Michel-Julien Mathieu, dit Lépidor, né le à Fontainebleau et mort en à Coulommiers, est un compositeur, librettiste, traducteur, auteur dramatique et magistrat français. Élevé à Versailles, Michel-Julien se distingue par ses talents de violoniste, de chanteur et de compositeur. Issu d'une famille de musiciens de la Chapelle royale, il exerce sous l'Ancien Régime comme secrétaire auprès de grandes figures de l'aristocratie, ce qui lui permet d'accéder aux cercles cultivés de la haute société et aux réseaux maçonniques parisiens. Compositeur et auteur d'une quinzaine de pièces de théâtre, dont plusieurs comédies lyriques représentées à Versailles, il adapte notamment un opéra-bouffe de Paisiello, Orgon dans la Lune, créé le au Théâtre de Monsieur. À partir de 1790, Michel-Julien abandonne la musique pour embrasser une carrière politique révolutionnaire, devenant successivement président de la section des Thermes de Julien (1790), juge de paix de la section des Invalides (1791), puis juge de paix de service au Bureau central (1792). Membre du Club des Jacobins, il est davantage proche des Feuillants et se trouve suspendu de ses fonctions après l'insurrection du . Après la Terreur, il devient commissaire puis procureur à Coulommiers sous le Directoire, l'Empire et la Restauration.
Biographie Origines et formation Michel-Julien Mathieu naît le à Fontainebleau, second fils de Michel Mathieu (1689-1768), musicien du roi depuis 1728, et de Jacqueline Françoise Barbier (1708-1773), chanteuse au concert de la reine. Son frère aîné, Julien-Amable Mathieu (1734-1811), devient premier violon à la chapelle du roi (1761-1770) puis maître de musique en 1770. Formé à la musique et aux belles-lettres, il se distingue en adoptant le surnom de « Lépidor ».
Carrière musicale et littéraire Compositeur, il écrit plusieurs opéras (restés manuscrits), des motets, neuf sonates pour violon seul, trois quatuors, six trios, six pièces pour clavecin, ainsi que des airs et chansonsJean-Benjamin de La Borde, Essai sur la musique ancienne et moderne, , Paris, 1780, .. Comme librettiste, il adapte en 1789 Il credulo deluso de Paisiello sous le titre Orgon dans la Lune ou le Crédule trompé, créé au Théâtre de Monsieur le Louis Péricaud, Théâtre de "Monsieur", Paris, E. Jorel, 1908, p. 48.. Auteur prolifique, il écrit au moins quatorze pièces de théâtre avant 1780, dont une seule est imprimée : Amélie, tragédie bourgeoise (Ballard, 1773), inspiré de l'Amelia de Henry Fielding (1751), traduite par Marie-Jeanne Riccoboni en 1762. Parmi ses autres œuvres figurent notamment Le Patriotisme ou le bon Français à Londres, comédie héroïque en cinq actes dont le titre préfigure son engagement politique, et L'École des Filles, comédie en vers mêlée d'ariettes, représentée quinze ou seize fois à Versailles et en province par la troupe de Mademoiselle Montansier.Traducteur de l'anglais, il traduit le Voyage sentimental de Laurence Sterne, les Lettres du Duc de Cumberland à Milady Grosvenor avec notes critiques, et un discours d'Edmund Burke au Parlement (). Ses manuscrits sont déposés dans les bibliothèques du duc d'Aumont et du marquis de PaulmyJean-Benjamin de La Borde, op. cit., p. 452.. Professeur de musique, il enseigne notamment à Jean-Nicolas Marrigues.En 1765, il entre au service du comte de Cheverny comme précepteur de son fils et l'accompagne dans son château en Touraine. Dans ses Mémoires, Cheverny témoigne que Lépidor « jouait supérieurement du violon, chantait agréablement et était compositeur »Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Mémoires sur les règnes de et et sur la Révolution, éd. Robert de Crèvecoeur, Paris, E. Plon, Nourrit et C, 1886, .. Dès 1765, il publie des recueils d'airs et de chansons.
