Henri Tomasi, né le à Marseille et mort le dans le arrondissement de Paris, est un compositeur et chef d'orchestre français.
Biographie Henri Tomasi naît à Marseille dans le quartier populaire de la Belle de MaiDans une note d'Henri Tomasi à propos de sa naissance, ce dernier affirme parfois être né le , ce que contredit son acte de naissance (773 du 18 août 1901) consultable en ligne sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône., premier enfant de Xavier Tomasi, lui-même flûtiste, auteur d'une "Anthologie de La chanson populaire de l'Ile de Corse" et de Joséphine Vincensini, tous deux corses originaires de Penta-di-Casinca. Ce sera avec sévérité qu'il destinera Henri à devenir musicien, ce fils qui rêvait d'être marin.
Dès l'âge de 6 ans, il étudie le piano au conservatoire de sa ville natale (il a été dans cet établissement camarade du violoniste Zino Francescatti, dédicataire de futures œuvres du compositeur) avant d'intégrer le Conservatoire national à Paris. Pour payer ses études, il dut travailler comme pianiste, d'abord à Marseille au temps du cinéma muet, puis dans de grands hôtels comme le Lutetia à Paris. Là, de généreux bienfaiteurs lui offrent leur soutien, le joailler-horloger-parfumeur Louis Cartier, et l'avocat Me André Lévy-Oulmann. En 1927, il sort doublement primé du Conservatoire, obtenant un Premier second Grand Prix de Rome avec la cantate Coriolan et un 1er Prix de Direction d'orchestre à l'unanimité. Le , il épouse une jeune étudiante des Beaux-Arts, Odette Camp. Autre source : Dictionnaire des Marseillaises, ouvrage sous la direction de Renée Dray-Bensousan et de Hélène Échinard, Catherine Marand-Fouquet, Éliane Richard. Éditions Gaussen 2012, avec qui il aura un fils, Claude en 1944.
Il connait rapidement le succès en tant que chef d'orchestre aux "Concerts du Journal" puis à "Radio Colonial" (créé à destination de l'Empire colonial français) et en tant que compositeur avec de premières œuvres Cyrnos (1929), un concerto pour piano, et surtout avec le poème symphonique Tam-Tam (1931) dont l'originalité unanimement saluée lui vaut un premier enregistrement discographique chez Pathé. Acteur important de la vie musicale, il adhère au groupe Triton (1932) aux côtés d'Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Sergueï Prokofiev, etc.
La Seconde Guerre mondiale n'interrompt pas cette double carrière. De 1940 à 1944 il est le second chef de l'Orchestre national (actuel Orchestre national de France) replié dans sa ville natale de Marseille. Il dirige ainsi 103 concerts, aux côtés de Désiré-Émile Inghelbrecht qui en dirigea 131. Il avait participé à la création de l'Orchestre national dès 1934 en tant que membre du Jury d'admission. Cependant il traverse une profonde crise intérieure. Dans la situation dramatique d'alors, la religion lui semble le seul recours et il se retire à 50 km de Marseille au Monastère de la Sainte-Baume, pour des retraites et devenir moine dominicain. Ce lieu sera à l’origine de trois chefs-d’œuvre d’une réelle élévation spirituelle : Symphonie en ut (L’Apocalypse), Requiem pour la paix, et l’opéra Don Juan de Mañara, d’après le « Mystère » du poète Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz dont le mysticisme touche alors profondément Henri Tomasi. C’est de cette dernière œuvre, triomphalement créée à Munich le , que sont extraites les célèbres Fanfares liturgiques. Après la Libération, sa renommée incontestée de chef d’orchestre acquiert une dimension européenne et, le à Interlaken, son concert Debussy à la tête du prestigieux Concertgebouw remporte un succès tel qu’il devient l’un des chefs invités au Holland Festival aux côtés des plus célèbres, Otto Klemperer (1946), Eduard van Beinum, Leonard Bernstein, Charles Munch, Benjamin Britten (1948), Igor Markevitch (1949), Eugene Ormandy (1954). L’Allemagne, la Belgique, l’Irlande, l’Italie, la Suisse l’inviteront également. Deux autres sommets de sa carrière de chef seront ses directions à l’Opéra de Monte Carlo (1945-1951), et au Festival de Vichy d’après-guerre (1947-1955). Cette intense activité se conjugue à une créativité accrue de compositeur. Le Conservatoire de Paris lui commande plusieurs œuvres pour ses concours d’entrée, dont le Concerto pour trompette, mondialement connu et interprété par les plus grands noms, Maurice André, Wynton Marsalis, Eric Aubier, David Guerrier, Håkan Hardenberger, Alison Balson, Reinhold Friedrich, etc.
