L'Ascension de la méritocratie (The Rise of the Meritocracy) est un roman satirique du sociologue et homme politique britannique Michael Dunlop Young, publié pour la première fois en 1958. Cette satire se veut alors la critique acerbe du système tripartite d'éducation en vigueur au Royaume-Uni, classant par concours les élèves dès l'âge de 11 ans dans des filières à visée universitaire ou professionnalisante.
L'auteur projette en 2034 une société britannique dystopique dans laquelle le mérite (défini comme la somme du quotient intellectuel et de l'effort) serait devenu la valeur cardinale déterminant l'organisation de la société. Valorisé au motif du progrès social, le mérite bouleverse certes les anciennes divisions de classes, mais amène ironiquement la société à se diviser nouvellement entre une élite méritocratique détenant le pouvoir et une classe prolétaire dont la marginalisation se trouve justifiée par un mérite jugé moindre. Le récit s'achève par une révolte des « Populistes » contre l'élite méritocratique, elle-même parcourue de dissidences.
Jugé trop universitaire, le livre connut des difficultés d'édition et se trouva d'abord rejeté par la Fabian Society puis par 11 éditeurs avant d'être accepté par Thames and Hudson.
La méritocratie est un concept de philosophie politique selon lequel l'influence et le pouvoir politiques devraient échoir à ceux qui ont du « mérite », alliage de leurs talents intellectuels et de leurs succès constatés. Ce mot est formé du latin mereo (gagner, mériter) et du grec ancien krátos (pouvoir, autorité). Dans cet essai, Michael Young souligne les limites d'un tel système en ce que celui-ci contribue à créer de nouvelles formes de domination et d'injustices (par le choix des critères du mérite) et encourage des effets de bord tels qu'une refonte des fonctionnements familiaux centrés sur l'éducation des enfants (au détriment notamment de l'emploi des femmes) puis des dérives liées à l'évaluation du quotient intellectuel, approchant un fonctionnement eugéniste.
Si l'on attribue généralement à Michael Young la création du terme « méritocratie » dans cet essai, le terme fut utilisé pour la première fois (de manière péjorative) par le sociologue Alan Fox en 1956. Progressivement adopté par les partisans d'un tel système, le terme fit son entrée dans la langue anglaise en perdant les connotations négatives que Young lui avait attribuées. Dans un article paru en 2001 dans The Guardian intitulé Down with Meritocracy (« À bas la méritocratie »), celui-ci exprimait sa déception face à l'adoption de ce terme et de cette philosophie par le Parti travailliste de Tony Blair, déclarant :« It is good sense to appoint individual people to jobs on their merit. It is the opposite when those who are judged to have merit of a particular kind harden into a new social class without room in it for others. »
(« Il relève du bon sens d'offrir aux personnes des postes selon leur mérite. Il en va à l'inverse lorsque ceux jugés méritants au regard de certains critères en viennent à constituer une nouvelle classe sociale exclusive. »)En 2006, le sociologue britannique Geoff Dench soulignait dans son ouvrage The Rise and Rise of Meritocracy que l'ouvrage de Michael Young « visait à aider le Parti travailliste à se détourner de la méritocratie en lui rappelant l’importance des valeurs communautaires », et de constater finalement que « Curieusement, un demi-siècle plus tard, nous avons un gouvernement travailliste qui déclare que la promotion de la méritocratie est l’un de ses principaux objectifs. »
En 2018, pour célébrer le soixantième anniversaire de la publication de L'Ascension de la méritocratie, la Young Foundation lançait Beyond Meritocracy, un concours visant à répondre aux questions « Qu'y a-t-il après la méritocratie ? » et « Quelle équation pour le ? ». En effet, si l'ouvrage de Young était centré sur les effets directs d'un régime méritocratique, L'Ascension de la méritocratie n’abordait pas la question de l’après-méritocratie et sa transformation, ou son abandon, face aux contestations des « Populistes ».
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