Joseph Bodson, né le à Paris et mort le à Gentilly, est un artisan d'art, artiste et militant révolutionnaire français. Maître peintre doreur et graveur sur métal « au burin », il s'engage activement dans la Révolution française, devenant membre du Conseil général de la Commune de Paris après le 10 août 1792, puis participe à la Conjuration des Égaux de Babeuf. Figure des milieux hébertistes puis babouvistes, il figure parmi dans l'historiographie parmi les « thermidoriens de gauche » et illustre les débats historiographiques sur la nature sociale du mouvement sans-culotte.
Origine et formation
Né à Paris le et baptisé le lendemain à Saint-Jacques-le-Majeur, Joseph Bodson est l'un des huit enfants (deux filles et six garçons) d'Henry Bodson, orfèvre-bijoutier, et de Jeanne-Antoinette Duhamel, polisseuse de bijoux. La famille Bodson appartient au moins à la deuxième génération d'un clan d'artisans bourgeois du Pont-Neuf, quartier où les enfants sont nés et ont grandi. Tous perpétuent la tradition artisanale parisienne en devenant joailliers, opticiens, bijoutiers, fondeurs ou graveurs. Un acte de notoriété des héritiers de l'un d'eux, Charles-Henry, dressé en l'an V, donne la liste complète de la fratrie.
Joseph est maître peintre doreur et graveur sur métal « entaillé doux » ou « au burin ». En 1792, Joseph est établi peintre-graveur quai de l'Horloge.
Son frère aîné Louis-Alexis (né en 1759) est également un artisan de précision : maître horloger, bijoutier et opticien, il possède une boutique et un atelier près du Pont-Neuf. Lui aussi s'engage dans la Révolution comme commissaire civil pendant l'an II.
Maître artisan qualifié aux revenus confortables, issu d'une famille d'artisans bourgeois établis, Bodson représente davantage l'élite artisanale parisienne que le petit peuple des faubourgs.
Engagement révolutionnaire (1792-1794)
Bodson fait partie de la « promotion » d', comme la plupart des fonctionnaires « sans-culottes » de l'an II.
En 1792, il est électeur du département de Paris et administrateur au Département de Police le .
Après la journée du , il devient député à la Commune insurrectionnelle, puis membre du Conseil général de la Commune de Paris. Il fait partie des commissaires municipaux chargés de surveiller la famille royale au Temple, fonction de confiance au cœur de l'appareil révolutionnaire.
Le , le Conseil général de la Commune décide la formation d'un Comité de correspondance avec les municipalités de la République. Bodson est l'un des cinq membres désignés pour le composer, aux côtés de Scipion Duroure, Michel Dorat-Cubières, Jean-Michel Séguy et Antoine-Prosper Soulès. Dans la pensée de la Commune de Paris, il s'agit d'opposer à la fédération girondine des départements une fédération montagnarde des communes, destinée à servir de contrepoids. Le , le Conseil général donne mandat à ce comité de rédiger une circulaire à toutes les municipalités de la République.
En 1793, Bodson est réélu au Conseil général de la Commune et exerce comme assesseur du juge de paix de la section du Pont-Neuf ( - et ). Élu juge adjoint d'un tribunal d'arrondissement en avril, il conserve cette fonction en démissionnant de la Commune.
Le , lors de l'annonce que Roland, l'ex-ministre, et sa femme sont mis en état d'arrestation mais que la section de Beaurepaire l'a pris sous sa sauvegarde, Bodson est nommé parmi les six commissaires chargés de se rendre dans cette section pour l'engager à livrer Roland au pouvoir de la loi.
Missions du Conseil exécutif provisoire
Le Conseil exécutif provisoire confie plusieurs missions à Bodson. En août-, il est désigné parmi les trente commissaires chargés de la réquisition extraordinaire d'hommes dans seize départements entourant Paris. Commissaire national de la Commune et du Conseil exécutif provisoire, il intervient dans les départements de Seine-et-Oise, Eure-et-Loir, Sarthe, Maine-et-Loire, Loire-Inférieure, Ille-et-Vilaine et Morbihan. De retour début octobre, il rend compte de ses opérations devant la section du Pont-Neuf, qui approuve son rapport le .
Le , il est nommé sur recommandation de Pache comme commissaire pour la publication de l'Acte constitutionnel dans les départements de Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire. Il rédige plusieurs rapports officiels et reçoit livres pour cette mission, achevée le .
