus sociales : la liberté. Salvete ! »Aussi, afin de gagner le soutiens des ouvriers agricoles, Ilario Franco publia plusieurs articles et dénonça à diverses reprises le bolchevisme lui valant des attaques de la part du périodique socialiste Il Gazzettino Rosso. vignette|306x306px|Le journal Riscatto. Cependant, l'orientation « de gauche » d'Ilario Franco rentra vite en contradiction avec la faction droitière du mouvement fasciste au niveau national. Dans la missive envoyée à Ilario Franco par Umberto Pasella, secrétaire général des Faisceaux, on lit notamment :« Je réponds à votre lettre du 24 juin dernier avec retard, car j’étais absent de Milan pour de la propagande. Vous ne devez pas vous préoccuper de la quantité mais de la qualité des membres comme des organisations. Vouloir tout embrasser d’un coup est peu tactique et impossible. Je ne crois absolument pas que dans nos Fasci puissent venir beaucoup d’éléments ouvriers. Notre mouvement est l’expression de la moyenne bourgeoisie, encore plus maltraitée que les ouvriers eux-mêmes, et vous en avez indubitablement une preuve lorsque vous constatez que le mouvement étudiant prend de l’ampleur tandis que le développement ouvrier des Fasci n’est pas aussi intense ».Cette incompréhension de la part de Ilario Franco conduisit à un conflit avec les fascistes locaux, et, après avoir présenté une lettre de démission au Comité Central, en , il fut démis de ses fonctions par le mouvement après avoir reçu une lettre de Cesare Rossi qui lui faisait part de cette « douloureuse obligation ».

Action politique après l'exclusion Après avoir quitté la Calabre, il s'installa à Savone, d'où il écrivit à son ami Giulio Cesare Racco auquel il déclara : « Par mon action destructrice, j'entendais renverser le système féodal, source de tant de déshonneur et de honte pour nous, Calabrais, et élever le peuple, qui travaille et souffre, aux sommets de la liberté et de l'indépendance économique de ce Nord industrieux […] Si les idées issues de ce syndicalisme pur, que je voulais dicter pour libérer les travailleurs de notre pays d'un joug méprisable et cupide, sonnent aux oreilles des fascistes de la dernière heure comme des notes pestilentielles de subversion, que soit sanctifiée la subversion qui a initié la formation d'une conscience chez le peuple et visé l'élévation morale et économique de nos travailleurs. » Décrit comme un « fasciste hérétique et extrémiste » et républicain par l'historien italien Vittorio Cappelli, Ilario Franco retourna en 1923 à Caulonia, où il fonda en juillet un Cercle futuriste, qui reçut l'approbation de Marinetti, et donna naissance au journal La Fionda : Journal du peuple, dans lequel il défendit ses idées, publia deux biographies de Michele Bianchi et d'Enrico Toti, et s'intéressa aux activités des fascistes Calabrais. vignette|297x297px|Le journal La Fionda. Ayant toujours comme projet la lutte contre les grandes propriétaires terriens, Ilario Franco se lia d'amitié avec le communiste Pasquale Cavallaro avec qui il fonda le journal La Libertà, dans lequel, après l'assassinat de Matteotti, il publia des articles virulents contre le fascisme.

En retrait de la vie politique Après 1924, tout en poursuivant son activité de journaliste, il reprit ses études et obtint son diplôme de droit, devenant avocat. En 1927, il demanda sa réintégration au Parti fasciste Caulonia, mais sa requête fut rejetée. Cinq ans plus tard, sur recommandation du préfet de Reggio de Calabre, il fut inscrit au registre politique central comme antifasciste. Le préfet de Reggio de Calabre écrivait au ministère de l'Intérieur le : « Pour les besoins du service des archives, j'ai l'honneur de signaler à ce honorable ministère le cas de l'individu en question, qui, initialement, en 1920 pour être précis, était fasciste et résidait quelque temps à Milan, mais fut ensuite exclu du Parti pour indignité. Il rejoignit par la suite l'opposition et fut correspondant pour le quotidien censuré Il Mondo et pour l'hebdomadaire antifasciste La Libertà. En 1924, il participa également au mouvement visant à établir une section d'anciens combattants de l'Italie libre dans cette province. »Par la suite, il ne fit plus parler de lui même si on le soupçonna un temps d'appartenir à une organisation opposée au régime. Une autre note, datée du , fut écrite par le préfet dans laquelle il signalait que « le subversif en question avait été retrouvé à Milan et rapatrié ici avec un ordre d'expulsion ». De retour à Caulonia, il mena une vie normale sans susciter d'« objections de nature politique ». En 1936, il s'installa à Locri où, toujours sous surveillance policière, il manifesta des « sentiments favorables au Régime ».

En 1940, Ilario Franco vivait à Locri avec son épouse Giuseppina Codisposti, qu’il avait épousée en 1928, et y exerçait la profession d’avocat, étant inscrit à l’Albo du Foro de Locri. Il s’éteignit à Naples, où il était en traitement, à l’âge de 42 ans, le .

Publications

La magistratura del lavoro. Norme pratiche per i giudizi Il galateo nella casa di Dio

Notes et références

Bibliographie

Giorgio A. Chiurco, Storia Della Rivoluzione Fascista, Vol. IV, Vallecchi Editore, Firenze 1929, pp. 88, 89, 99.