Carrière de secrétaire et engagement maçonnique Il exerce successivement comme secrétaire-interprète auprès du comte de Durfort, lieutenant du Blésois (1766), du prince de Guéméné (1768), du duc de Lauzun, puis du chevalier de Luxembourg (avant 1784)Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la Révolution, éd. Robert de Crèvecoeur, Paris, E. Plon, Nourrit et C, 1886, p. 353.. Il devient ensuite secrétaire général des gardes du corps du RoiPaul Robiquet, Le personnel municipal de Paris pendant la Révolution. Période constitutionnelle, Paris, Maison Quantin, 1890, . et s'installe rue Saint-Dominique. Franc-maçon actif, il est membre de la loge « La Triple Harmonie », Orient de Paris (1774), puis de la loge « Le Patriotisme », Orient de la Cour (1787-1789), où il est député au Grand Orient. Il compose de la musique maçonnique (perdue)Sabine Cotte, op. cit., ; Roger Le Bihan, Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France, Paris, BNF, 1966, ..
Les premiers pas dans la Révolution Dès , Lépidor est élu président de la section des Invalides. Membre actif de la Société des Amis de la ConstitutionFrançois-Alphonse Aulard, La Société des Jacobins. Recueil de documents pour l'histoire du Club des Jacobins de Paris, Paris, 1889-1897., il intervient publiquement lors de séances en mai-, notamment sur la liberté de la presse et sur la conduite à tenir après la fuite de Varennes, où il défend le maintien de la monarchie constitutionnelle sous conditions strictes, position caractéristique des FeuillantsFrançois-Alphonse Aulard, op. cit., , .. Il fréquente également le Club des Cordeliers en avril-, sans que son appartenance formelle soit attestéeMichèle Grenot, Le souci des plus pauvres. Dufourny, la Révolution française et la démocratie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019. et rejoint le club de la Sainte-Chapelle.
Juge de paix (1791-1792) Élu juge de paix, Lépidor tient sa première audience le . Se qualifiant de « », il siège pendant dix-neuf mois, cumulant ses fonctions judiciaires avec celles de représentant de la Commune de Paris et de sous-lieutenant de la compagnie du bataillon des ThéatinsGuillaume Métairie, Des juges de proximité : les juges de paix. Biographies parisiennes (1790-1838), Paris, L'Harmattan, 2002, .. Le , après la chute de la monarchie, il est suspendu par la Commune insurrectionnelle et remplacé par Jean-François Charpentier. Cette épuration vise les juges de paix considérés comme modérés ou feuillantsGuillaume Métairie, op. cit., p. 148.. Après sa suspension, Lépidor disparaît un temps des sources.
Carrière judiciaire (1795-1814) Après avoir survécu à la Terreur, Lépidor est nommé le commissaire du Gouvernement près le tribunal de première instance de CoulommiersLes compositeurs de musique versaillais, op. cit., p. 67.. En 1804, il devient procureur impérial, fonction qu'il conserve jusqu'en 1814. Lors du retour des Bourbons en , il devient procureur du roi. Il meurt en fonction en .
Œuvres Musique instrumentale Neuf sonates pour violon seul Trois quatuors Six trios pour violon Six pièces pour clavecin
Opérette Les Amours de Protée, opérette Orgon dans la Lune ou le Crédule trompé, opérette en , musique de Paisiello, 1777 (Théâtre de Monsieur, ) Le Sacrifice d'Abraham, opéra en , musique de Mathieu dit Lépidor, paroles de Félix Nogaret (ouvrage inachevé, l'ouverture manque)
Tragédie Amélie, tragédie bourgeoise en en prose (Paris, Ballard, 1773) - seule œuvre imprimée
Drames Le jeune Veuf, drame en en prose (manuscrit) Timante, drame en en vers, mêlé d'ariettes (manuscrit, non représenté)
Comédies L'Inconséquent, comédie en en prose, sujet traité deux fois (manuscrit du dernier perdu) Le Patriotisme ou le bon Français à Londres, comédie héroïque en plan complet, exécution abandonnée au 3e acte (manuscrit) L'Homme d'affaires, comédie en en prose, non représentée (manuscrit) L'École des Filles, comédie en en vers, mêlée d'ariettes La Tarentule, comédie en en prose, mêlée d'ariettes, non représentée (manuscrit perdu) Notes et références
Bibliographie
Catégorie:Compositeur français du XVIIIe siècle Catégorie:Traducteur français du XVIIIe siècle Catégorie:Personnalité de la Révolution française Catégorie:Juge de paix Catégorie:Magistrat français du XIXe siècle Catégorie:Naissance en octobre 1740 Catégorie:Naissance à Fontainebleau Catégorie:Décès en juillet 1814 Catégorie:Décès à 73 ans