La batterie Oldenburg est une batterie d'artillerie côtière de la Kriegsmarine, implantée à Calais durant l'Occupation allemande. Elle est constituée de deux canons de 24 cm SK/L 50. Sa construction commence dès l'été 1940 pour la mise en place des pièces d'artillerie en encuvement, qui seront mises sous casemate en 1941 puis intégrée au Mur de l'Atlantique l'année suivante.

Une conséquence de l'opération Seelöwe En juin 1940, après la défaite de la France, l'Allemagne nazie souhaite poursuivre le combat contre le Royaume-Uni : le 16 juillet 1940, Hitler publie la directive n°16 ordonnant les préparatifs de l'opération Seelöwe, un débarquement sur les côtes du Kent suivi de l'invasion de la Grande-Bretagne. Cette directive mentionne, entre autres, que"2. d) le glacis côtier devra être dominé par une puissante artillerie côtière et complètement protégée par son tir ;3. b) le plus grand nombre de pièces d'artillerie lourde devront être engagées pour assurer la sécurité du passage et la couverture des flancs contre des actions ennemies venues de la mer...

Toutes les batteries de siège les plus lourdes disponibles devront être installées sous béton en face du détroit du pas de Calais, de telle façon qu'elles puissent résister aux plus violentes attaques aériennes et qu'elles maintiennent ainsi, en toute circonstance et de façon durable, le détroit sous leur feu". En conséquence, la Kriegsmarine implante, entre Boulogne et Calais, cinq batteries lourdes à partir de l'été 1940 : Oldenburg (Calais), Prinz Heinrich (Sangatte), Grosser Kurfürst (cap Gris-Nez), Siegfried (rebaptisée Todt, Audinghen) et Friedrich August (Wimille). Des batteries sur rails effectueront quant à elles des tirs de contrebatterie sur le territoire britannique.

Oldenburg, pouvant engager une cible marine à une distance maximale de 26 kmNARA, T1022-2995, p. 47., est la seule dont la portée est inférieure à 30 km. Un document d'août 1940 indique que la batterie doit faire feu

Un déploiement rapide Avant même leur déploiement à Calais, les canons d'Oldenburg avaient déjà une histoire longue : initialement fabriqués par Krupp avec un calibre de 25,4 cm, ils furent capturés en 1917 sur l'île d'Ösel par les Russes, puis redonnés à l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres, précédant la réduction de leur calibre à 23,8 cm. Ils sont ensuite installés sur l'île de Borkum au nord de l'Allemagne, avant de rejoindre le Westwall, près de Meisenbühl, en 1938.

Le nouvel emplacement de la batterie est donc choisi le 22 juillet 1940 à l'est de Calais, près du lieu-dit Le Fort Vert : le lieu devait être sélectionné selon le camouflage naturel qu'il offrait, et un accès aisé au siteNARA, T1022-4300, p. 14..

Le 26 juillet, l'organisation de la batterie est arrêtéeBAMA, RM 45-IV/1199, p. 153 :

chaque canon, placé à ciel ouvert, sera encadré par deux soutes à munitions permettant de stocker trente coups chacune, puis par deux bunkers pour le personnel, chacun devant loger trente militaires. Juste derrière la pièce d'artillerie, un bunker pour groupe électrogène est construit ; A l'est de la batterie, une tour en bois de 22 m de haut, occupant une surface de 4 m sur 6 m, doit accueillir le télémètre et d'autres instruments. A son pied se trouve un bunker abritant l'appareil de calcul des données sur la cible, avant de transmettre ces informations aux pièces d'artillerie. Les travaux commencent dans la foulée.

Le 1er septembre est annoncé que tous les bunkers ont été bétonnésNARA, T1022-2993, p. 387.. La construction des casemates englobant tous les éléments attenant au canon sauf les abris du personnel peut commencer : démarrant à la fin octobre 1940BAMA, RM 45-IV/465, p. 122 et s., les chantiers se terminent en mars 1941NARA, T1022-2993, p. 478.. La construction de ces monolithes aux dimensions impressionnantes, répartis sur plusieurs niveaux, a permis la création de nouvelles soutes à munitions ou encore de salles réservées aux sanitaires. Les servants devaient loger à l'intérieur, pour permettre un accès plus direct et sécurisé à la pièce d'artillerie.