À la suite d'un grave accident de voiture en 1952, il abandonne progressivement la baguette et à partir de 1956, il se consacre uniquement à la composition. De nombreuses œuvres se succèdent alors dans tous les domaines, spécialement pour le théâtre. Ainsi le « drame lyrique et chorégraphique » L’Atlantide, d'après le roman de Pierre Benoit, créé à Mulhouse le avec la danseuse étoile Ethéry Pagava dans le rôle mythique d’Antinéa, connaît un vif succès qui se poursuivra pendant une dizaine d’années, totalisant plus de 80 représentations (ce fut l’un des opéras contemporains le plus joué) avec d’autres stars de la danse comme Ludmila Tcherina, puis, à l'Opéra de Paris avec Claude Bessy et Claire Motte durant 20 représentations – En 1956, c’est le drame lyrique Sampiero Corso (Sampieru Corsu) qui est créé à l’Opéra de Bordeaux avec Régine Crespin dans le rôle de Vannina d'Ornano suivi d’une programmation au Holland Festival. La même année l’oratorio Triomphe de Jeanne (texte du poète Philippe Soupault) est représenté à Rouen lors des fêtes officielles célébrées pour les 500 ans du procès en réhabilitation de Jeanne d'Arc.
Ces années 1955-1960 marquent l’apogée de la renommée du musicien, couronnée en par le Grand Prix Musical de la Ville de Paris. Henri Tomasi a commencé à souffrir d’une surdité qui l’isolera, sans entraver pour autant son génie de l’orchestration, comme en témoignent les œuvres qui suivront, toujours plus en prise avec les évènements de son temps et dans lesquelles s’affirment avec force ses convictions humanistes. Les plus emblématiques seront : Le Silence de la mer, drame lyrique d’après le récit de Vercors sur la Résistance ; le Concerto pour guitare (ou 2 guitares) « à la mémoire d’un poète assassiné, F.G. Lorca » ; L’Éloge de la folie « Jeu satirique, lyrique et chorégraphique » d’après Érasme ; la Symphonie du Tiers-monde en hommage à Hector Berlioz d’après un texte d’Aimé Césaire ; Chant pour le Vietnam, inspiré par un texte de Sartre ; Retour à Tipasa, « cantate profane » pour chœur d’hommes et récitant sur un texte d’Albert Camus, philosophe et écrivain dont Tomasi partage alors totalement la vision du Monde.
En , il sera sauvé d’un œdème pulmonaire mais il restera immobilisé pendant 6 mois. Après un dernier voyage dans sa ville natale, Marseille, de retour à Paris, il ne pourra pas achever l’harmonisation de ses Chants corses a cappella (12 sur les 18 prévus), sa dernière œuvre, comme un ultime salut à son île d’origine. Au matin du , en son appartement de Montmartre son épouse Odette le découvrit paisiblement endormi dans son fauteuil Voltaire. – S’il avait renoncé à un projet d’opéra sur Hamlet, il en reste une courte et grinçante pièce pour 4 trombones, Être ou ne pas être. L’écho s’en prolonge dans un testament, écrit et signé devant notaire : «Enfin la paix sur cette stupide planète ! » Au même moment pourtant il célébrait en musique ces mots de lumière de Camus : « Au milieu de l’hiver j’apprenais enfin qu’il existait en moi un été invincible. »
En 2001, lors du Centenaire de sa naissance, selon les volontés de son fils, ses cendres ont été transférées du cimetière Saint-Véran d'Avignon au cimetière de Penta-di-Casinca, village natal du père d'Henri.
En 2008, la Région Corse, en hommage à sa déclaration de 1956 : donna son nom au Conservatoire de Musique, Danse et Art dramatique de Corse.
