Le déclin de l’Empire byzantin se manifesta par une succession de crises militaires, politiques et économiques. L’Empire byzantin connut, sur près d’un millénaire, des phases successives d’expansion et de recul. Après des pertes importantes lors des premières conquêtes musulmanes du , son déclin irréversible s’amorça toutefois au et s’acheva par la disparition de l’Empire au .

vignette|400x400px|Carte de l'évolution des frontières de l’Empire byzantin jusqu’à son déclin.

Au , l’Empire subit une grave défaite avec la perte de la majeure partie de ses territoires anatoliens au profit des Seldjoukides à la suite de la bataille de Manzikert (1071) et des troubles internes qui suivirent. Dans le même temps, il perdit ses dernières possessions en Italie face aux Normands du royaume de Sicile et dut affronter des incursions répétées dans les Balkans. Cette situation conduisit l’empereur à solliciter l’aide militaire de l’Occident, initiative à l’origine de la Première croisade. Cependant, les concessions commerciales accordées aux républiques de Venise et de Gênes affaiblirent durablement les finances impériales. Les relations avec l’Occident se détériorèrent progressivement et aboutirent au sac de Constantinople par la Quatrième croisade en 1204, suivi du démembrement de l’Empire.

Plusieurs États byzantins successeurs subsistèrent après 1204, dont l’Empire de Nicée, qui parvint à reprendre Constantinople en 1261. Néanmoins, l’Empire restauré demeura structurellement affaibli. Durant l’occupation latine, les Byzantins s’étaient repliés en Bithynie et avaient établi leur capitale à Nicée (actuelle Iznik). Ce retrait prolongé fragilisa la région, facilitant l’implantation progressive des Ottomans. Les origines précises de leur ascension restent mal documentées, bien qu’une chronique byzantine mentionne un affrontement entre « Othman » et des forces byzantines en 1302 dans la région de la mer de Marmara, près de l’actuelle Yalova. Au début des années 1330, les Ottomans avaient conquis plusieurs villes byzantines majeures, notamment Pruse (Bursa), Nicée (Iznik) et Nicomédie (Izmit).

Isolée, Constantinople assista à l’expansion ottomane dans les Balkans sous le règne d’Orhan Gazi puis de son fils . Au cours du , les Ottomans s’emparèrent progressivement du cœur des territoires byzantins.

Cette dynamique conduisit à la chute de Constantinople en 1453, puis à la chute de Trébizonde, mettant fin aux derniers États byzantins sous les coups de l’armée du sultan Mehmed le Conquérant. Malgré des rivalités internes persistantes avec d’autres pouvoirs turcs en Anatolie, les Ottomans privilégièrent l’expansion vers l’ouest, au détriment des territoires chrétiens du sud-est de l’Europe.

Chronologie du déclin vignette|Le siège de Constantinople (1453), par Jean Le Tavernier, après 1455, Bibliothèque nationale de France. Les principaux événements généralement reconnus par les historiens comme ayant contribué au déclin de l’Empire byzantin sont résumés ci-dessous :

La bataille de Manzikert (1071), au cours de laquelle l’empereur fut capturé par l’armée du sultan seldjoukide Alp Arslan. Cette défaite provoqua une longue guerre civile et facilita la perte durable de vastes territoires byzantins en Anatolie au profit des Turcs seldjoukides.

La bataille de Myrioképhalon (1176), au cours de laquelle l’armée de l’empereur fut défaite par les Seldjoukides du sultan lors d’une tentative de reconquête de l’Anatolie centrale. Cette bataille mit un terme aux ambitions byzantines de reconquête intérieure et porta atteinte au prestige militaire de l’Empire.

Le sac de Constantinople en 1204, perpétré par les forces de la Quatrième croisade avec l’appui de la république de Venise, entraîna le démembrement de l’Empire et la création de l’Empire latin de Constantinople. Bien que Constantinople ait été reprise en 1261 par les Byzantins, de nombreux historiens considèrent cet événement comme un coup décisif porté à la survie de l’Empire byzantin.

Les guerres civiles byzantines du , notamment celles de 1321-1328 et de 1341-1347, affaiblirent durablement l’autorité impériale et empêchèrent toute réponse efficace face aux puissances voisines en pleine expansion.

La chute de Gallipoli en 1354 permit aux Turcs ottomans de s’implanter durablement en Europe. Cet événement est considéré par plusieurs historiens modernes comme un point de non-retour, rendant la disparition de l’Empire byzantin presque inévitable.

Causes du déclin Guerres civiles Entre 1071 et 1081, l’Empire byzantin traversa une décennie d’instabilité marquée par une succession quasi ininterrompue de révoltes et d’usurpations. La période s’ouvrit par la guerre civile de 1071–1072 opposant à Andronic Doukas, suivie en 1072 du . Entre 1073 et 1074, la révolte de Roussel de Bailleul alla jusqu’à proclamer empereur le césar Jean Doukas. Les années 1077–1078 furent particulièrement troublées, avec l’usurpation victorieuse de et, parallèlement, la révolte de Nicéphore Bryenne l’Ancien contre puis contre , finalement écrasée à la bataille de Kalavrya. En 1078, d’autres soulèvements éclatèrent encore, notamment ceux de Philaretos Brachamios contre et de Nicéphore Basilakios contre , tandis que la révolte de Nicéphore Mélissène se prolongea de 1080 à 1081. Cette décennie de troubles s’acheva en 1081 par la révolte et l’usurpation réussie d’, ouvrant une nouvelle phase de l’histoire impériale.

Cette instabilité fut suivie d’une période de règne dynastique relativement stable sous la dynastie des Comnènes, avec (), () et (). Ces trois empereurs réussirent à , mais ils ne purent jamais compenser totalement les dégâts causés par l’instabilité de la fin du ni ramener les frontières aux limites de 1071.