Les bunkers abritant les pièces sont baptisés en référence à l'histoire des canons, la casemate est étant nommée Borkum (62 m de long pour 34 m de large), Ösel pour la casemate ouest (81 m sur 37 m). Leur taille imposante facilitant le repérage de la batterie par l'aviation alliée, les casemates seront noyées sous des filets de camouflage pourvus d'arbustes factices, dans le but de se morfondre dans l'environnement dunaireBAMA, RM 45-IV/1450, pp. 90 et 91 (photos).. De plus, pour éviter que des éclats de projectiles ne pénètrent dans la casemate par la fenêtre de tir, celle-ci est fermée par deux rideaux d'acier, pouvant s'ouvrirSHDMV MV 2DOC 1, Photos, Dossier n°3, p. 47 (photos)..

D'autres travaux se poursuivent à l'intérieur et à l'extérieur des bunkers, notamment pour camoufler les installations. Un bunker-hôpital est par ailleurs construit en arrière du site. Par ailleurs, une batterie de canons de 7,5 cm est installée à l'est pour la défense aérienneBAMA, RM 45-IV/215, p. 114.. Leur tir sera dirigé depuis un poste d'observation bétonné, placé sur la Türm Ösel en mai 1942BAMA, RM 45-IV/215, p. 129.. La batterie Oldenburg aurait disposé d'un radar Seetakt pour la détéction de nuit. vignette|295x295px|Vue de la casemate "Ösel".|centré +Situation des chantiers de la batterie Oldenburg en novembre 1941CAMO, 500/12488/1720, p. 8.ConstructionsPrêtesEn chantierA l'épreuve des bombesA l'épreuve des éclats"Ouvertes"2 bunkers pour les canons222 emplacements de Flak222 emplacements pour MG221 poste de tir (tour)111 salle de calcul115 bunkers pour personnel559 bunkers à munitions9911 salles communes et buanderies92110Barbelés1,2 km

Le Mur de l'Atlantique : une défense et un Leitstand augmentés En 1942, après l'entrée en guerre des États-Unis, Hitler ordonne la construction du Mur de l'Atlantique, une ligne de fortifications s'étandant de la Norvège aux Pyrénées destinée à repousser un débarquement allié. Hitler ordonne de tenir les ports à tout prix, et en parallèle, les côtes de la Manche figurent, pour la Wehrmacht, parmi les lieux les plus susceptibles d'accueillir l'assaut anglo-américain.

Et c'est dans ce cadre que va s'inscrire la batterie Oldenburg qui, après l'ajournement de l'opération Seelöwe, disposait d'une mission exclusivement défensive. Elle participe à la défense du port de Calais, qui revêt une importance stratégique aux yeux de l'armée allemande. vignette|Garage du projecteur dans le L 411A, dont l'entrée est encore pourvue de son portail blindé. En parallèle, la défense du site, se développe : en mars 1943 s'y trouvent, un canon français de 7,5 cm, deux canons antichar de 5 cm, deux pièces de 4 cm Flak, deux de 2 cm Flak, deux mortiers belges, une MG 34, trois MG 13, cinq mitrailleuses françaises lourdes, quatre pistolets mitrailleurs, 170 fusils (permettant à la quasi-totalité de l'équipage d'en disposer) et dix pistoletsBAMA, RM 24-82/61K, p. 70..

Pour abriter un canon antichar est construit, juste devant la batterie un Regelbau 629, permettant de loger à la fois la pièce et le personnel qui y est affecté. Également, deux Regelbauten 612 (bunker pour canon de campagne), un des modèles de bunker les plus couramment construits sur l'Atlantikwall, croisent leur feu vers la mer à presque 200 m de la batterie. Ceux-ci devaient abriter un canon de 7,5 cm, quatre pièces de ce calibre étant présentes sur place début 1944BAMA, RH 3/384, p. 103..

Dans le même temps, des Tobrouks (bunker pour mitrailleuse doté d'une ouverture circulaire sur son toit) et des postes pour mitrailleuses parsèment le site, tandis qu'un bunker L 411A, au nord-ouest du site, abrite un projecteur utile pour la défense antiaérienne. A signaler que le site de la batterie Oldenburg est encerclé par un champ de mines, sauf sur la partie qui fait face à la mer, selon une carte allemande reproduite par l'armée canadienne pour la libération du CalaisisAnnexes du journal de guerre des North Nova Scotia Highlanders, septembre 1944 (p. 180 du PDF) : https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&id=927841&lang=eng&ecopy=e011388030.

