Grenelle est une ancienne commune française du département de la Seine, créée en 1830, qui était aussi communément appelée Beau-GrenelleDictionnaire complet de tous les lieux de la France et de ses colonies, 1831, , article « Grenelle (le nouveau), ou Beau-Grenelle ».. Elle est l'une des quatre communes entièrement annexées en 1860 par ParisLes trois autres sont Belleville, Vaugirard et La Villette.. Son territoire forme aujourd'hui une partie du arrondissement s'étendant sur les deux tiers sud du quartier de Grenelle (la partie nord, au-dessus du boulevard de Grenelle, étant issue de l'ancien quartier des Invalides de l'ancien arrondissement de ParisLa partie située au nord-est du boulevard de Grenelle se trouvait avant 1860 dans le quartier des Invalides de Paris, voir le plan de Paris divisé en 12 arrondissements et 48 quartiers, de 1843.), l'essentiel du quartier de Javel et un petit bout du quartier Necker.
Géographie
La plaine de Grenelle s'étendait des actuels Invalides jusqu'aux anciens terrains marécageux de Javel en bordure de Seine à l'ouest. La terre de la plaine de Grenelle était difficile pour l'agriculture, ce qui explique pourquoi l'endroit fut longtemps très éparsement peuplé malgré la proximité de Paris.
L'ancienne commune de Grenelle était délimitée à l'Ouest par la Seine, l'île aux Cygnes étant comprise dans la commune et au Nord par le boulevard de Grenelle jusqu'à la place Cambronne. Ses limites Est et Sud étaient plus compliquées et ne correspondent pas toujours à des rues. À l'Est, la commune comprenait une grande partie du triangle formé par les rues de la Croix-Nivert, Cambronne et Mademoiselle, aujourd'hui inclus dans le quartier Necker. La rue Mademoiselle constituait sa limite entre les rues Quinault et de la Croix-Nivert, puis c'était la rue de la Croix Nivert jusqu'à la rue de Javel. La limite Sud était formée par la rue de Javel depuis la rue de la Croix-Nivert jusqu'à la rue de Lourmel (alors appelée rue des Vaches à cet endroit), puis la rue de Lourmel jusqu'aux environs de la rue Varet, ensuite de ce point rejoignait le croisement des rues Cauchy et Gutenberg, et enfin suivait la rue Cauchy (alors rue Saint Paul) jusqu'à la SeineVoir l'ancien plan cadastral sur le site des archives de Paris, comportant une note relative à la loi du 16 juin 1859 annexant une partie de la commune d'Issy..
Par loi du 16 juin 1859, une partie quasiment non construite de ce qui était alors la commune d'Issy lui fut réunie, à savoir le territoire situé au sud-ouest entre la Seine et la rue de Lourmel jusqu'aux fortifications de Thiers incluses, c'est-à-dire jusqu'à l'actuel boulevard périphérique. Le plan cadastral de Grenelle indique que cette partie fut selon cette loi « annexée à la commune de Grenelle » mais en réalité cette loi est celle qui organisa aussi l'annexion de Grenelle par Paris7072 — Loi sur l'extension des limites de Paris (du 16 juin 1859), Bulletin des lois de l'Empire français, XIV, série, 738, 3 novembre 1859, 747–751, reproduit sur Google Books..
