Les collections du musée de Winterthur sont composées d’une grande variété d’objets d'arts décoratifs américains. Exposées au public depuis , elles comprennent des céramiques, de l’ameublement, des peintures et des gravures, des objets en verre, des œuvres en métal ou encore des travaux d’aiguilles et des textiles.

Ces œuvres sont principalement exposées sous forme de period rooms. Il existe également des galeries thématiques et des expositions temporaires créées à partir d’éléments de la collection.

L’institution conserve aujourd’hui 90 000 objets. Le musée accueille également une bibliothèque, présentant des ouvrages datant du au et des documents d’archives.

Historique des collections

Les collections du musée de Winterthur rassemble des objets collectés par Henry Francis du Pont avant l'ouverture du musée en et des pièces qu'il continue d'acheter jusqu'à sa mort en . Elle continue ensuite à s'agrandir par des acquisitions et des dons.

Les collections constituées par Henry Francis du Pont Henry Francis du Pont collectionne les objets d’arts depuis les années . Parmi les premiers objets qu’il compte dans sa collection se trouvent majoritairement des travaux textiles et des peintures, qu’il complète avec des objets d’arts et des pièces d’ameublement.

À l’ouverture du musée, créé au sein de sa demeure familiale dans le Delaware en , la collection continue de s’étendre, toujours sous l’impulsion de Henry Francis du Pont et avec l’accompagnement de , premier directeur du musée. La politique d’acquisition se tourne alors vers les objets manquants dans les collections, visant à la rendre la plus complète possible.

Les collections ne sont alors visitables que lors de visites guidées, en petits groupes et selon des parcours très longs, par exemple de quatre heures pour la visite des period rooms. La médiation des œuvres est alors très subjective et basée sur l’interprétation et les connaissances de Henry Francis du Pont.

Les collections depuis le décès de Henry Francis du Pont Après la mort de Henry Francis du Pont en , les collections continuent d’être enrichies et sont aujourd’hui complétées à travers des dons et des achats. Les objets sont toujours acquis selon des critères établis dès les prémices de la collection par le collectionneur : leur rareté, leur beauté, leur historicité et leur provenance.

Jusque dans les années , la collection de Winterthur est présentée comme un modèle de goût et de raffinement, alors considéré comme le propre de la haute société. L’historicité des œuvres exposées permet alors de maintenir un discours selon lequel l’art décoratif serait un marqueur de distinction sociale.

Avec la volonté de changer ce discours et face à des problèmes de conservationLes objets exposés en permanence dans les period rooms du musée se dégradent rapidement et il est difficile de les ôter de la pièce pour les restaurer. Cf référence 5., le mode d’exposition de la collection change: une nouvelle galerie est ouverte en pour permettre aux visiteurs de découvrir les œuvres «de près et à leur propre rythme», dans une volonté de renouveler l’expérience du musée. La nouvelle muséographie se base sur les points du connoisseurship selon Charles F. Montgomery (par exemple comme l’attribution à un artiste, la technique de fabrication ou le style). Les objets sont organisés selon ces critères au sein des nouveaux espaces d’exposition.

Actuellement, la collection du musée de Winterthur est considérée comme la meilleure collection d’arts décoratifs américain aux États-Unis et a notamment fait l’objet d’une rétrospective célébrant le travail de Henry Francis du Pont à la National Gallery of Art de Washington DC en .

Les collections du musée

Les céramiques Les collections de céramiques au sein du musée de Winterthur comportent environ 19000 objets de différentes typologies et de différentes techniques.

Les céramiques de type Liverpool vignette|Assiette de type Liverpool conservée au musée de Winterthur Le musée présente des faïences de couleur crème de type Liverpool (en anglais: «»). Fabriquées en Angleterre et importées aux États-Unis, ces œuvres furent populaires entre et . Le nom donné à cette production est celui du lieu principal d’exportation de l’époque: Liverpool.

Les décors qui sont retrouvés sur les faïences de type Liverpool au musée de Winterthur sont de diverses natures. On peut observer des thèmes historiques et commémoratifs américains (comme des figures nationales, des événements marquants ou des hommages), des thèmes symboliques et allégoriques, des décors secondaires et motifs complémentaires (des fleurs et paysages, des scènes domestiques) ou encore des personnalisations selon les acheteurs.

Le musée de Winterthur a acquis sa collection de céramiques de type Liverpool par l’intermédiaire de dons majeurs tels que celui de B. Thatcher Feustman qui a fait don de 73 pichets à l’institution.

Les porcelaines chinoises La collection de porcelaine du musée reflète aussi la « passion pour la porcelaine ancienne » de Henry Francis du Pont. Entre 1925 et l’ouverture du musée en 1951, le collectionneur a acquis à lui seul près de 5000 exemplaires de porcelaine chinoise fabriquée pour les marchés européen et américain.

Lorsque le marché américain s’est ouvert au commerce direct avec la Chine en 1784, des productions de porcelaines aux décors adaptés ont commencé à être importées. Sur les objets se trouvent alors des symboles patriotiques (comme l’aigle américain), des portraits de héros nationaux, des scènes commémoratives (comme celles de la Déclaration d’Indépendance ou les victoires navales de 1812). Dans la collection de Winterthur se trouvent également des services portant le chiffre de riches personnalités américaines.

Les collections de porcelaine chinoise dont le noyau central avait été constitué par Henry Francis du Pont ont été complétées après l’ouverture du musée afin de pallier les manques.

