Guillaume Bonjour, né le 26 ou à Toulouse et mort le dans la province du Yunnan en Chine est un religieux augustin français, linguiste, historien, missionnaire et érudit actif à Rome puis en Chine sous la dynastie Qing. Spécialiste précoce des études orientales, il est reconnu pour ses travaux pionniers sur la langue copte, la chronologie biblique et l’étude des hiéroglyphes égyptiens, menés notamment à partir des manuscrits de la Bibliothèque apostolique vaticane.

Protégé du cardinal Enrico Noris, il s’impose dès la fin du comme une figure reconnue de la république des Lettres et des milieux érudits européens, avant même la publication de ses principaux travaux. Il contribue aux travaux de réforme du calendrier grégorien sur demande de Clément XI puis enseigne au séminaire de Montefiascone sous la direction de Marcantonio Barbarigo. Il rejoint ensuite la mission de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples à destination de la Chine en 1707 afin de soutenir celle menée par Charles Thomas Maillard de Tournon qui fait face à des difficultés dans le contexte de la querelle des rites et du monopole jésuite.

Introduit en 1711 à la cour de l'empereur Kangxi sous le nom de Shan Yaozhan, il est chargé de travaux mathématiques et surtout d'une mission cartographique de plusieurs régions de l'Empire : la Tartarie (Mongolie-Intérieure et Mongolie-Extérieure), le Sichuan et enfin le Yunnan. Durant cette dernière mission, il meurt prématurément.

Longtemps tombés dans l’oubli en raison des conflits entre ordres religieux et de la dispersion de ses manuscrits, ses travaux et sa vie sont redécouverts à la fin du au travers d'une première enquête menée par Sydney Hervé Aufrère et Nathalie Bosson, en particulier ses contributions à la grammaire copte et aux débuts de l'égyptologie.

Biographie

Jeunesse et formation vignette|Le cardinal Enrico Noris, mentor et protecteur de Guillaume Bonjour. Né le 26 ou à Toulouse, il n'existe presque aucune information au sujet de son cercle familial. Sa famille est décrite pieuse. Sa mère a pour nom de famille Fabri, forme méridionale de Fèvre attestée dans le Rouergue et le Languedoc, tandis que son père a pour nom Bonjour, originaire du Puy-de-Dôme ou d'origine italienne. Il aurait également un lien familial avec Jacques de Clary, un conseiller au parlement de Toulouse puis Paris.

Les premières informations à son sujet n'émergent qu'en lorsqu'Enrico Noris fait état des travaux de deux jeunes membres de l'Ordre de Saint-Augustin issus du monastère augustin de Toulouse. Guillaume Bonjour est l'un d'eux, indiquant qu'il avait déjà rejoint l'Ordre de Saint-Augustin à cette date.

Il rejoint le noviciat vers en 1685 et entame sa formation en 1687 et ses études en théologie au moins en 1690. Il y suit probablement un cursus semblable aux autres quatre principales écoles augustines de France, incluant l'étude du latin, la rhétorique, la philosophie et la théologie. Les lettres d'Enrico Noris permettent également de déduire qu'il maitrise l'hébreu.

En 1692, sa thèse lui permet d'obtenir l'autorisation d'enseigner et il devient professeur de théologie au sein du monastère. Bien que la chronologie soit incertaine, sa nomination à l'enseignement de la théologie dès l'âge de démontre le caractère exceptionnellement précoce de son parcours académique.

Si de nombreuses inconnues existent quant à l'identité de ses professeurs, un élément distinct des autres écoles augustines se démarque puisque les intérêts et connaissances scientifiques et mathématiques que Guillaume Bonjour développe tendent à indiquer qu'il aurait bénéficié d'un enseignement dédié à ces pratiques. Cependant, cette formation n'a probablement pas dépassé le niveau élémentaire. Durant sa formation, son intérêt pour l'orientalisme émerge déjà et il s'intéresse aux écritures antiques.

Parcours en Italie

Intégration rapide au milieu intellectuel vignette|Bernard de Montfaucon a régulièrement commenté et fait l'éloge des travaux de Guillaume Bonjour. Déjà en , Enrico Noris tente de faire venir son protégé au Vatican. Les motivations ne sont pas claires mais il semble apprécier les talents et le champ d'étude large que Guillaume Bonjour explore à son âge. Il en fait son assistant et il est probable qu'il voit en lui son potentiel successeur au sein de l'Ordre de Saint-Augustin. Le , il rejoint le Vatican et continue ses études orientales au sein de la bibliothèque apostolique vaticane. En s'intéressant aux premiers textes chrétiens contenus dans la bibliothèque, il se confronte au copte et entame l'étude de cette langue afin de pouvoir en analyser le contenu.

Ses correspondances, lors de son séjour à Rome, indiquent qu'il ne se cantonnent pas au cercle augustin et échange régulièrement avec des jésuites comme Honoré Rigord et Jules Bellet, ou avec le dominicain Antoine Massoulié. D'autres intellectuels échangent avec lui tels que Claude Nicaise, Antoine-François de Bertier et Paul-Yves Pezron. Durant ce séjour, il rencontre également Bernard de Montfaucon qui l'assiste dans certaines recherches, notamment quelques tentatives de déchiffrement de hiéroglyphes égyptiens sur base de ses connaissances de l'alphabet copte.