Toponymie
Attestations anciennes Le nom de la localité est attesté sous les formes :
Garanellas (ancien cartulaire)Ancien cartulaire cité dans Gallia Christiana, tome 7, 1744, note n°1 concernant une Bulle d'Alexandre III de 1163, colonne 242, à son tour cité par l'abbé P. Feret, L'abbaye de Sainte-Geneviève et la congrégation de France : précédées de la vie de la patronne de Paris d'après des documents inédits, tome 1 L'abbaye de Sainte-Geneviève, 1883, ., Garnelle (1210., 1389Cartulaire de Saint-Germain-des-Prés, cité dans cet ouvrage .), Garnelles (1210)Sentence arbitrale entre l'évêque de Paris, l'abbé et les religieux de Saint Germain-des-Prés, texte en latin de 1210 reproduit depuis l'original par Jacques Bouillart, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Germain des Prez, Paris, 1724, , à son tour reproduit par Adolphe Berty et L.-M. Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, tome 3 Région du Bourg Saint-Germain, 1876, .Un extrait de cette sentence est également cité par P. Carpentier en 1766 à l'article garneles de son édition augmentée du Glossarium mediæ et infimæ latinitatis de Du Cange (version numérique, édition papier de 1844 en ligne), avec l'orthographe garneles au lieu de garnelles et en indiquant comme date 1211 au lieu du 1210 qu'on lit en toutes lettres à la fin du texte complet. Dans cet article il mentionne aussi le Garannella donné par Jean Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, tome 1 partie 2, 1754, , Garanella (1243), la Garenne Saint-Germain (1318)., la Garenne (1529)., la Garanne (1355), Guernelles (1367)Cartulaire de Saint-Germain-des-Prés, cité dans cet ouvrage , Grenelle (1489Censier de Saint-Germain-des-Prés, cité dans cet ouvrage , 1529), les Garannes (1490)Censier de Saint-Germain-des-Prés, cité dans cet ouvrage , la Garanne Saint-Germain autrement dit Grenelles (1491), aux Garennes (1529), les Garennes (1529)., GuarnellesGustave Pessard, Nouveau dictionnaire historique de Paris, 1904, ,
Et pour une subdivision du territoire : Haute-Garenne (1355, 1489)., Haute-Garenne, près Grenelle (1489), le Hault de Grenelle, aultrement les Graniers (1531), Hault de Garnelles (1529).
Pour une autre localité dont Gendron et al considèrent que Grenelle partage l'étymologie : (la) Garennelle (1231)Kurt Baldinger, Jean-Denis Gendron, Georges Straka, Dictionnaire étymologique de l'ancien français (DEAF), Les Presses de l'Université, Laval, 1971, fascicule G2, : « *garennelle f. est attesté comme nom de lieu : Garennelle, dic. 1231 Gdf Grenelle à Paris ». La référence citée par ces auteurs est : Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du , tome 4, Paris, 1885, article « Garenele » , qui indique : « GARENELE, -ennelle, s. f., petite garenne ; est représenté par le nom de lieu ancien, la Garennelle (1231, Arch. S 5192, suppl. n°12), aujourd'hui la Guernelle. ».la Garennelle dans l'Eure : « La chapelle du Temple de Bourgoult venait d'être construite, lorsqu'une noble dame, du nom d'Asseline, veuve de Richard le Clozier de Longueville, donna au mois de juillet 1231, pour le service de la chapellenie de Borgout, un demi-muid de vin blanc à prendre chaque année, au temps des vendanges, dans sa vigne des Closeaux, sur le territoire de La Garennelle (note 1 : La Guernelle à droite d'Harquency ; carte Cassini. Arch. nat. S. 5192, Suppl. n°12) » Eugène Mannier, Les commanderies du Grand-Prieuré de France, Paris, 1872, . Au sud-ouest d'Harquency, très exactement à l'emplacement de la « Commanderie de Bourgon » sur la carte de Cassini se trouve aujourd'hui sur la carte IGN un endroit appelé non pas La Garennelle ou La Guernelle mais les Varennes..
Étymologie Il peut s'agir d'une formation toponymique gauloise, basée sur le nom d'oiseau garanus « grue », dérivé à l'aide du suffixe diminutif -illo-, d'où le sens global de « petite grue »Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions Errance 1994, . (compte-rendu en ligne de l'ouvrage).Xavier Delamarre (préface de Pierre-Yves Lambert), Dictionnaire de la langue gauloise, éditions Errance 2003, article « garanus, 'grue' » . (compte-rendu en ligne de l'ouvrage). Dans cet article consacré au mot gaulois garanus, l'auteur mentionne Grenelle en indiquant : « le nom de Grenelle est sans doute un ancien *Garanillo- 'la Petite-Grue' ».. Le suffixe gaulois -illo- > -illa (*garanilla) a été assimilé ultérieurement au suffixe diminutif latin -ellus, au féminin -ella.
Le gaulois garanus a pour proches parents les gallois, vieux cornique et breton garan « grue » et se retrouve sur le pilier des nautes parisiaques dans le composé trigaranus, précédé du nom du taureau, taruos. Taruos trigaranus signifie « taureau aux trois grues », mais on ignore tout du mythe gaulois qui l'évoque.