Pendant l'hiver de l'an II, il est à nouveau nommé par le gouvernement à une mission exécutive auprès de l'armée près de Brest.
Si Albert Soboul voyait en Bodson et ses compagnons des figures « plus réceptives aux pressions populaires qu'à l'influence jacobine », Richard Mowery Andrews nuance cette interprétation en soulignant que la carrière de Bodson depuis avait été « essentiellement municipale et jacobine ».
Répression et Conjuration des Égaux
An II-An III : persécutions thermidoriennes
Membre du Club électoral ou Club de l'Évêché, Bodson participe à la rédaction de la pétition du 20 fructidor () à la Convention pour rétablir la liberté absolue de la presse et le retour des élections. En (), Bodson est mis en état d'arrestation par le Comité de Salut Public, sur dénonciation de Billaud-Varenne. Il est présente comme complice d'Hébert. On lui reproche notamment d'avoir le premier proposé aux Cordeliers de voiler la Déclaration des Droits. Le , le Club électoral demande sa libération en même temps que celle de Varlet, mais Billaud-Varenne s'y oppose.
Libéré le 7 vendémiaire an III (), Bodson est incarcéré à nouveau le 14 prairial an III (), puis élargi le 15 fructidor (). En prison, Bodson fait connaissance de Babeuf et d'autres futurs conjurés, devenant « pour ainsi dire son instituteur ». Restant hébertiste et partisan de la « Communauté des biens », on lui attribue d'avoir exercé une influence sur Babeuf dans son glissement vers les positions politiques de la sans-culotterie.
Au printemps 1795, il travaille comme entrepreneur engagé pour peindre, dorer et sculpter le métal à la Madeleine et sur d'autres sites dans l'ouest de Paris.
En l'an IV, libéré, Bodson s'abonne au Tribun du peupleet entretient en l'a,n IV, une célèbre discussion sur le robespierrisme et l'hébertisme.
Conjuration de Babeuf
Ayant connu Babeuf lors de sa première détention aux Madelonnettes, Bodson figure parmi les premiers à recevoir du Comité insurrecteur l'offre de collaborer. On lui confie le arrondissement. Agent du Comité, il devient rédacteur et imprimeur de quelques écrits de la conjuration et réalise plusieurs affiches pour Babeuf.
Décrété d'arrestation le (25 prairial an IV) sur le soupçon d'avoir trempé dans la conspiration, il parvient à s'échapper pendant le cours du procès. Déclaré contumace le (7 ventôse an V), puis jugé complice le (10 floréal an V), il est finalement acquitté le (5 prairial an V).
Avant le 18 brumaire, il fait partie des anciens babouvistes qui rejoignent les jacobins « exclusifs » de la Société du Manège, aux côtés de Drouet, Félix Lepeletier et Ricord.
Fin de vie Après son acquittement, Bodson cesse toute fonction publique et se consacre à ses activités artistiques. En 1808, il habite 63 rue Helvétius (actuelle rue Sainte-Anne, arrondissement), où il déclare le décès de sa belle-sœur Jeanne-Thérèse Wibert. À partir de 1821, il réside au 29 rue de la Grange-aux-Belles ( arrondissement) et déclare successivement les décès de ses frères Louis-Alexis en et Edmé en . Il meurt le à l'âge de 70 ans dans la maison de santé de Bonnemain-Chiret, à La Glacière (commune de Gentilly, aujourd'hui Val-de-Marne). Son acte de décès le qualifie de « propriétaire, rue de la Grange-aux-Belles ».
Bibliographie Sources d'archives et publications contemporaines Archives nationales, étude LXVI, acte 717 (an V) – Acte de notoriété des héritiers de Charles-Henry Bodson. . . . . . . .
Études . . . . . . . .
Notes et références
Catégorie:Naissance en mars 1765 Catégorie:Naissance à Paris au XVIIIe siècle Catégorie:Décès en juin 1835 Catégorie:Décès à Gentilly (Val-de-Marne) Catégorie:Décès à 70 ans Catégorie:Orfèvre français du XVIIIe siècle Catégorie:Orfèvre français du XIXe siècle Catégorie:Graveur français du XVIIIe siècle Catégorie:Graveur français du XIXe siècle Catégorie:Personnalité de la Révolution française Catégorie:Membre du Club des cordeliers