À Rome, Guillaume Bonjour gagne effectivement en notoriété et ce pendant , avant même de rédiger sa première principale publication. Il connaît et maîtrise les rayonnages de la bibliothèque et agit en tant que guide pour plusieurs intellectuels en visite comme Olof Celsius, , Joannes Kool ou encore Henry St John. Ce dernier note à son propos qu'il est un . Par l'intermédiaire de son protecteur Enrico Noris, il est mis en relation avec Antonio Magliabechi qui diffuse ses travaux à de nombreux intellectuels : Gisbert Cuper, Hiob Ludolf, Coenraad Janninck, Ludovico Antonio Muratori, Benedetto Bacchini. Enfin, à Rome, il travaille régulièrement avec Francesco Bianchini, Giusto Fontanini, et .

Chronologie et réforme du calendrier grégorien vignette|Francesco Bianchini, président de la congrégation chargée de réformer le calendrier grégorien. Dès son arrivée à Rome, il complète le travail débuté par sa thèse et produit un premier essai en 1696, Antiquitas temporum, que son protecteur Enrico Noris présente au pape Innocent XII qui se dit satisfait du travail. Cependant, Guillaume Bonjour ne trouve aucun imprimeur et laisse son travail de côté afin de se recentrer sur les études linguistiques coptes en fin 1697. Cet intérêt soudain pour les textes coptes laissent planer un doute sur les liens entre Guillaume Bonjour et le milieu janséniste de Toulouse. Il est toutefois probable que ce changement corresponde en réalité à la continuité de ses recherches sur la chronologie biblique et que la lecture des premiers textes chrétiens deviennent une nécessité pour faire évoluer ce champ de connaissance. Lorenzo Alessandro Zaccagni lui demande dès lors de se concentrer sur l'étude et la traduction d'une bible copto-arabique en latin. Ce travail de traduction l'amène à reconstruire la grammaire du copte et à produire des travaux qui contribuent à une reconnaissance académique en Europe.

En tant que membre de l'Ordre de Saint-Augustin, il ne bénéficie d'aucune fonction ni rémunération qui lui permette de soutenir l'impression de ses travaux, la diffusion de ceux-ci ne relevant dès lors que de ses relations et des cercles bibliophiles italiens. De plus, l'Ordre lui demande de travailler sur certaines tâches au sein de la Bibliothèque Angelica qui l'éloignent de ses recherches. Enfin, ses supérieurs redirigent souvent ses projets de recherches afin de répondre à leurs besoins. C'est dans ce contexte que le pape Clément XI lui confie plusieurs missions. En 1701, il lui demande de travailler sur la réforme du calendrier grégorien au sein d'une congrégation aux côtés d'Enrico Noris, celle-ci est présidée par Francesco Bianchini. Ces redirections académiques par l'Église sont perçues par ses proches comme une volonté de l'écarter de la démarche critique qu'il applique jusqu'alors à l'égard de la chronologie biblique et égyptienne.

Guillaume Bonjour est affecté à la réalisation des épactes devant simplifier le calcul de la date de Pâques, principal motif de la réforme. Il s'évertue à ramener le calendrier ecclésiastique à son état antérieur au concile de Nicée, s'inspirant des travaux de Nicolas de Cues. Il pose dès lors la question calendaire non pas sur le plan astronomique, mais à la lumière des traditions chrétiennes et de la chronologie établie. Il établit une méthode de calcul sur une base quadriennale qui s'étend jusqu'en 1932. Insatisfait par l'avancement de la réforme, le pape réduit la commission à cinq personnes en 1703. Malgré cela, la Commission ne parvient pas à aboutir à une réforme. Guillaume Bonjour ne parvient pas à associer les éléments du calendrier grégorien aux données astronomiques observées.

Professeur au séminaire de Montefiascone vignette|Le cardinal Marcantonio Barbarigo, responsable de la rénovation du séminaire de Montefiascone et de la nomination de Guillaume Bonjour comme professeur. Les travaux et la renommée de Guillaume Bonjour s'étendent et il est considéré comme le successeur d'Enrico Noris si bien que le pape Clément XI refuse de l'envoyer en mission en Chine en 1703 car . Cependant, son protecteur étant très malade, Guillaume Bonjour se tourne vers Marcantonio Barbarigo afin d'en faire son nouveau mentor. Ce dernier avait restauré le séminaire de Montefiascone depuis 1687, intégré une bibliothèque et une presse à imprimer.

En conséquence, en 1703, Francesco Bianchini propose à Guillaume la chaire des Saintes Écritures sur les recommandations de Marcantonio Barbarigo. À Montefiascone, il enseigne la théologie et la Bible en y intégrant des éléments de la chronologie antique, de la linguistique orientale ainsi que des connaissances sur les anciens calendriers. Depuis ce séminaire, il publie un traité à l'usage de l'institution. Il maintient également ses étroites correspondances et rencontre Artus de Lionne, accompagné d'Arcade Huang, qui lui fait part des problématiques relatives aux rites chinois rencontrés lors de leurs missions. En , Enrico Noris meurt et les chances de Guillaume Bonjour de lui succéder en tant que prieur au sein de l'Orde de Saint-Augustin s'envolent. Après la mort de Barbarigo, le , le séminaire de Montefiascone est rapidement en difficulté et le nouveau prieur, Adiodato Nuzzi, rappelle Guillaume Bonjour à Rome.

Il devient également membre de l'Acad(emia) Incur(iosorum). Jusqu'en 1708, les données manquent mais c'est durant cette période qu'il projette de participer à une mission en Chine.

Mission en Chine

Projet de mission À la fin du , de nombreux ordres ainsi que la Congrégation pour l'évangélisation des peuples envoient des émissaires vers la Chine afin de contrôler l'influence des Jésuites qui y développent une situation de quasi monopole. Ces événements se déroulent également dans le contexte de la querelle des rites qui opposent les différents ordres dans des débats. L'ensemble fait dès lors des missions chrétiennes en Chine un enjeu de contrôle important.