Surtout, le bunker de direction de tir s'étoffe de plusieurs étages pour devenir un bloc imposant, alors qu'il se trouvait jusque là au ras du sol, et sur un seul niveau. En janvier 1944, l'ouvrage figure sur la liste des installations en construction "décisives pour le combat" pour la Marine allemande sur les côtes de la MancheNARA, T1022-2253, p. 255.. Cependant, les événements de 1944 ont empêché la finalisation des travaux : un premier étage a été construit, un second était en chantier mais est resté à l'état de ferraillage. Il semble que le bunker ait été converti en infirmerie vers la fin de la guerre, comme en témoignent les croix rouges sur sa façade.

Effectifs Batterie de la Marine de guerre allemande, Oldenburg est servie par le Marine-Artillerie-Abteilung 244 (244e bataillon d'artillerie de Marine) : cette unité a en charge les batteries de la Kriegsmarine implantées autour de Calais.

En mars 1943, Oldenburg est servie par 175 militaires : 3 officiers, 34 sous-officiers et 138 militaires de rang. Plusieurs officiers se sont succédé à son commandement, dont l'Oberleutnant Werner LokauBAMA, RM 17/76, p. 536. (1906 - 2000), qui sera muté à la tête de l'une des plus importantes batteries du Mur de l'Atlantique : la batterie LindemannBAMA, RM 17/76, p. 550., à Sangatte.

Durant la guerre, plusieurs servants de la batterie seront jugés par l'antenne calaisienne du tribunal du commandement maritime des côtes de la Manche : ainsi, le soldat Karl Herwes écope, en août 1942, de cinq mois de prison pour "vol sur camarade"BAMA, RW 60/2380, pp. 236 et 237., alors que le militaire Wilhelm Schmidt sera acquitté dans une affaire de moeurs en novembreBAMA, RW 60/2380, pp. 198 et 199..

Des bombardements meurtriers Les rapports allemands font état d'attaques aériennes dès les premiers moments de la batterie à Calais. Cependant, celui du 9 mai 1944, en prévision du Débarquement de Normandie, a marqué l'histoire du lieu puisqu'il y fait au moins 13 victimes allemandesNARA, T1022-2349, p. 830., inhumées au cimetière que la Kriegsmarine avait implanté dans le parc de la Colonne de la Grande Armée, au nord de Boulogne-sur-Mer.

Un des derniers bastions allemands de Calais Il semble qu'Oldenburg n'a pas eu un rôle de premier plan dans le déroulement des combats pour la prise de la poche de Calais. Début septembre 1944, Calais et ses environs immédiats, défendus par la Wehrmacht, sont encerclés par l'armée canadienne. L'attaque provenant des terres et les canons d'Oldenburg étant exclusivement orientés vers la mer, seule la défense périphérique de la batterie pouvait donc agir.

Le 24 septembre 1944, il est annoncé que les mouvements ennemis dans le secteur ont été visés par l'artillerie allemande, à l'exception des batteries Oldenburg et LindemannNARA, T1022-3973, p. 476.. Au soir, des bombardiers ennemis bombardent Calais et Oldenburg, causant des dégâts militaires mineurs. Le lendemain, l'opération Undergo, qui a pour but la prise de la poche de Calais, commence. Le 28, l'amiral Dönitz envoie un message radio aux batteries lourdes du Pas-de-Calais, exaltant l'importance de leur résistance contre "l'offensive occidentale sur la patrie", "le peuple allemand attend[ant] [d'elles] un engagement sans faille", mais Oldenburg n'y est pas citéeIbid, p. 769..

Au soir du 30 septembre, alors que Calais est sur le point d'être libérée, "un intense feu d'artillerie est dirigé sur Oldenburg". Une attaque de char était prévue, mais "apparemment annulée en raison de l'obscurité". Il est précisé que le commandant de la Kriegsmarine dans le nord de la France, retranché dans la poche de Dunkerque, a rétabli le contact radio avec Calais, mais seulement avec la batterie Oldenburg parait-ilNARA, T1022-3973, p. 518..