Une seconde période de guerres civiles débuta après la mort de en 1180. Son fils fut renversé en 1183 par , dont le règne de terreur déstabilisa l’Empire et se termina par son assassinat à Constantinople en 1185. La dynastie des Anges, qui régna de 1185 à 1204, est considérée comme l’une des administrations les plus inefficaces de l’histoire byzantine. Pendant cette période, la Bulgarie et la Serbie se détachèrent de l’Empire et de nouveaux territoires furent perdus au profit des Seldjoukides. En 1203, l’ancien empereur emprisonné s’échappa et se rendit en Occident, promettant aux croisés de la Quatrième croisade des paiements généreux pour l’aider à récupérer le trône. Ces promesses s’avérèrent impossibles à tenir ; les querelles dynastiques au sein de la famille Ange conduisirent au sac de Constantinople, lors duquel la ville fut pillée et détruite, des milliers de citoyens furent tués et de nombreux habitants survivants fuirent, laissant la ville en grande partie dépeuplée. Bien que Constantinople ait été reprise en 1261 par l’Empire de Nicée, les dégâts ne furent jamais réparés et l’Empire ne retrouva jamais son ancienne étendue territoriale, sa richesse ni sa puissance militaire.

La troisième période de guerres civiles eut lieu au . Deux séries de conflits distincts firent largement appel à des mercenaires turcs, serbes et même catalans, souvent indépendants et opérant sous leurs propres chefs, qui ravagèrent l’économie byzantine et laissèrent l’État pratiquement impuissant face à ses ennemis. Les conflits entre et , puis plus tard entre et , marquèrent la ruine finale de l’Empire. La guerre civile de permit aux Turcs de progresser en Anatolie et d’installer leur capitale à Pruse (Bursa), à de Constantinople. La guerre civile de vit la Serbie exploiter la situation, son roi se proclamant empereur des Serbes et des Grecs, conquérant de larges territoires en Macédoine byzantine (1345) ainsi que dans Thessalie et Épire (1348)Robert Browning, The Byzantine Empire (Washington D. C.: The Catholic University of America Press, 1992), 240.

Pour asseoir son autorité, Cantacuzène fit appel à des mercenaires turcs. Bien que ces derniers furent utiles, en 1352 ils prirent Gallipoli aux Byzantins. En 1354, le territoire byzantin se limitait à Constantinople et à Thrace, à la ville de Thessalonique et à quelques zones dans le Morea. Selon Nicephore Grégoras : « les habitants de Constantinople, ainsi que ceux de la plupart des villes byzantines de Thrace, souffraient d’une pénurie de vivres. Alors que la guerre civile épuisait Byzance, les Turcs menaient de fréquentes incursions depuis l’Asie, s’emparant du bétail, réduisant femmes et enfants en esclavage, et causant de tels ravages que ces régions restèrent par la suite dépeuplées et incultes. ».

Chute du système des thèmes

La désintégration de l’organisation militaire traditionnelle de l’Empire byzantin, le système des thèmes, contribua à son déclin. Sous ce système, qui connut son apogée entre environ 650 et 1025, l’Empire était divisé en plusieurs régions fournissant localement des troupes à l’armée impériale. Ce dispositif permettait de mobiliser efficacement et à moindre coût un grand nombre d’hommes : par exemple, l’armée du thème de Thrakesion avait fourni environ entre 902 et 936.

Cependant, à partir du , le système des thèmes fut laissé à l’abandon. Cette dégradation joua un rôle majeur dans la perte de l’Anatolie au profit des Turcs à la fin de ce siècle.

Au , la dynastie des Comnènes rétablit une force militaire efficace. , par exemple, parvint à mobiliser une armée de plus de . Toutefois, le système des thèmes ne fut jamais remplacé par une alternative viable à long terme, ce qui fit de l’Empire un État dépendant plus que jamais de la compétence et de la force de chaque empereur ou dynastie.

L’effondrement du pouvoir impérial après 1185 révéla les limites de ce modèle. Après la destitution d’ en 1185, la dynastie des Anges supervisa une période de déclin militaire. Dès lors, les empereurs byzantins eurent de plus en plus de difficultés à rassembler et financer des forces suffisantes, et l’incapacité à maintenir l’Empire mit en évidence les limites de tout le système militaire byzantin, dépendant d’une direction personnelle compétente de l’empereur. Malgré la restauration sous les Paléologues, Byzance ne retrouva jamais son influence d’avant 1204. Au , l’armée impériale ne comptait plus que . Comme l’un des principaux piliers institutionnels de l’État byzantin, la disparition du système des thèmes laissa l’Empire dépourvu de forces structurelles sous-jacentes suffisantes.

Dépendance croissante aux mercenaires Dès l’invasion de l’Afrique par le général Belisaire, des soldats étrangers furent utilisés lors des guerresProcopius, History of the Wars, . Bien que l’intervention militaire étrangère ne fût pas un phénomène entièrement nouveauJustinian II, Constance Head, la dépendance à ces forces, ainsi que leur capacité à nuire aux institutions politiques, sociales et économiques, augmenta de manière spectaculaire aux , , et . Le vit une intensification des tensions entre les factions de la Cour et les factions militairesChronographia Michael PsellosThe Histories Michael Attaleiites.

Jusqu’au , l’Empire avait longtemps été sous le contrôle des factions militaires, dirigées par des leaders tels que et A Synopsis of Byzantine History, John Skylitzes. Cependant, la crise de succession de entraîna une incertitude croissante quant à l’avenir politique. L’armée exigea que les filles de montent sur le trône en raison de leur lien avec , ce qui entraîna plusieurs mariages et augmenta le pouvoir de la faction de la Cour.