L'utilisation d'un nom d'animal dans la toponymie ne doit pas surprendrevoir notamment Stéphane Gendron, Animaux et noms de lieux, Paris, Errance, 2010, 240 p., puisqu'elle est fréquemment attestée de l'époque gauloise à nos jours cf. Bibracte, le Héron, la Baleine, Villechien, etc.
En revanche, il n'existe pas de mot latin *garanella signifiant « petite garenne »Lexilogos Dictionnaire latin - français Gaffiot (lire en ligne)Du Cange et al., Glossarium mediae et infimae latinitatis, L. Favre, Niort, 1883 - 1887 (lire en ligne) . Les promoteursJean-Baptiste-Michel Renou de Chevigné dit Jaillot, Recherches critiques, historiques et topographiques sur la Ville de Paris, depuis ses commencements connus jusqu'à présent..., 1775, A. M. Lottin aîné Éditeur (lire en ligne) Claude Augé, Nouveau Petit Larousse illustré, Larousse, 1924. de cette étymologie l'ont déduite à partir de garan-, perçu comme étant le radical de garenne (anciennement attesté sous la forme garanne en 1160 et latinisée garanna en 1277Du Cange, op. cit.) et du suffixe diminutif -ella. En outre, garenne n'est pas un mot latin mais un terme propre à l'ancien français qui apparait également sous la forme warenne (latinisée en warenna chez Du Cange), et dont l'étymon est vraisemblablement pré-latin, avec une influence du germanique sur la consonne initialeSite du CNRTL : étymologie de garenne.
*Garannelle > Garennelle peut éventuellement correspondre à un dérivé en -elle (suffixe diminutif) en ancien français, à partir du mot garanne « garenne », c'est-à-dire *garannelle > garennelle « petite garenne »Kurt Baldinger, Jean-Denis Gendron, Georges Straka, op. cit.. En effet, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait sur la rive gauche une garenne, qui était le haut Grenelle et les abbés de Sainte-Geneviève, seigneurs d'Auteuil, avaient leur garenne qui commençait aux terrains de la future École militaireVoir par exemple le Bulletin de la Société historique d'Auteuil et de Passy, juillet 1903, .
Histoire du lieu La commune de Grenelle n'exista en tant que telle que de 1830 à 1860.
Grenelle dans l’Antiquité et le Moyen Âge
C'est dans la plaine de Garanella que certains historiens situent le combat opposant, en l'an -52, les troupes du chef gaulois Camulogène aux légions du général romain Labienus, pendant la bataille de Lutèce. Malgré une courageuse résistance, les troupes gauloises furent défaites et passées par les armesVoir .Voir Voir (article rédigé par Villenave).. .
Dans une chronique de 1130, Bernard dit en parlant de cette localité (grenelle ou granelle, signifie : sable, gravelle, plaine sablonneuse).
C'est vers le milieu du que Grenelle devint un fief de l’abbaye de Sainte-Geneviève et fut rattaché au village de Vaugirard que possédait déjà l'abbaye.
Il y a eu autrefois un château de Garnelle, appartenant à la célèbre famille des sires de Craon, qui était le siège de haute et de basse justice et relevait de l'abbaye de Sainte-Geneviève.
Grenelle pendant la Révolution
En 1792, le chimiste Chaptal y installa une poudrerie qui, le 30 août 1794, après l'expédition de plus de kilogrammes de poudre aux armées de la République, sauta et fit de nombreuses victimes. Cette terrible explosion dont on ne sut jamais la cause fut attribuée à un complot dirigé contre le Directoire, connu sous le nom de Conspiration de GrenelleExplosion de la poudrerie de Grenelle sur le site de l'ARIA..
En septembre 1796, un groupe d'artisans et de commerçants mécontents tenta de rallier à sa cause les militaires du camp de Grenelle pour renverser le Directoire. C'est l'affaire du camp de Grenelle. Tous ceux que la force publique put attraper furent fusillés à ce même endroit.
Le père d'Anselme Payen y ouvrit une manufacture en 1797, produisant du sel ammoniac. Celle-ci deviendra sous la direction de son fils l'une des grandes manufactures de Paris lors de la Restauration et de la monarchie de Juillet.