Son œuvre aborde tous les genres (dont 10 ouvrages pour le théâtre et 8 musiques de film) est d'une singularité qui échappe à toute classification : du jazz au grégorien et à l'atonalisme, du mysticisme à son engagement d'homme révolté citoyen du monde, de la Provence à Cuzco, son langage "protéiforme" présente les aspects les plus contrastés. Ses origines méditerranéennes caractérisent nettement son esthétique : . Henri Tomasi a été l'objet d'attaques virulentes de la part de l'avant-garde musicale des années 1950, qui ne goûtait guère son lyrisme et un style jugé néo-classique.
Principales œuvres Opéras Don Juan de Mañara (1944) L'Atlantide (1954) Sampiero Corso (1956) Ulysse ou le beau périple (1961) Le Silence de la mer (1963) Ballets Vocero (1951) Noces de cendres (1954) Dassine, Sultane du Hoggar (1959) L'Eloge de la folie (1968) Œuvres pour orchestre Tam-Tam, poème symphonique (1931) Symphonie en ut (1940) Fanfares liturgiques (1947) Chant pour le Vietnam (1968) Symphonie du Tiers-Monde en hommage à Hector Berlioz (1969) Concertos Cyrnos, poème symphonique pour piano et orchestre (1929) Ballade pour saxophone alto et orchestre (1938) Concerto pour trompette et orchestre (1948) Concerto pour saxophone alto et orchestre (1949) Concerto pour alto et orchestre (1950) Concerto pour clarinette et cordes (1955) Concerto pour trombone et orchestre (1957) Concerto pour Basson et orchestre (1958) Concerto pour violon et orchestre (1962) Concerto de Printemps pour flûte et orchestre (1966) Concerto pour guitare « à la mémoire d'un poète assassiné, F.G. Lorca » (1966) Highlands'ballad, pour harpe et orchestre (1966) Concerto pour violoncelle et orchestre (1969) Concerto pour contrebasse et orchestre (1970) Musique de chambre Variations sur un thème corse, pour quintette à vent (1925). Trio à cordes (1938) Divertimento corsica (1951) Cinq danses profanes et sacrées, pour quintette à vent (1959). Être ou ne pas être, pour cuivres (1962) Printemps, pour sextuor à vent (1964) Invocations et danses rituelles (1969) Voix solistes et piano ou orchestre Chants corses (1932) Cantu di Cirnu (1933) Cinq chants laotiens (1933), poèmes de Louis Laloy et Joseph Trillat Chants de Geishas (1935) Noa-Noa (1957) La Chèvre de Monsieur Seguin (1963) La mort du petit Dauphin (1964) Le Sous-préfet aux champs (1964) Musique vocale avec orchestre Requiem pour la paix (1946) Douze Noëls de Saboly (1961) Retour à Tipasa (1985, création posthume) Chœur a cappella Douze chants de l'Ile de Corse (1961)
Hommages Outre le Conservatoire de musique et de danse de Corse, de nombreux sites ou institutions portent le nom d'Henri Tomasi : une rue de Bastia, Paris, Marseille, le collège de la Casinca se trouvant à Folelli, une salle du conservatoire de Marseille, la Biennale et le Concours international de quintette à vent Henri-Tomasi..
En 2019, la 4ème bilingue du collège Campo Vallone de Biguglia (région bastiaise) a réalisé un docu-fiction sur la vie et le parcours d’Henri Tomasi. Un projet monté grâce à Emmanuelle Mariini (professeure de musique au collège Campo Vallone) et ses 17 élèves qui se sont tous investis. La vidéo dure treize minutes et retrace toute la vie de cet homme aux multiples mystères.
Discographie Tomasi : Complete Violin Works (Concerto "Périple d'Ulysse", Capriccio, Chant hébraïque, Poème, Tristesse d'Antar, Chant corse, Paghiella), Stéphanie Moraly (violon), Romain David (piano), Sébastien Billard (direction), Orchestre de la Garde républicaine, Naxos 8.579091 (2022) Tomasi: Complete Works for Solo Piano, Émilie Capulet (piano), Calliope CAL2069 (2020) Tomasi : Requiem pour la Paix / Fanfares liturgiques, Michel Piquemal (direction), Orchestre philharmonique de Marseille, Naxos 8.554223 (1998)
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Ouvrages et articles . Michel Solis (pseudonyme de Claude Tomasi, fils d'Henri), Un idéal méditerranéen : Henri Tomasi, Albiana, 2008, 191 p. . . . .
Filmographie