L'ameublement et les décors architecturaux Henry Francis Du Pont commence à collectionner des meubles en 1924 car il trouve que le monde de l’art ne leur porte pas assez d’attention. Il pense alors à rassembler un maximum d'exemples d'ameublement, d’architecture et de décor américains en un seul endroit afin de créer une émulation autour de ces sujets.

La majeure partie de la collection du Winterthur Museum provient de l’initiative personnelle de Henry Francis du Pont, avant l’ouverture du musée en 1951. Outre les efforts du collectionneur qui ont continué après l’ouverture du musée, la croissance de la collection a été aussi soutenue par l’intermédiaire de dons.

Les pièces d’ameublement et de décor du musée de Winterthur sont la partie la plus visible des collections. Elles sont notamment présentées au sein de period rooms.

Les meubles des périodes « Chippendale » et « Queen Anne »

Cette collection de meubles constitue un exemple de l’artisanat des colonies américaines au . Les styles « Chippendale » et « Queen Anne » sont les styles principaux de l’ameublement américain à cette période. La période de production des meubles de ces styles ne correspond ni à la vie de Thomas Chippendale, ni au règne de la Reine Anne mais, puisque leurs formes trouvent leur inspiration dans l’ornement anglais de ces périodes, les noms de ces personnalités leur sont donnés.

La collection rassemble des pièces provenant de divers états américains. En effet, des différences régionales existent dans la fabrication de ces meubles et multiplier les provenances permet une vision plus globale de la production américaine. La dénomination des meubles ayant fortement évolué depuis le , les usages précis des meubles exposés au musée de Winterthur sont connus grâce aux inventaires pouvant être consultés à la bibliothèque, donnant des indications sur chaque pièce présente dans les salles.

La majorité des 625 meubles du style Chippendale ont été produits avant 1835 et sont, pour la plupart, fabriqués en bois d’acajou. Les pièces de ce style présentées dans le musée sont des exemples de trois foyers de production: New York, Philadelphie et le sud des États Unis. La collection présente peu de marques de fabricants ou de signatures, ainsi, leur provenance est connue par la documentation externe, comme les inventaires, souvent acquis avec les meubles et conservés à la bibliothèque du musée.

Les meubles de la période fédérale La collection de Winterthur présente environ 500 meubles de la période fédérale (de 1780 à 1830), dont 383 ont été acquis par Henry Francis du Pont de son vivant.

Cette collection permet de mettre l’accent sur les mutations économiques et sociales se produisant aux États-Unis entre 1788 et 1828. Le style fédéral des meubles marque alors une rupture avec le passé, portée par une révolution du goût initiée dès les années 1760 par Robert Adam, privilégiant les formes linéaires, la délicatesse et l’ornementation classique au détriment du mobilier massif de l’époque précédente. Le terme fédéral est aussi lié aux symboles patriotiques intégrés dans les créations, comme l’aigle américain.

Les décors architecturaux de George Andrews George Andrews était un des premiers fabricants de « » aux États-Unis. Le « composition ornament » est une technique de fabrication de décor liant de la poudre de craie, du collagène, de la résine et de l’huile de lin, formant ainsi un matériau thermoplastique pouvant être moulé ou travaillé à la main. Ce procédé est utilisé notamment pour remplacer les bas-relief en bois dans les intérieurs domestiques.

Au musée de Winterthur, les décors de George Andrews sont rassemblés au sein de trois period rooms : la Phyfe Room, le Federal Parlor (en français : salle Phyfe et le parloir fédéral), ainsi que dans la salle de billard.

Dans la Phyfe Room, il s’agit d’un manteau de cheminée imitant l’aspect du métal et de deux chambranles de portes provenant de la , marchand New Yorkais. Dans le Federal Parlor et la salle de billard, les œuvres de Andrews visibles sont un chambranle de porte, des encadrements de fenêtre et une arche provenant de la dans le Connecticut.

L’attribution de ces décors à George Andrews est postérieure à leur acquisition par le musée de Winterthur. Celle-ci a été possible grâce à des factures signées de la main d’Andrews conservée dans les collections de la bibliothèque du musée. Un catalogue de motifs ayant appartenu à l’artiste a également permis l’identification du sujet présent sur le manteau de cheminée : d’abord pensé comme étant une représentation allégorique de la terre ou de l’abondance, il s’agirait en vérité de Cybèle sur son char.

Les éléments architecturaux de Montmorenci Dans les années 1930, Henry Francis du Pont cherche des éléments d’architecture pour rénover l’aile nord de sa demeure. Il repère alors avec l’aide d’Adelaide Howell (marchande du Connecticut) la maison Montmorenci en Caroline du Nord. alt=Vue de l'escalier Montmorenci du musée de Winterthur|vignette|L'escalier du musée de Winterthur provient de la maison Montmorenci de Caroline du Nord.Après sa visite de l’endroit en 1935, il acquiert divers éléments dont des boiseries, des ornements en plâtre et des matériaux bruts qui arrivent ainsi à Winterthur. Les objets sont alors restaurés, adaptés ou reproduits avant d’intégrer la structure de la maison de Henry Francis du Pont. L’objectif était de privilégier le beau et l’harmonie en mélangeant librement les éléments de l’architecture de cette maison du début du et ceux de sa propre demeure. Il est à noter que si au départ, la démarche de Henry Francis du Pont était avant tout esthétique, sa correspondance avec l’architecte Thomas T. Waterman montre une transition vers des traitements architecturalement plus cohérents.